DĂ©cembre 23, 2020
Par Contrepoints (QC)
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L’American Indian Movement (AIM) est crĂ©Ă© Ă  l’étĂ© 1968 Ă  Minneapolis aux États-Unis, dans le contexte d’un renouveau des luttes autochtones. Le groupe est fondĂ© par de jeunes Autochtones vivant dans les ghettos urbains du Midwest amĂ©ricain. Le groupe de jeunes militant.es fonde le AIM dans l’espoir de changer les conditions de vie des personnes autochtones. Avec le National Indian Youth Council (NIYC), l’American Indian Movement deviendra rapidement une des organisations phares de ce qui fut appelĂ© le Red Power sur l’Île de la Tortue (soi-disant AmĂ©rique du Nord).

L’objectif initial du AIM est d’aider les personnes autochtones des ghettos de Minneapolis Ă  lutter contre la brutalitĂ© policiĂšre et contre le racisme dont il.les sont victimes. En effet, entre les annĂ©es 1940 et 1960, le gouvernement des États-Unis met en place des politiques assimilationnistes visant les populations autochtones, notamment l’inique « Indian Termination Policy ». Cette sĂ©rie de lois a comme but explicite d’imposer une assimilation culturelle et sociale Ă  toutes les nations autochtones prĂ©sentes aux soi-disant États-Unis. Ces politiques sont prĂ©sentĂ©es comme une occasion pour les personnes autochtones de devenir des « citoyen.es Ă  part entiĂšre » et de se dĂ©barrasser d’une bureaucratie encombrante et inefficace (le Bureau of Indian Affairs). En fait, ces politiques mettent de facto fin Ă  la reconnaissance par le gouvernement amĂ©ricain des souverainetĂ©s autochtones. Ce type de politique qui ressemble Ă  s’y mĂ©prendre Ă  ce qui a Ă©tĂ© proposĂ© dans l’infĂąme Livre Blanc au soi-disant Canada en 1969.

Pour parfaire le projet d’assimilation, une loi votĂ©e en 1956 aux États-Unis incite tous.tes les Autochtones vivant sur ou Ă  proximitĂ© d’une rĂ©serve d’aller s’installer en ville oĂč, leur dit-on, les perspectives d’emploi seront meilleures. Le programme cherche par ailleurs Ă  Ă©vacuer les territoires des rĂ©serves afin de rendre ceux-ci disponibles pour l’exploitation (miniĂšre, pĂ©troliĂšre, forestiĂšre
), l’achat et la vente. C’est entre autres pour cette raison qu’on retrouve au dĂ©but des annĂ©es 1960 de nombreux.ses jeunes Autochtones et leur famille en ville. À Minneapolis, c’est 10 % de la population – principalement Anishinaabe (Ojibwe) – qui est autochtone.

« Nous avions dix-neuf organisations indiennes de protection sociale et de distribution de vĂȘtements. Celles-ci Ă©taient nĂ©cessaires, mais il n’existait aucun mouvement visant spĂ©cifiquement la brutalitĂ© policiĂšre qui Ă©tait un fait quotidien pour les Autochtones ou les discriminations dans le logement et l’emploi Ă  Minneapolis
 À Stillwater, je pris un engagement envers moi-mĂȘme qu’il y aurait un mouvement indien. »

Dennis Banks, extrait du livre Ojibwa Warrior

Dans les quartiers de Minneapolis comme ailleurs, le harcĂšlement policier envers les Autochtones est constant et la justice est raciste. MĂȘme si au Minnesota, Ă  la fin des annĂ©es 1960, les personnes autochtones reprĂ©sentent environ 1 % de la population, elles comptent pour le tiers des personnes dĂ©tenues ; Ă  Minneapolis, c’est 70 % de la population carcĂ©rale qui est autochtone. IncarcĂ©rĂ©s pour leur activisme politique ou pour des crimes de droit commun, Clyde Bellecourt, Eddie Benton-Banai et Dennis Banks font partie de cette population carcĂ©rale. Pour les trois hommes, ces annĂ©es en prison seront paradoxalement formatrices. Leurs temps libres, ils les passent Ă  rĂ©flĂ©chir sur les conditions de vie des Anishinaabe au Minnesota, faites de pauvretĂ©, de taudis dans les ghettos urbains, de violence policiĂšre et plus largement de conditions de vies ingrates qui poussent au dĂ©veloppement de l’alcoolisme et d’autres addictions. Ces rĂ©flexions seront Ă  la base de l’analyse sociale et des objectifs de l’American Indian Movement. Cette politisation pousse notamment Bellecourt et Benton-Banai Ă  faire de l’éducation populaire auprĂšs de leurs codĂ©tenus, afin de revaloriser les cultures autochtones que l’état amĂ©ricain tente sans relĂąche de dĂ©truire. Quant Ă  Dennis Banks, son incarcĂ©ration dans une prison Ă  sĂ©curitĂ© maximale ne l’empĂȘche pas de s’instruire sur les luttes autochtones et sur le mouvement pour les droits civiques. À Minneapolis, des personnes concernĂ©es par l’avenir de leur communautĂ© forment des groupes de discussion. Tous et toutes se font la mĂȘme rĂ©flexion : bien que plusieurs groupes politiques existent Ă  l’époque, aucun ne lutte activement et spĂ©cifiquement pour les droits des Autochtones. C’est, se disent-il.les, ce dont la population Anishinaabe de Minneapolis a besoin.

AIM's founding Board, Minneapolis, 1969
Les membres fondateur.trices du American Indian Movement en 1969. De gauche Ă  droite : Harold Goodsky, Charles Deegan, Dennis Banks, Clyde Bellecourt, Peggy Bellecourt, M. & Mme Barber, Rita Rogers (assise), George Mitchell, Mme Mellessy et sa fille. La photo provient du American Indian Movement Interpretive Center.

En juillet 1968, ces militant.es convoquent la premiĂšre rĂ©union de ce qui deviendra le AIM. Des centaines de personnes s’y prĂ©sentent et l’organisation naissante pose alors les bases de son action. Les problĂšmes de la brutalitĂ© policiĂšre et du haut taux d’incarcĂ©ration apparaissent comme une des premiĂšres formes du racisme subi par les Autochtones en ville. Pour pallier Ă  la violence policiĂšre qui sĂ©vit, les premier.es militant.es dĂ©cident de crĂ©er le AIM Patrol, chargĂ© de documenter et de dĂ©noncer publiquement les cas de violences policiĂšres dans la ville de Minneapolis. Les membres du AIM Patrol finissent aussi par servir de mĂ©diateur.trices (entre personnes autochtones) et de service de sĂ©curitĂ© (contre la police), permettant aux habitant.es de gĂ©rer eux-mĂȘmes leurs communautĂ©s sans subir le terrorisme institutionnel des policiers blancs. Les militant.es crĂ©ent aussi un centre d’aide juridique pour que leurs compatriotes puissent connaĂźtre leurs droits et se dĂ©fendre. Les jeunes militant.es du AIM s’intĂ©ressent Ă©galement aux problĂšmes liĂ©s au logement, au chĂŽmage et Ă  l’éducation publique dĂ©ficiente.

Les militant.es du AIM Ă©tudient en profondeur le rĂŽle de la politique fĂ©dĂ©rale concernant les Autochtones (Federal Indian Policy) dans le maintien du racisme systĂ©mique visant les Autochtones. Face Ă  tout un systĂšme raciste, les militant.es posent la nĂ©cessitĂ© de l’action directe et ont recours aux mĂ©dias pour diffuser leur propos. Il.les encouragent la construction d’une identitĂ© autochtone forte et une amĂ©lioration de la confiance en soi des individus par la prise de parole et l’action politique collective. L’action directe est supposĂ©e pouvoir permettre cela, en vertu du principe que les actions ont plus d’incidence que les mots, tant sur les sujets que pour transformer la rĂ©alitĂ©.

Le succĂšs du AIM Patrol dans le quartier de Phillips Ă  Minneapolis finit par attirer les foudres des corps policiers, qui redoublent d’effort pour harceler et arrĂȘter ceux et celles qu’ils perçoivent comme des fauteurs de trouble. Si la patrouille avait pu, Ă  ses dĂ©buts, susciter une certaine collaboration entre les corps policiers (sensĂ©s rĂ©former leurs pratiques) et les militant.es du AIM, cette « sympathie » se termine brusquement lorsque les policiers dĂ©couvrent que les militant.es du AIM ne sont pas lĂ  pour ĂȘtre leurs sbires. Cette situation ne fera que s’envenimer alors que le AIM participe Ă  plusieurs mobilisations pour les droits des peuples autochtones, comme l’occupation du site de la prison dĂ©saffectĂ©e d’Alcatraz en 1969.

L’occupation de la prison dĂ©saffectĂ©e d’Alcatraz, Ă©tĂ© 1970.

DĂšs lors, les objectifs du AIM s’élargissent pour prendre en charge un grand nombre de revendications (en ville comme dans les rĂ©serves) : indĂ©pendance Ă©conomique, revitalisation des cultures traditionnelles, protection des droits reconnus par la loi et, plus particuliĂšrement, autonomie sur les zones tribales et restauration des terres illĂ©galement saisies par le gouvernement ou des compagnies privĂ©es. Graduellement, l’activitĂ© du AIM s’étend sur le territoire, rejoignant aussi bien les zones urbaines que les rĂ©serves en milieu rural.

L’occupation d’Alcatraz, Ă  laquelle les militant.es du AIM participent, revendique la rĂ©trocession des terres volĂ©es aux peuples autochtones par les colons. Les centaines de militant.es qui s’y trouvent proviennent de plusieurs nations diffĂ©rentes et prennent le nom collectif d’All Indian Tribes. En vertu du traitĂ© de Fort Laramie (1868) conclu entre les États-Unis et les Lakota, toutes les terres fĂ©dĂ©rales Ă  la retraite, abandonnĂ©es ou inutilisĂ©es doivent ĂȘtre rendues aux Autochtones qui l’ont autrefois occupĂ©e. Puisque le pĂ©nitencier d’Alcatraz a Ă©tĂ© fermĂ© le 21 mars 1963 et que l’üle a Ă©tĂ© dĂ©clarĂ©e propriĂ©tĂ© fĂ©dĂ©rale excĂ©dentaire en 1964, les miliant.es estiment donc que ce territoire leur revient. De plus, comme on peut le lire dans la Proclamation au Grand PĂšre des Blancs et son peuple, Ă©crite par les militant.es, l’occupation du site d’une ancienne prison est aussi un symbole fort qui exprime la condition des Autochtones aux soi-disant États-Unis, fait.es prisonnier.es sur des territoires qu’il.les habitaient depuis des gĂ©nĂ©rations avant l’arrivĂ©e des Blanc.hes. L’occupation, qui dure un peu plus d’un an, se termine par une intervention armĂ©e du gouvernement fĂ©dĂ©ral pour dĂ©loger les occupant.es. MalgrĂ© tout, elle contribue Ă  crĂ©er un prĂ©cĂ©dent dans la lutte des peuples autochtones aux soi-disant États-Unis. Dans les annĂ©es subsĂ©quentes, de plus en plus d’occupations des territoires volĂ©s par le gouvernement fĂ©dĂ©ral et les entreprises privĂ©es ont lieu, plusieurs nations reprenant, pour un temps parfois court, leur dĂ». Dans beaucoup de ces luttes, on retrouve le AIM, qui fournit une aide prĂ©cieuse Ă  tou.tes ceux et celles qui veulent combattre pour leurs droits et leurs territoires.

À l’étĂ© 1971, les occupant.es d’Alcatraz sont dĂ©logĂ©.es par l’intervention armĂ©e du gouvernement amĂ©ricain.

En 1972, le AIM participe Ă  une longue marche qui doit aboutir devant le Bureau of Indian Affairs (BIA) Ă  Washington. Le « Trail of Broken Treaties » (Sentier des TraitĂ©s BrisĂ©s) est organisĂ© conjointement avec d’autres organisations (dont le National Indian Brotherhood, qui milite sur le territoire du soi-disant Canada) et dont le but est de faire entendre les revendications autochtones au niveau national et international. L’objectif est de mettre la pression sur le gouvernement amĂ©ricain pour qu’il prenne en compte les intĂ©rĂȘts autochtones et surtout pour qu’il respecte les traitĂ©s trahis. ArrivĂ©e Ă  Washington, la marche se transforme en occupation du Bureau of Indian Affairs, oĂč des milliers de documents classifiĂ©s sont confisquĂ©s par les militant.es, qui en apprendront ainsi beaucoup sur la gestion gouvernementale des populations autochtones. Lors de nĂ©gociations subsĂ©quentes, ces documents serviront de monnaie d’échange entre militant.es et gouvernement, en contrepartie de quoi celui-ci rĂ©trocĂ©dera des terres.

Juillet 1971 - Lac Courte Oreilles
Juillet 1971. Des activistes de l’AIM et des membres de la bande ojibwe du Lac Courte Oreilles occupent un barrage hydro-Ă©lectrique Ă  Hayward, dans le Wisconsin. L’American Indian Movement Interpretive Center nous fournit plus de dĂ©tails sur cette action.

Mais l’évĂšnement qui fait le plus connaĂźtre l’American Indian Movement est l’occupation du site de Wounded Knee en 1973. SituĂ© au cƓur de la rĂ©serve de Pine Ridge, Wounded Knee est aussi le lieu d’un tristement cĂ©lĂšbre massacre des Lakota en 1890. L’occupation, initiĂ©e par les habitant.es de Pine Ridge en collaboration avec le AIM, vise Ă  dĂ©noncer la corruption du chef du conseil de bande Dicky Wilson ainsi que la violence exercĂ©e par ses hommes envers les Oglala-Lakota. En effet, avec la complaisance du gouvernement fĂ©dĂ©ral, Pine Ridge Ă©tait devenue, sous la poigne de fer de Wilson, une vĂ©ritable prison pour ceux et celles qui tenaient Ă  revaloriser leur culture et leurs traditions.  DĂšs leur arrivĂ©e Ă  Wounded Knee, les occupant.es dĂ©crĂštent l’indĂ©pendance de la nation Oglala, un geste qui exprime le refus des habitant.es de Pine Ridge de se soumettre plus longtemps Ă  l’oppression coloniale et aux structures gouvernementales corrompues que les Blancs leur ont imposĂ©. De plus, les occupant.es exigent que le gouvernement fĂ©dĂ©ral respecte, une bonne fois pour toutes, les traitĂ©s signĂ©s. Incapable par nature de rĂ©pondre Ă  ces demandes, le gouvernement fĂ©dĂ©ral fait alors ce qu’il sait faire de mieux : il tente de dĂ©loger par la force les occupant.es. TrĂšs vite, l’occupation tourne Ă  l’affrontement armĂ©. Pendant 71 jours, plus de 300 personnes rĂ©sistent Ă  une importante force militaire et paramilitaire composĂ©e d’agents du FBI, de policiers locaux, fĂ©dĂ©raux et de soldats. Au terme de l’occupation, on dĂ©nombre deux morts, assassinĂ©s par les forces rĂ©pressives. MalgrĂ© tout, l’occupation de Wounded Knee fait apparaĂźtre au grand jour les revendications des nations autochtones aux soi-disant États-Unis et contribue Ă  former une nouvelle gĂ©nĂ©ration de militant.es pour les droits des peuples autochtones. On peut lire le rĂ©cit de ces journĂ©es dans le livre Voices from Wounded Knee publiĂ© par les Akwesasne Notes (Ă©diteur liĂ© au journal du mĂȘme nom).

« La Nation IndĂ©pendante Oglala Ă©tait plus qu’un geste courageux. [
] Elle reprĂ©sentait la plus grave menace depuis plus d’un siĂšcle pour les plans du gouvernement amĂ©ricain visant Ă  soumettre les Autochtones des États-Unis Ă  leur plan d’exploitation des terres au profit des intĂ©rĂȘts blancs. »

« On the Road to Wounded Knee Â» (Indian Nation, Vol. 3, No. 1, Avril 1976)

En 1978, l’American Indian Movement organise The Longest Walk, une marche de 3 000 km Ă  travers les États-Unis pour attirer l’attention sur les droits des Autochtones et pour protester contre 11 projets de loi anti-autochtones prĂ©sentĂ©s au CongrĂšs ; ces projets menacent les droits issus des traitĂ©s. La marche rassemble plus de 2000 personnes. En 2008, le AIM, qui continue toujours son activitĂ©, organise une seconde Longest Walk pour protester contre la destruction du territoire et pour protĂ©ger les sites sacrĂ©s constamment saccagĂ©s par les compagnies avec l’appui du gouvernement amĂ©ricain.

En 1978, l’American Indian Movement organise The Longest Walk, une marche de 3 000 km Ă  travers les États-Unis pour attirer l’attention sur les droits des Autochtones et pour protester contre 11 projets de loi anti-autochtones prĂ©sentĂ©s au CongrĂšs.

MalgrĂ© sa popularitĂ© et son large champ d’action, le AIM ne fait pas l’unanimitĂ©. En effet, le mouvement adopte une idĂ©ologie pan-indienne que toutes les communautĂ©s n’apprĂ©cient pas, car elle vient niveler les diffĂ©rences profondes entre communautĂ©s et cultures. En plus du fait que les peuples autochtones sont trĂšs nombreux et diffĂ©rents, les politiques d’assimilation et de dĂ©membrement des nations autochtones se font une nation Ă  la fois, ce qui rend difficile d’unir les luttes des diffĂ©rents peuples, qui ne se reconnaissent pas nĂ©cessairement comme d’abord autochtone (mais d’abord comme Lakota, Ojibwe, etc.).

La rĂ©surgence d’une spiritualitĂ© autochtone sera une prĂ©occupation de plus en plus importante pour le AIM au fil des annĂ©es. La rencontre des jeunes Autochtones des villes (souvent privĂ©s de culture religieuse autochtone en vertu de leur dĂ©placement forcĂ© vers les villes et de l’éducation dans les pensionnats) avec des militant.es plus ĂągĂ©.es vivant sur les rĂ©serves fait en sorte que les premier.es s’introduisent aux questions spirituelles auprĂšs des second.es. Par contre, au sein du AIM, la tendance est Ă  la reconstruction d’une spiritualitĂ© « unique » et pan-indienne (culte du Grand Esprit, respect de la Terre MĂšre, etc.). Cette nouvelle spiritualitĂ© autochtone fait beaucoup pour aider les jeunes d’un cĂŽtĂ©, mais dĂ©plaĂźt Ă  plusieurs sur les rĂ©serves, qui dĂ©fendent les spiritualitĂ©s locales, la religion de leur peuple, et non une religion syncrĂ©tique pan-indienne. Cette conception religieuse du AIM d’une spiritualitĂ© pan-indienne a tendance Ă  rĂ©duire au plus petit dĂ©nominateur commun les expĂ©riences hĂ©tĂ©ronomes du monde des diffĂ©rentes nations. La question se rĂšgle par ailleurs partiellement pour plusieurs communautĂ©s qui appuient et participent politiquement au AIM, mais (re)construisent leur spiritualitĂ© au sein de leur propre communautĂ©. C’est le cas par exemple des Mohawks de KahnawĂ :ke, dont plusieurs membres de la Warrior Society participent au AIM, mais (re)construisent leur propre spiritualitĂ© autour de leur Grande Loi de la Paix et de la Guerre, tout en revitalisant le modĂšle proprement mohawk des maisons longues sous l’impulsion du leader Louis Karoniaktajeh Hall.

Reste que, tout au long de son histoire, l’impact du AIM se fait sentir partout sur le territoire occupĂ© de l’AmĂ©rique. Des chapitres du AIM se forment et agissent en ville comme en zone rurale, du territoire occupĂ© appelĂ© États-Unis jusqu’au soi-disant Canada. Pour leurs actions, les membres du AIM seront poursuivi.es, arrĂȘtĂ©.es et assassinĂ©.es massivement par le FBI et son programme contre-rĂ©volutionnaire COINTELPRO. Ce climat de violence crĂ©e un sentiment de paranoĂŻa au sein de l’organisation, qui sort trĂšs affaiblie de cette pĂ©riode de rĂ©pression Ă  la fin des annĂ©es 1970.

L’American Indian Movement offre pourtant une remarquable histoire de luttes et de victoires, au cƓur de la rĂ©surgence autochtone d’aprĂšs-guerre. Les combats menĂ©.es par les femmes et les hommes du AIM ont Ă©branlĂ© l’AmĂ©rique blanche et redonnĂ© puissance et fiertĂ© Ă  des gĂ©nĂ©rations de militant.es. Par-delĂ  les massacres Ă©tatiques Ă  l’encontre des membres du AIM, l’organisation existe toujours et continue le combat. Jusqu’à la fin de toute forme de colonialisme, les peuples autochtones continueront de lutter Ă  l’instar de l’American Indian Movement, qui reste fiĂšrement debout depuis 50 ans.

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Les informations de cet article sont entre autres tirĂ©es du livre de Gord Hill, 500 Years of Indigenous Resistance (disponible en format PDF en français et en anglais). Sur les dĂ©buts du AIM et de sa lutte contre la brutalitĂ© policiĂšre, on consultera avec profit la thĂšse de Christine Birong. Une section de rĂ©fĂ©rences (ouvrages, sources primaires, journaux) concernant le AIM est aussi disponible le site de la SociĂ©tĂ© d’histoire du Minnesota. Pour aller plus loin, on peut aussi consulter l’autobiographie de Dennis Banks Ojibwa Warrior, ainsi que celle de Mary Crow Dog (membre importante et connue du AIM), Lakota Woman.




Source: Contrepoints.media