Février 23, 2021
Par Union Syndicale Solidaires
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Le Hirak, ou mouvement populaire, n’a pas été vaincu par l’épidémie du Covid et son instrumentalisation par le pouvoir. Deux après la première manifestation, pour la 53è fois, ce 22 février 2021, les algérien-nes étaient plusieurs dizaines de milliers dans les rues, avec une manifestation massive à Alger et des manifestations dans plus de 30 villes, à Annaba, à Tizi Ouzou, à Bejaïa, à Oran… Quelques jours avant, ils et elles étaient des milliers à manifester à Kherrata, première manifestation du Hirak en 2019. Il y a deux ans, la population manifestait contre la cinquième candidature à la présidence du très vieillissant Bouteflika, homme de paille des généraux qui ont pris le pouvoir dans les années 90. Les clans qui se partagent le pouvoir avaient été contraints de renoncer à cette candidature, mais les précédentes élections ont été une mascarade en terme de participation et de candidats (des clans militaires). La mobilisation populaire demande la démocratie, mais les slogans et discours pointent la condition essentielle de sa mise en place : le départ des militaires au pouvoir.

Leurs heures semblent comptées. Aujourd’hui, ce sont des revendications sociales et économiques qui sont aussi mises en avant, avec en premier lieu la répartition des richesses, notamment celle de la rente pétrolière, déjà en grande partie détournée par la gente au pouvoir et ses satellites.

Durant l’année écoulée, près de 600 personnes ont été arrêtées, interrogées, menacées et emprisonnées, il y a eu des disparitions aussi ; les Comités pour la libération des prisonnier-es politiques ont dénombré plus de 100 personnes en prison pour ces raisons quelques jours encore avant la mobilisation. On ne peut que se réjouir de la libération d’une trentaine de prisonnier-es à la veille des manifestations, dont des journalistes et des militant-es connues du Hirak, mais personne n’est dupe concernant cette manœuvre du pouvoir… qui s’inquiète à nouveau face à cette mobilisation massive. Il est sûr que ce dernier n’est plus dans la situation de force qui était la sienne : gestion désastreuse de l’épidémie dans un système de santé laissé à la dérive depuis des années, chômage et situation de paupérisation générale de la population… Comble en matière de petite manœuvre, le gouvernement du président Tebboune a essayé « d’intégrer » le Hirak au régime en déclarant le 22 février journée du « Hirak authentique béni »… ou « Journée nationale de la fraternité et de la cohésion peuple-armée pour la démocratie »… Les slogans, le 22, répondaient en substance : « Nous ne sommes pas venus pour célébrer (l’anniversaire) mais pour que vous partiez ». Le 22, dans les rues d’Algérie, il y avait bien de la « fraternité » et de la cohésion, mais c’était celle des manifestant-es de tout âge, hommes et femmes. Dont les syndicalistes de la Confédération générale autonome des travailleurs et travailleuses en Algérie (CGATA), mobilisé-es depuis le début du Hirak. Certain-es ont aussi été inquiété-es par la police et ont passé plusieurs semaines en prison l’année écoulée, payant le prix d’une lutte pour l’égalité et la démocratie qui a commencé bien avant 2019. Le 22 février, les manifestations ont été émaillées aussi d’arrestations dans plusieurs villes : nous demandons la remise en liberté de tous ceux et celles qui en ont été victimes.

Aujourd’hui, les algérien-nes ne croient pas aux prochaines élections législatives, anticipées après la dissolution récente de l’assemblée : personne ne veut encore se retrouver à avoir à « choisir » entre les pantins du pouvoir.

En France, dimanche 21, des milliers de personnes, algérien-nes ou enfants d’immigré-es algérien-nes ont manifesté leur soutien au Hirak à Paris surtout, mais aussi dans d’autres villes durant le week-end aussi.

L’Union syndicale Solidaires réaffirme son soutien plein et entier au Hirak en Algérie. Nous demandons la libération immédiate de tous et toutes les prisonnier-es politiques et l’arrêt des poursuites contre les militant-es. Nous exprimons notre solidarité et appelons à la solidarité internationale, nous nous tenons aux côtés et en soutien de la diaspora algérien-ne, en France et dans d’autres pays, comme au Québec, qui exprime aussi dans la rue son rejet d’un régime corrompu et sa volonté d’une Algérie libre, démocratique et sociale.

Plus que jamais, solidarité internationale avec le Hirak !

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Source: Solidaires.org