Mais maintenant qu’on nous annonce une seconde vague venant avec l’automne on peut espĂ©rer que tout va mieux et que l’hĂŽpital est prĂȘt ?

InquiĂ©tez-vous, il n’en est rien.

Depuis le 1er janvier 2020 les services fonctionnant en 12h, dont les services de rĂ©animation, ainsi que le personnel fixe de nuit en 10h, ont vu leurs roulements chamboulĂ©s par la mise en place de nouveaux cycles. Cette application de la rĂšgle des 48h maximum de travail par pĂ©riode de 7 jours glissants ne prend pas en compte les postes non pourvus et l’absentĂ©isme. Les rĂ©sultats sont nombreux, nous n’avons plus de rĂ©gularitĂ© dans les roulements, les jours de repos ne sont pas respectĂ©s, les bascules poste jour/nuit trĂšs frĂ©quentes, il est mĂȘme demandĂ© Ă  certain-e-s de faire du 60h sur 7 jours “par nĂ©cessitĂ© de service”. Tout ceci entraĂźne fatalement un suivi dĂ©gradĂ© des patients pouvant conduire Ă  une dĂ©motivation de ces derniers, une incomprĂ©hension des familles sur la continuitĂ© des prises en charge.

Tout ceci entraĂźne fatalement une dĂ©tĂ©rioration du climat des Ă©quipes, des difficultĂ©s d’organisation dans nos vies personnelles et une fatigue tant physique que psychologique.

Et la crise du COVID n’a pas permis de changer cette façon de faire.

A la fin du confinement, le gouvernement, au lieu de rĂ©pondre favorablement aux demandes de hausse de salaire demandĂ©es depuis des annĂ©es par les hospitaliers, a prĂ©fĂ©rĂ© leur octroyer une prime de 1500€. Faible consolation.

Un peu plus tard, suite au Segur et Ă  la grogne montante, il a cĂ©dĂ© 180 euros c’est loin d’ĂȘtre Ă  la hauteur des besoins. A noter que les deux premiĂšres revendications sont d’avoir des ouvertures de nouveaux lits et l’embauche de personnel. Rien ne viendra de ce cĂŽtĂ©.

Mais pire encore, beaucoup de tĂąches essentielles aux bon fonctionnement du CHRU sont maintenant sous-traitĂ©es par des boites extĂ©rieures et leurs salariĂ©s, pourtant eux aussi en premiĂšre ligne, n’ont pas bĂ©nĂ©ficiĂ© de cette prime. À Nancy on peut citer la sociĂ©tĂ© de nettoyage ISS qui n’a pas donnĂ© suite Ă  la demande d’une prime COVID Ă  ses salariĂ©s pourtant en charge du nettoyage des parties communes du CHRU.

Partons pour l’Institut de CancĂ©rologie de Lorraine se trouvant sur le site de Brabois. Appartenant au groupe privĂ© Unicancer, l’ICL refuse Ă  ses manipulateurs en Ă©lectroradiologie mĂ©dicale que leur soit appliquĂ© le mĂȘme rĂ©gime qu’au CHRU qui eux ont depuis longtemps acquis la reconnaissance de leur niveau BAC+3 (120€ en plus sur la paie). Le 17 septembre une vingtaine d’entre eulles se sont mis-es en grĂšve.

On ne vas pas quitter Brabois sans parler du bĂątiment Philippe Canton. Construit entre 2008 et 2011, le bĂątiment repose sur un unique plateau ambulatoire, une hospitalisation de jour commune et une hospitalisation de semaine mutualisĂ©e (dermatologie, maladies infectieuses et tropicales…). C’est aussi le bĂątiment dĂ©diĂ© aux hospit COVID. Le problĂšme c’est que ce bĂątiment se fissure un peu partout. Les premiĂšres sont apparues dĂšs aoĂ»t 2017, on ferme alors 4 bureaux. Fin 2018, les successions d’expert-e-s amĂšnent Ă  la fermeture de 12 bureaux supplĂ©mentaires. Le 26 mai 2020 les expert-e-s judiciaires rendent leur rapport provisoire, iels y font mention de malfaçons et de dĂ©gradations de la structure. En effet les murs se dĂ©forment dans des bureaux et des couloirs, des faux plafonds sont tombĂ©s, on parle Ă©galement de l’affaissement de certaines dalles et poutres porteuses.

Il faut savoir que le bĂątiment n’appartient pas au CHRU, en effet c’est la sociĂ©tĂ© Icade qui Ă  menĂ© la construction de Philippe Canton pour un coĂ»t de 82 millions d’euros, le CHRU lui rĂ©cupĂ©rera le bĂątiment (si il est toujours debout) aprĂšs avoir payĂ© un loyer annuel de 7,3 millions durant 32 ans (coĂ»t pour l’HĂŽpital : 230,4 millions). Vous ne trouvez pas ça juste ? C’est ce qu’on appelle un Partenariat Public/PrivĂ©. Et ce sont ces mĂȘmes partenariats que le gouvernement veut utiliser pour son “investissement massif dans la santĂ©”…

Pour ce qui est des sur-blouses ? Eh bien il n’y en Ă  toujours pas, les patients COVID sont toujours pris en charge par des soignants vĂȘtus de sacs-poubelles. La pĂ©nurie serait mondiale… C’est beau le capitalisme.

Il faut bien avoir en tĂȘte que tous ces problĂšmes viennent de dĂ©cisions qui sont d’ordre politique. Ils sont le fruit d’annĂ©es de reformes voulues par les diffĂ©rents gouvernements. Et ils continuent Ă  se foutre de nos tĂȘtes.

Le 21 juillet, le ministre de la santĂ© a annoncĂ© la fin du COPERMO (Ă©niĂšme plan pour l’hĂŽpital qui prĂ©voyait la suppression de 598 lits et 174 emplois) mais celui-ci est remplacĂ© par un Conseil National d’Investissement. On change le nom mais changeons-nous vraiment les objectifs ? Rien est moins sĂ»r.

Nouvellement Ă©lu prĂ©sident du conseil de surveillance du CHRU de Nancy Mathieu Klein aimerait dĂ©bloquer le projet de reconstruction du CHRU et entreprendre l’édification d’un CHRU de dimension rĂ©gionale capable de se hisser dans le top 3 des CHU. Les politiques sont donc incapables de sortir de la logique compĂ©titive mĂȘme quand il s’agit de la santĂ© des gens. Si l’on traduit, cela veut dire reprendre le travail de faire monter l’ensemble des activitĂ©s du CHRU sur le plateau de Brabois, Ă  8km du centre-ville, et crĂ©er un Centre Hospitalier Lorrain absorbant sans doute Metz et Épinal dans une logique de rĂ©duction des coĂ»ts dĂ©jĂ  dĂ©fendue par ses prĂ©dĂ©cesseurs.

Pour cela le chĂšque demandĂ© Ă  l’Etat sera de 675 millions d’euros. On attend de voir les contre-parties demandĂ©es par l’Etat en termes de suppressions de lits et de postes. Mathieu avait promis de s’y opposer lors de sa campagne mais on sait ce que valent les promesses de candidats une fois ceux-ci au pouvoir.

Enfin on pourrait espĂ©rer, comme pour les aides aux entreprises qui abondent de plus belle suite Ă  la crise COVID, avoir de l’argent pour les hĂŽpitaux afin de les sauver. Mais non ce n’est pas la prioritĂ©. On ne fera rien pour faire en sorte qu’une telle crise ne se reproduise pas.

Il faut faire en sorte que le CHRU garde sa mission principale de service public, assurer Ă  la population des soins sĂ©curitaires. Le profit recherchĂ© par les secteurs privĂ©s n’est pas compatible avec les missions de l’hĂŽpital public.


Article publié le 29 Sep 2020 sur Manif-est.info