Juillet 7, 2021
Par Paris Luttes
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En 2012, le collectif anarchiste Tides of Flames réalise le documentaire Métropolis sur la métropole de Seattle. La critique proposée de la métropole capitaliste n’a pas vieilli. Mieux comprendre comment fonctionne Seattle et comment s’y opposer, c’est aussi mieux comprendre Paris tant les métropoles peuvent se ressembler sous de nombreux aspects.

Metropolis donne un aperçu assez large de ce qu’une métropole mondialisée implique en termes de : transport, électricité, eau, entreprises, port (Seattle est une ville côtière et un des plus grands ports au monde), gouvernance et police. Il s’agit des titres des différents chapitres du documentaire de 2h30 qui peut très bien se regarder chapitre par chapitre. Le tableau général de la métropole dressé par le film est glaçant : pollution généralisée, expansion infinie, gentrification, digitalisation de la vie humaine, contrôle policier, etc.

La métropole s’étend via la destruction des autres formes de vie

Historiquement, Seattle a été colonisée et la terre volée aux indiens. C’est d’abord une industrie typique de la première période industrielle qui a pollué massivement les rivières et lacs alentours. Cette pollution est encore présente aujourd’hui. Pendant des milliers d’années, les indiens ont cohabité avec la rivière, elle était leur source de vie. En 200 ans, les industries capitalistes ont complètement modifié les écosystèmes qui permettaient aux animaux de se nourrir, de vivre. La pollution a rendu impossible le mode de vie indien de coopération avec la rivière. Cela est typique de l’expansion capitaliste : elle rend impossible par ses ravages et son colonialisme tout mode de vie différent. Au sein de la métropole, on ne peut vivre que comme la métropole nous force à vivre, nous sommes rendu.es dépendant.es d’elle.

Aujourd’hui, les industries ont changé mais la pollution reste omniprésente. Pour satisfaire ses besoins massifs d’électricité, Seattle a construit des barrages qui perturbent la vie aquatique de la rivière avec des répercussions sur tout l’écosystème.



« L’électricité a asservi la rivière de la même manière qu’elle a asservi les humains qu’elle garde en vie. »

Pour nourrir les personnes vivant dans la métropole, l’agriculture vivrière locale a été délaissée au profit de grandes monocultures exportatrices et polluantes. La métropole nourrit ses habitant.es grâce à des importations de produits standardisés venant du monde entier. Les polluants déversés par les camions, les bateaux, finissent via le ruissellement des eaux de pluie dans les sols, les rivières et les lacs.

La croissance d’une métropole est sans fin. Il s’agit d’un format de ville adapté au capitalisme : besoin infini de croissance, d’extension pour assurer la reproduction et l’agrandissement du capital.

La métropole mise au service des grandes entreprises

Les transports permettent de bien comprendre l’organisation de la métropole : dirigés des quartiers résidentiels en périphérie vers les magasins du centre-ville et vers les lieux de travail. Les contrôles des titres de transport sont plus fréquents au centre pour que seules les populations ayant de l’argent à dépenser y aillent.

Des grandes entreprises emploient une large partie de la population : Amazon, Microsoft, Starbucks, Boeing. Leurs modèles économiques, leurs mensonges publicitaires, leurs objectifs sont analysés dans le documentaire. Les dirigeants de Microsoft rêvent d’une vie digitalisée où les ordinateurs, nourris des données emmagasinées par les téléphones et autres capteurs, seraient omniprésents.



(parlant des employé.es de Microsoft) « Iels sont des coquilles vides, ne résistant que grâce à leur peur de la mort. Leur créativité et leur énergie mentale sont absorbées et vidées. »

Boeing a collaboré et continue de collaborer avec l’armée américaine notamment pour construire des bombardiers sans pilotes, des drones, des bombes. Starbucks symbolise l’homogénéisation des modes de vie que produit le capitalisme mondialisé : toujours le même environnement stérilisé. Amazon coupe tout lien entre le consommateur et les marchandises. Ces dernières ont l’air d’apparaître ex nihilo faisant oublier les ravages et l’exploitation nécessaire parfois à les produire.

Toutes ces entreprises communiquent sur leur éthique en renversant la réalité sans aucune honte. Ainsi Starbucks parle de café solidaire alors que la plupart des producteurs de café sont quasiment esclavagisés et/ou sous la pression de paramilitaires. Boeing parle de bien-être et d’un avenir radieux tout en construisant des armes de guerre, etc.

Pour attirer des cadres, la métropole construit des transports plus performants. Les nouveaux transports en commun participent à la gentrification et l’homogénéisation des quartiers : lotissements « écologiques », centres commerciaux, etc.

La métropole, un colosse aux pieds d’argile

La métropole a besoin de nourriture, d’eau, d’électricité et de pétrole pour survivre. Son autonomie en chacun de ces ressources fondamentales est ridicule si les approvisionnements sont coupés.

Ainsi, si les chauffeur.euses routièr.es arrêtaient de livrer de la nourriture en faisant grève par exemple, la pénurie alimentaire surviendrait en l’espace de quelques jours. Si les installations électriques cessaient d’être réparées en permanence, des coupures d’électricité de quartiers entiers pourraient arriver rapidement. Si les éboueur.euses et égouttièr.es ne faisaient plus leur travail, la ville deviendrait vite une poubelle à ciel ouvert.

Une grève de ces professions clés pourrait mettre la métropole à genoux.

Quelques critiques sur le documentaire

La voix off fait rarement dans la nuance jusqu’à devenir parfois caricaturale. On peut citer comme exemple le discours culpabilisant sur la peur qui est mis en avant : laisser la peur nous intimider serait laisser les terroristes d’État gagner. La bande son participe au caractère très tranché du documentaire.



(parlant du FBI) « Comme tous les agents du gouvernement, ce sont des parasites et des tueurs chargés de policer les pensées et actions de la population états-uniennes. »

On sent que les positions politiques des réalisateur.ices sont assez proches de celles du comité invisible. Iels promeuvent surtout l’action directe et l’insurrection. Des passages sont parfois lents et trop philosophiques.

Cependant, ce documentaire est loin d’être un tract appeliste. Le travail de recherche sur Seattle est considérable et la présentation est soignée. Le documentaire fourmille d’exemples concrets sur des aspects importants de la métropole dont on parle au final trop peu souvent (eau, électricité, organisation des transports par exemple).

Les propos sans nuances peuvent fournir un bol d’air frais car ils s’opposent frontalement aux mensonges du spectacle capitaliste qu’on entend à longueur de journée sur l’innovation, la smart city, l’écologie et tout ce qui a trait à la métropole.




Source: Paris-luttes.info