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Mais ce mouvement ne vient pas de nulle part. Il est en partie l’écho des mouvements de lutte et de révolte de la période précédente, notamment du « Printemps noir » de 2001.

Il nous a semblé intéressant de republier sous forme de brochure des textes libertaires, analyses de fond ou articles d’illustration, de cette période et de les mettre en rapport « à chaud » avec la révolte actuelle qui secoure l’Algérie.

Georges Rivière, infatigable compagnon libertaire, qui a participé au mouvement des Arrch et participe au mouvement de actuel, a eu l’extrême sympathie d’écrire à chaud un texte d’introduction à cette compilation, pour essayer de faire ressortir ce que ces mouvements ont de différents ou de communs à 18 ans d’intervalle.(lire ci dessous)

Au moment où nous éditons cette brochure, nul ne peut dire quelle direction prendra le mouvement en Algérie. Mais au moins il aura mis en évidence que le feu de la liberté et de la dignité couve toujours sous la braise.

  INTRODUCTION

18 ans séparent les textes que la CNT-AIT présente ici et qui expriment la perception engagée qu’ont eu, à l’époque, des théoriciens et/ou des acteurs libertaires de ces mouvements populaires algériens. Ce sont des textes écrits à travers un filtre d’analyse anti-autoritaire, c’est-à-dire percevant ce que la lutte d’émancipation porte comme autonomie, réappropriation du politique, autogestion.Ces deux mouvements — celui de de 2001, mouvement assembléiste (conclaves) dit des « ’arouchs », et celui en cours actuellement en mai 2019, « Hirak » (mouvement en arabe) – malgré leurs différences, ont de quoi en effet passionner les militants anti-autoritaires.

Ce sont des mouvements puissants qui se sont inscrits dans la durée, nous permettant de percevoir clairement les dynamiques et les contradictions qui les parcourent (le premier a duré presque 2 ans, le deuxième en sera à 12 semaines de marches le 10 mai 2019).

Ce sont des mouvements de démocratie directe, extra-parlementaires, affichant une farouche volonté d’horizontalité, et manifestant une défiance totale de la représentation politique. Ils viennent de la base, réfutent toute verticalité. Que ce soit en 2001 ou en 2019, les partis politiques et autres instances de représentation institutionnelle habituels y sont mis hors-jeu, ou alors sous très haute surveillance et à distance respectable. Les acteurs sont alors contraints de se réinventer les modes de lutte, de discussion, de décision, de représentation. Chacun à leur façon.La légitimité de la délégation de pouvoir est au coeur des discussions.

Il y a une intelligence extrêmement affutée des risques de bureaucratisation, de prise de pouvoir par les uns et les autres, la conscience intime que le pouvoir,l’organisation et la responsabilité sont des choses bien différentes. On se répartit les missions, on les valide, on les contrôle, sans que soit pour autant créée une hiérarchie. Si la citation d’Elisée Reclus, dans sa formulation un peu datée, selon laquelle « L’anarchie est la plus haute expression de l’ordre » a du sens c’est bien ici. Du moins dans le mode d’organisation.

Il n’y a pas, pour la majorité des gens, de modèle pré-établi, de recette toute faite.Le mouvement est une ré-invention, faite d’expérimentation, de succès, d’échecs. Ilest à ce titre très instructif.Enfin la revendication islamique en est absente.

Cependant il faut faire preuve de prudence lorsqu’on met en perspective des mouvements populaires. Ils ont, bien sur, en commun cette construction autogestionnaire – et à partir de la base – de la contestation mais aussi comportent des différences substantielles qui peuvent peser sur l’appréciation qu’on en a.


Article publié le 09 Oct 2019 sur Cntaittoulouse.lautre.net