Le continent est le nouvel épicentre de la pandémie de Covid-19. La population paye le prix fort de la crise sanitaire, économique et sociale et les résistances se heurtent aux mesures autoritaires et répressives des gouvernements.

On dénombre plus de 80 000 mort-e-s du coronavirus en Amérique du Sud et aux Caraïbes depuis le début d’une épidémie arrivée tardivement sur le continent, les échanges avec la Chine étant moindres qu’en Europe et le climat chaud ayant pu ralentir les contaminations. Certaines mesures obtenues par la lutte dès les débuts de la crise, comme la mise en place de minimas sociaux, ont également contribuée aidé freiner la propagation du virus, permettant aux classes populaires d’être un peu moins exposées. Mais jamais elles n’ont été réellement suffisantes, et sans aucunes réponses conséquentes face aux problèmes sanitaires et sociaux des quartiers populaires, ce sont une fois de plus celles et ceux d’en bas qui sont en première ligne.

Les bidonvilles en première ligne

Avec près de 50 000 décès et d’1 million de cas, le Brésil est de loin le pays le plus endeuillé du continent et se rapproche des Etats-Unis dans la hiérarchie mondiale de la pandémie. Le Chili et l’Argentine connaissent une progression très inquiétante depuis que l’épidémie touche les quartiers les plus défavorisés. Avec plus de 200 000 contaminations, le Pérou est le deuxième pays le plus touché du continent, le gouvernement tardant à mettre en place des mesures sociales pour les classes populaires, des foyers de contaminations se sont développés partout dans le pays et comme ailleurs la faim les a obligés à sortir malgré la quarantaine. La situation s’aggrave, alors que le continent semble encore loin d’avoir atteint le supposé « pic épidémique » qui laisserait entrevoir la vague descendante, et que les systèmes de santé publique sont déjà dans l’incapacité d’absorber les besoins en ventilateurs et lits de réanimation.
Dans les quartiers populaires la faim est omniprésente, et les possibilités d’y faire face s’amenuisent à mesure que se durcissent les décisions gouvernementales. La répression se met en place et s’abat sur celles et ceux qui se révoltent pour exiger de vraies décisions et politiques sociales. À Buenos Aires, capitale de l’Argentine, dans les quartiers populaires qui regroupent environ 10 millions des habitantes et habitants de la mégalopole, on craint une contamination qui pourrait s’étendre à près de 70% de la population.

Source : The Jakarta Post

Surpeuplés, manquants ou privés d’eau courante, les « villas » (bidonvilles) sont les plus touchés. Les péronistes au pouvoir ont fait le choix de la ségrégation en déclenchant un plan d’isolement total pour les quartiers où s’étendrait fortement le virus. Le bidonville Villa Azul a ainsi été entièrement bouclé le 25 mai, entouré de grilles et gardé par des militaires empêchant tout entrées et sorties. Depuis le début de l’épidémie, les militantes et militants des organisations populaires font face et se retrouvent exposé-e-s, en grande partie pour assurer le maintien des comedor, les cantines populaires, et déjà beaucoup d’entre elles et eux sont touchés par le Covid. Deux en sont décédé-e-s, Ramona militante de « La garganta Poderosa » et Agustin Navarro de l’organisation « Barrios de Pie ». Nos camarades de la FOB autonome mènent une campagne avec pour mots d’ordre : « Non à la militarisation dans les quartiers populaires et des bidonvilles ! Nous voulons à manger pour une quarantaine sans faim ! Des tests et une vigilance sanitaire ! De la nourriture et de l’eau potable ! ». Au Pérou les travailleurs et les travailleuses de la santé alertent sur l’état catastrophique du système de santé, les patient-e-s meurent dans les couloirs des hôpitaux sans possibilités de les prendre en charge.

Menace militaire au Brésil

Au Brésil l’épidémie met encore plus à nu la nature autoritaire et militariste du régime de Jair Bolsonaro et de ses partisans. Le président d’extrême droite est prêt à tout pour empêcher la mise en place de politiques de protection sociale et sanitaire conséquentes sous couvert de sauvegarde de l’économie et ouvertement « Covid-sceptique », il s’emploie à minimiser la dangerosité du virus et l’étendu de l’épidémie. Il a ainsi limogé dès le mois d’avril son ministre de la Santé Luiz Henrique Mandetta lequel a dénoncé les tentatives d’intimidations visant à le forcer lui et son ministère à reconnaître la chloroquine et l’hydroxychloroquine comme des traitements sûrs face au virus. Le 11 juin dernier il incitait sur Facebook à entrer dans les hôpitaux publics pour y vérifier et filmer la situation sanitaire, mettant en doute la gravité de la situation « pratiquement personne n’a perdu la vie par manque de respirateur ou de lit en soins intensifs » et alors que près de 40% des lits de réanimations se trouvent dans des cliniques privées. Cet appel a été pris au mot et suivi d’effet par ses supporters, dont des parlementaires entraînant intrusions, altercations et dégradations dans des établissements publics. Début mai, à Brasilia c’est une manifestation de travailleuses et travailleurs de la santé réclamant plus de moyens qui était violemment attaquée par des militants d’extrême droite. L’aide d’urgence de 600 reals (100 euros soit un peu moins de la moitié du salaire minimum) que doit débloquer le gouvernement pour les travailleuses et travailleurs informel-le-s pourrait concerner au plus fort de la crise jusqu’à 59 % de la population.

Dans ce contexte, alors qu’une trentaine de demandes de destitution ont été déposées par l’opposition parlementaire contre Bolsonaro, que des enquêtes judiciaires sont en cours sur la régularité de son élection en 2019 et sur la corruption de son entourage, les militaires, totalement intégrés à son gouvernement, font planer la menace d’un coup de force pour préserver son pouvoir. Enfin on assiste à l’émergence de forces paramilitaires de soutien au régime. Les 300 du Brésil (en référence au film de Zack Snyder, péplum réactionnaire sorti en 2006), une milice armée d’extrême droite tiennent un campement depuis le mois de mai à Brasilia face aux sièges des institutions du pays. Leur porte-parole est une ancienne militante féministe au sein des Femen, Sarah Winter, désormais convertie au catholicisme, fervente opposante à l’avortement et à l’homosexualité, devenue l’égérie des bolsonaristes les plus durs. Ils dénoncent la Cour suprême et le Congrès, réclament une intervention militaire et affirment vouloir « exterminer la gauche ». Une résurgence de sinistre mémoire sur le continent sud-américain, marqué par des décennies d’assassinats de militants syndicaux et politiques.

Clément G et Commission internationale de l’UCL


Article publié le 12 Août 2020 sur Unioncommunistelibertaire.org