Occupation sous tension
des nouvelles de l’Amassada

Occupation sous tension
des nouvelles de l’Amassada
Mi-mars 2019. La route menant jusqu’à l’Amassada offre des contrastes étonnants. Après la solitude
aride des plateaux parsemés de murets en pierre sèche, un rond-point (encore inoccupé) surgit. Suite à
des kilomètres de route sinueuse, un élargissement de route et, là, un McDonald. Autant de flèches de la
modernité qui s’enfoncent à la conquête des territoires.
Ces aménagements dernier cri se superposent à d’autres plus anciens : ici, une cité ouvrière au creux
d’une vallée ; là, des sommets tondus et verdoyants surplombant de denses versants forestiers. À
l’Amassada, ce ne sont pas moins de quinze lignes haute tension qui s’élèvent au dessus de la plaine
agricole de Saint-Victor. De nuit, le scintillement des éoliennes encercle la maison, lueur annonciatrice
d’une nouvelle colonisation.

L’Aveyron semble en effet destiné à devenir le grenier à vent, et donc à énergie « propre » et
« durable », du capitalisme vert. Au nom de l’impérative transition énergétique, chacune des crêtes
aveyronnaise est vouée à héberger des éoliennes ; et avec celles-ci de nouveaux transformateurs et
lignes à haute tension, indispensables au transport et à l’exportation longue distance de l’électricité. Ici,
un nouveau front de lutte s’est donc ouvert. « Vent et tempête en Requistanais » [1], « Plateau
Survolté » [2], « L’Amassada » [3] sont différentes figures opposées à l’industrialisation énergétique
des campagnes.
En venant à l’Amassada, on se questionne : être écolo et opposé-e aux éoliennes ? Jeter aux oubliettes
la transition énergétique fondée sur les énergies renouvelables ? Oui, si ces éoliennes s’inscrivent sans
frémir au méga-réseau électrique et au marché des émissions carbones. Oui, si transition est synonyme
de continuité plutôt que de rupture.
Ici : en Aveyron, à Saint-Victor, Saint-Affrique, Crassous, tout comme dans l’isthme de Tehuantepec au
Mexique [4], les habitant-e-s ne se laissent pas berner par la propagande environnementaliste des
colons technocrates, bien conscient-e-s que ces derniers avancent main dans la main avec leurs alter-
ego pro-nucléaires ou pétro-enthousiastes. Tous sont au service d’un processus qui détruit la biosphère,
dépossède les habitant-e-s de leur lieu de vie et impose aux populations concernées des décisions qui
viennent d’ailleurs. Cette logique reste la même avec ou sans éoliennes. Construire des milliers
d’éoliennes industrielles ne fait que prolonger la catastrophe écologique, sociale et environnementale
que nous vivons.

« Libre commune de l’Amassada ». Après voir franchi deux barricades barrant un petit chemin de terre
partant de Saint-Victor, nous passons sous le portique et entrons en « zone interdite ». Un vent, léger
mais tenace, souffle. Le soleil brille. Petit-e-s veinard-e-s que nous sommes, d’après les habitant-e-s
des lieux (qui nous accueillent chaleureusement) : le premier jour de beau temps depuis une quinzaine.
Aux alentours, une cabane de défense perchée sur pilotis ; une petite éolienne artisanale qui permet
d’éclairer la cuisine et de recharger des appareils électriques ; des halles qui peuvent aussi bien
accueillir de grandes tablées de banquet que servir d’atelier ; et un dortoir en pierres et bottes de foin.
Trois chats, cinq poules et coqs. Une serre en devenir.

Au cours de ces quelques jours sur place, nous revenons sur l’histoire du lieu. L’Amassada est née en
2014 de l’opposition quasi-unanime de la population locale à la construction d’un méga-transformateur
électrique, bétonnant des terres agricoles et asservissant encore un peu plus le territoire à la production
d’électricité. D’autres cabanes ont poussé ensuite. Depuis la déclaration d’utilité publique et les
menaces d’expropriation des terrains, un appel à occupation a été lancé [5]. Depuis peu, les terres
appartiennent à RTE (Réseau de Transport d’Electricité). Les terres sont donc squattées.

Février 2019 : descente de la gendarmerie. Une centaine de flics embarquent cinq habitant-e-s de
l’Amassada. Ils et elles risquent une astreinte de 2 000€ par jour de présence sur le site (c’est le cas
pour toute personne venant sur zone, voir carte [6]), et subissent des interdictions de territoire. Deux
sont interdit-e-s de présence en Aveyron, et trois de présence à Saint-Victor d’ici leur procès qui se
tiendra le 3 juillet prochain [7]. Le matage de l’opposition au mégatransfo est l’objectif numéro un du
nouveau commandant de la gendarmerie du Sud-Aveyron. Cette stratégie est efficace dans une certaine
mesure puisque les sympathisant-e-s du lieu sont moins nombreux et nombreuses à venir sur place.
Pour autant, l’Amassada est toujours habitée. Malgré la menace quotidienne et la fatigue, les habitant-
e-s mènent leur activités avec une joie débordante, créatrice et communicative qui nous rappelle de
nombreux moments vécus pendant la lutte contre l’aéroport et son monde sur la ZAD de Notre-Dame-
des-Landes. Toute visite est la bienvenue pour gonfler les effectifs [8]. Vous pourrez ainsi : construire
des barricades pour renforcer la défense du lieu ; confectionner une serre pour accueillir des semis ;
découvrir les environs, les plantes et animaux qui les peuplent au cours de randonnées ; ou encore faire
des rondes matinales pour ne pas se laisser surprendre à nouveau par les gendarmes…
La place ne manque pas pour qui voudrait venir s’installer durablement, ou simplement y passer
quelques jours pour donner un coup de main. Le dortoir, chaud et confortable, est digne d’être
référencé dans le guide Michelin ! Tout comme la pièce de vie, conviviale et chaleureuse.
Lors de nos jours sur place, pas de police en vue : le calme avant la tempête ? On vous conseille de
vérifier la situation sur zone avant de venir, de sortir couvert et de laisser vos téléphones chez vous !

Amassada : Par Res Nos Arresta ! Rien de nous arrêtera ! ZAD partout !

Pissenlits, Pimprenelles, Primevères et Pulmonaires

[1] https://www.facebook.com/Vent-et-temp%C3%AAte-en-requistanais-480714525660310/
[2] https://www.sudaveyron.org/plateausurvolte/
[3] https://douze.noblogs.org/
[4] Voir par exemple l’article « Énergie verte et techniques de contre insurrection : Alexander Dunlap »
dans Bogues n°6, http://bogues.fr/publications/bogues-no-6/
[5] https://douze.noblogs.org/post/2018/06/25/appel-a-se-defendre-depuis-lamassada/
[6] https://douze.noblogs.org/files/2019/01/Cadastre-IGN-A2-01-1.jpg
[7] https://douze.noblogs.org/post/2019/02/07/5-arrestations-ce-matin-a-lamassada/
[8] https://douze.noblogs.org/post/2019/02/03/invitez-vous-a-lamassada/