Novembre 24, 2020
Par Union Communiste Libertaire (UCL)
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Quel rĂŽle pour l’animal dans les sociĂ©tĂ©s humaines ? C’est est un point central de la rĂ©flexion Ă©cologique, oĂč convergent deux questions Ă©thiques majeures  : celle de la souffrance et de l’exploitation animale d’un cĂŽtĂ©, et de l’autre, celle de l’élevage animal tel qu’il est dĂ©terminĂ© par le capitalisme, oĂč les paysannes et paysans sont tout autant des sujets exploitĂ©s par un systĂšme. S’agit-il d’amĂ©nager l’élevage tel qu’il existe, de rĂ©duire son empreinte Ă©cologique, la souffrance animale autant qu’humaine ? S’agit-il au contraire de rompre entiĂšrement avec ce modĂšle ? Et comment ? Alternative libertaire invite ce dĂ©bat dans ses colonnes.

La lutte animaliste est parfois accusĂ©e de complaisance envers le capitalisme. Loin des visĂ©es individualistes parfois mis en avant nous pensons que cause animale et lutte anticapitaliste peuvent mutuellement s’articuler et s’enrichir.

Les libertaires ont toujours refusĂ© la hiĂ©rarchisation des luttes et tenu Ă  comprendre les spĂ©cificitĂ©s de chaque systĂšme de domination. La cause animale a elle aussi fait partie des intĂ©rĂȘts majeurs des anarchistes, notamment Ă  la Belle Époque [1]. Nous dĂ©fendons dans cette perspective la prise en compte des intĂ©rĂȘts des animaux, et dĂ©nonçons le refus de s’en prĂ©occuper au prĂ©texte de la lutte anticapitaliste.



Prendre en compte les intĂ©rĂȘts des animaux

Nous Ă©levons, exploitons et tuons des animaux pour notre consommation alimentaire ou vestimentaire, nous les enfermons pour nous divertir, nous testons nos produits cosmĂ©tiques et mĂ©dicamenteux sur eux − la liste est longue. Pourtant, les recherches scientifiques et notamment en Ă©thologie [2] nous montrent que de nombreuses espĂšces forment des sociĂ©tĂ©s, composĂ©es d’individus sensibles ayant des intĂ©rĂȘts propres. Ces individus s’organisent avec des rĂŽles sociaux, ressentent des Ă©motions  : peur, joie, ennui ou encore empathie. Ils ont aussi, Ă  des degrĂ©s divers, des niveaux de conscience leur permettant de savoir qu’ils existent, qu’autrui existe, et de ne pas vouloir mourir. Il nous semble donc que nous devons respecter et prendre en compte ces autres individus et sociĂ©tĂ©s, dans notre façon de construire la nĂŽtre.

Bien que nous ne puissions pas « â€ˆfaire sociĂ©tĂ©â€ˆ Â» avec les animaux de la mĂȘme façon qu’avec les humains, nous pouvons envisager une sociĂ©tĂ© libertaire dĂ©barrassĂ©e de l’exploitation animale. En effet, bien qu’ils soient prĂ©sentĂ©s comme une Ă©vidence de l’ordre du naturel, les produits d’origine animale sont remplaçables. Nous dĂ©fendons ainsi un projet Ă©co­nomique et agricole libertaire incluant une vĂ©gĂ©talisation massive de l’alimentation, et ce d’autant plus que les protĂ©ines vĂ©gĂ©tales sont des cultures Ă©cologiquement prĂ©fĂ©rables – elles rĂ©clament moins d’espace et produisent (beaucoup) moins de gaz Ă  effet de serre notamment [3].

Pour l’écologie comme pour la cause animale, la sortie du capitalisme est une condition certes insuffisante, mais indispensable.
photothĂšque rouge

Ce projet de sociĂ©tĂ© libertaire et Ă©cologique ne nĂ©cessite pas, contrairement aux idĂ©es reçues, de technologies de pointe comme la viande de synthĂšse ou des substituts industriels. La seule contrainte est la production de vitamine B12, non prĂ©sente dans le rĂ©gime vĂ©gĂ©tal, mais simple Ă  produire localement et peu coĂ»teuse Ă©nergĂ©tiquement [4]..

L’industrie de l’élevage tente actuellement de redorer son blason par des arguments sur « â€ˆl’exploitation Ă  taille humaine  Â», prĂ©tendant limiter la souffrance animale. Elle instrumentalise pour cela quelques Ă©levages dont les pratiques, d’une part sont marginales, d’autre part relĂšvent souvent plus de la dĂ©claration d’intention que de la rĂ©alitĂ©â€ˆ : les « â€ˆpetits Ă©levages  Â» et abattoirs de proximitĂ© ne sont pas des lieux idylliques, les animaux y souffrent aussi (et ce, alors qu’aucun produit issu de l’élevage ne nous est indispensable pour notre consommation).

En tant que libertaires, nous partageons les critiques faites aux mouvements vĂ©ganes qui visent la transformation de la sociĂ©tĂ© par un changement de pratiques individuelles, et reposent souvent sur la culpabilisation. Nous dĂ©nonçons aussi les connivences de certaines organisations avec des pans de l’industrie agro-alimentaire. Il est cependant essentiel de rappeler que ces connivences ne structurent pas l’ensemble du mouvement.

Que les multinationales investissent par anticipation dans les produits vĂ©ganes et s’emparent d’un marchĂ© de niche, rien de plus attendu. Il nous semble bancal d’en dĂ©duire une complicitĂ© gĂ©nĂ©rale entre militantes et militants animalistes et industrie, au risque d’une surinterprĂ©tation quasi complotiste  : l’ensemble de la cause animale serait manipulĂ©e par l’industrie pour nous convertir Ă  leurs futurs produits, alors que leur production actuelle a dĂ©jĂ  la mainmise sur le marchĂ© alimentaire  ?

Une société sans exploitation animale est possible

Quant Ă  nous, la cause animale telle que nous l’envisageons est intrinsĂšquement anticapitaliste. En effet, la transition d’une industrie basĂ©e sur l’élevage vers une production largement vĂ©gĂ©talisĂ©e remettrait en cause des pans entiers de notre Ă©conomie (agro-alimentaire, vestimentaire, pharmaceutique, cosmĂ©tique, etc.). Cette transition, dĂ©fendue pour des raisons Ă©thiques, est radicalement incompatible avec l’impĂ©ratif capitaliste de rentabilitĂ©.

De plus, la prise en compte des intĂ©rĂȘts des animaux implique aussi nĂ©cessairement la fin de la destruction des Ă©cosystĂšmes (qui sont leurs milieux de vie), ce qui implique de lutter urgemment Ă  la prĂ©servation de l’environnement – tandis que dans un rĂ©gime capitaliste, la destruction de l’environnement perdurera tant qu’elle sera rentable.

En d’autres termes, pour l’écologie comme pour la cause animale, la sortie du capitalisme est une condition certes insuffisante, mais indispensable. Nous prĂŽnons non pas un changement rĂ©formiste fondĂ© sur des lois concernant les types d’élevages ou les limites de la souffrance acceptable, mais bien une transformation rĂ©volutionnaire de la sociĂ©tĂ© impliquant de repenser en profondeur notre rapport Ă  l’exploitation et Ă  la domination des animaux.

Nous nous opposons Ă  la logique absurde qui voudrait que, pour continuer Ă  vivre avec les animaux, il faille nĂ©cessairement les exploiter et les tuer sans nĂ©cessitĂ©. Nous avons confiance en la capacitĂ© d’une sociĂ©tĂ©, dĂ©barrassĂ©e du capitalisme, Ă  rĂ©inventer d’autres mode de coexistence tout en soutenant une agriculture paysanne. Bien que cette perspective puisse sembler lointaine, nous n’attendrons pas plus longtemps pour y travailler.

Groupe de travail
Condition animale de l’UCL




Source: Unioncommunistelibertaire.org