Nous vous avions parlé hier d’une vente aux enchères d’objets antifascistes qui se déroulera samedi prochain à Chemnitz, en Saxe, en soutien aux antifas locaux, organisée par Peng!, un collectif d’artistes. Voici l’histoire de ces objets proposés à la vente, y compris à distance sur Ebay (cliquez sur l’image ou le titre de chaque objet).

Caddie
Leipzig, 2020, aluminium et carton, artiste inconnu (réplique)

Des images de ce caddie enflammé, symbole de l’escalade de la violence à Connewitz durant la nuit du 31 décembre 2019, ont fait la une des médias allemands et ont déclenché une discussion sur la violence d’extrême gauche à travers tout le pays. Les communiqués de presse de la police de Leipzig ont dépeint une scène d’extrême gauche offensive qui aurait totalement perdu le contrôle. De nombreux journaux ont repris le communiqué, et le portail d’informations TAG24 a par exemple titré : « Des émeutiers ont voulu tuer des policiers », tandis que BILD écrivait : « Les médecins ont sauvé la vie de cet homme en pratiquant une opération en urgence absolue. » Les politicien·ne·s de tous les partis se sont montrés horrifiés d’une telle escalade de la violence. Le ministre fédéral de l’Intérieur Seehofer a parlé de « violences commises par mépris pour le genre humain » tandis que le ministre-président de Saxe évoquait un « terrorisme d’extrême gauche ». De son côté, Rainer Wendt, chef du syndicat de la police allemande, a mis en garde contre une nouvelle Fraction Armée Rouge.

Mais toute cette indignation reposait sur des preuves bien peu solides. On a ainsi vu sortir des vidéos qui contredisaient des aspects centraux de la version racontée par la police : le caddie en feu n’avait pas été poussé vers l’unité de police, pas plus que les casques des fonctionnaires de police ne leur avaient été retirés. L’hôpital a également contredit l’histoire racontée par la police : ainsi, le policier soi-disant mortellement blessé et opéré en urgence absolue n’a subi qu’une intervention mineure sous anesthésie locale.

Mais à ce moment-là, les journaux avaient déjà rendu leur verdict en publiant des unes racoleuses et les politicien·ne·s en avaient profité pour se pousser sur le devant de la scène à grand renfort de formules à l’emporte pièce. Le débat sur la stratégie policière en termes d’intervention et de désescalade a été purement et simplement annulé par ce discours sur la violence de l’extrême gauche radicale.

Étant donné que les auteur·e·s du caddie sont inconnu·e·s, nous avons donné les 1000 euros au projet Chronik LE qui informe sur les événements fascistes, racistes et discriminatoires dans la ville de Leipzig et dans ses environs.

Caisse de bière
Ostritz, 2019, plastique et verre, artistes « Ostritzer Friedensfest » (Fête pour la paix d’Ostritz)

Rien qu’en Saxe, on a dénombré plus de 49 concerts néonazis au cours de l’année 2018. En juin 2019, 600 néonazis se sont ainsi retrouvés une nouvelle fois pour le quatrième festival néonazi Schild und Schwert (le bouclier et l’épée) dans la ville d’Ostritz, en Saxe orientale. Mais ils avaient compté sans les 2300 habitant·e·s d’Ostritz…

Le tribunal administratif de Dresde avait imposé au festival l’interdiction de vendre de l’alcool et la police avait saisi les réserves de bière de l’organisateur du festival, Thorsten Heise, du NPD ; mais les choses n’en sont pas restées là. Ce que les néonazis ne savaient pas, c’est que les habitant·e·s d’Ostritz, avec l’aide du Centre de Rencontre internationale St. Marienthal, avaient acheté tout le stock de bière du supermarché de la ville, sans laisser une seule bouteille. Les néonazis se retrouvaient à sec, au sens propre du terme.

La campagne « Kein Bier für Nazis » (pas de bière pour les nazis) fut une action de protestation contre le festival néonazi, action menée dans le cadre de la Fête pour la Paix d’Ostritz qui prévoyait par ailleurs des manifestations, des rassemblements de protestation, des concerts et des actions artistiques et rassembla un millier de participant·e·s. Depuis 2018, les habitant·e·s s’engagent dans le cadre de cette Fête pour la Paix pour la démocratie et contre l’extrémisme de droite.

En décembre 2019, la Fête pour la Paix d’Ostritz a été récompensée par le prix spécial de l’engagement allemand. La campagne « Kein Bier für Nazis » a été nominée dans la catégorie « campagne / idée la plus intéressante » dans le cadre du prix pour la popculture.
La caisse de bière qui est mise aux enchères a été symboliquement mise à disposition par les habitant·e·s d’Ostritz.

Acte d’accusation
Leipzig, 2020, édition reliée, A4, artistes du collectif « NSU-Komplex auflösen! » (Pour la dissolution du complexe du NSU)

Nous accusons ! En lien avec les victimes des actes de terreur du NSU[] et des violences racistes, le collectif d’action « NSU-Komplex auflösen! » a accusé publiquement plus de 120 responsables gravitant autour du NSU, dans trois tribunaux. Comme une contre-accusation venue répondre au discours bien huilé de l’État, ces trois tribunaux révèlent la continuité du racisme en Allemagne. Cette édition reliée rassemble pour la première fois les trois actes d’accusation des NSU-Tribunale (en 2017 à Cologne, en 2018 à Mannheim et en 2019 à Chemnitz et Zwickau).
Le procès du NSU fut à n’en pas douter l’un des plus importants procès pénaux de ces dernières décennies en Allemagne. Lorsqu’il s’est avéré que des dossiers passés au destructeur de papier, des rapports bloqués par l’Office de Protection de la Constitution, d’énormes trous de mémoire et des mensonges patents de fonctionnaires allaient déterminer l’issue du procès, l’idée d’un contre-tribunal est née, qui donnerait la parole aux personnes victimes des violences racistes et nazies. Leur expertise sur le racisme en tant que personnes issues de l’immigration, leurs expériences, leurs souffrances et leurs luttes, tout cela devenait visible et audible. Pendant des années, ils·elles avaient été criminalisé·e·s par les préjugés racistes du monde politique, par la police, par l’Office de Protection de la Constitution, par la justice et les médias qui avaient fait d’eux·elles des agresseurs. Les habitant·e·s le la Keupstraße à Cologne (lieu de l’attentat à la bombe à clous perpétré par le NSU en 2004) ont appelé cette stigmatisation médiatique la « bombe après la bombe ».

Aujourd’hui encore, le NSU continue à vivre sous la forme d’un « réseau de camarades ». Le verdict qui est tombé lors du procès officiel du NSU équivaut à un encouragement pour tous les néonazis à suivre l’exemple du NSU, ce que les attaques terroristes de Halle et Hanau, l’assassinat de Walter Lübcke et du jeune Arkan Hussein Kh. (15 ans), mais aussi les mails de menace envoyés par le « NSU 2.0 » illustrent bien. Il est plus actuel que jamais d’exiger la dénazification : « Ne tournons pas la page ! ».

En 2017, le collectif a reçu le prix Antonio-Amadeu.

traduction : La Horde

(à suivre…)


Article publié le 18 Août 2020 sur Lahorde.samizdat.net