Janvier 18, 2022
Par Le Pressoir
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Dans la continuité d’une lente et irrésistible avancée idéologique depuis les années 1980, l’extrême-droite occupe de plus en plus le terrain des luttes. Elle a repris les manifestations de rue lors de l’instauration du PACS à la fin des années 1990 et plus encore contre l’extension du mariage et de l’adoption aux couples homosexuels avec la loi dite du « mariage pour tous » en 2012-2013. Ces manifestations portaient alors clairement et uniquement des valeurs conservatrices et réactionnaires (homophobie, sacralisation de la famille…).

Pourtant face à ces deux problèmes, paupérisation et extrême-droite, il y a bien une solution (…) C’est la lutte jusqu’au renversement du système.

Plus récemment, elle s’est investie dans le mouvement des Gilets jaunes. Au-delà d’un soutien du Rassemblement National, vite freiné par la dimension insurrectionnelle du mouvement, les groupes et partis à sa droite (et notamment divers groupuscules fascistes) ont participé dans un premier temps au mouvement en tentant d’y diffuser leurs mots d’ordre : rejet de l’immigration, préférence nationale, appel à l’armée… et en cherchant à contrer, voire à attaquer physiquement les militants considérés de « gauche » ou antifascistes. Bien heureusement, la dynamique solidaire et égalitaire du mouvement les a mis en échec dans leur tentative de récupération. Ce qui c’est bien souvent soldé par des attaques de ces nervis contre les manifestations des Gilets jaunes, pensant imposer par la force leur idéologie.

Lors du mouvement contre le Pass sanitaire, l’extrême-droite est beaucoup plus présente : chacun à sa place, du soutien médiatique du RN aux actions coup de poing des groupuscules fascistes (comme les Identitaires, la Ligue du Midi ou des bandes de skinheads), en passant par les manifs respectables des Patriotes ou la présence massive dans les manifestations de groupes conspirationnistes diffusant leurs théories farfelues aux relents nauséabonds (fréquemment antisémites…). L’extrême-droite a cherché à imposer son hégémonie idéologique : orienter le discours vers un rejet des mesures sanitaires (masques, distanciation sociale, vaccin…) au nom de prétendues libertés individuelles. En réalité, derrière cette soit disant défense des libertés prend corps une nouvelle forme d’eugénisme chère au fascisme : le virus ne tuant « que » les vieux ou les faibles, les forts s’en sortiront. Les lois de la Nature (et/ou divines) seront préservées. Pour ce faire elle a imposé physiquement dans les manifestations et sur le champs théorique l’interdiction d’amener toute autre critique de la gestion de la pandémie et notamment de la logique qui guide les mesures gouvernementales : le primat de l’économie sur la santé publique. Se proclamant « nouveaux résistants », « défenseurs de la liberté », une extrême-droite composite a globalement pris le contrôle du mouvement. Le rôle de Réinfo Covid est déterminant dans cette entreprise. Cette officine cultive d’ailleurs ses proximités avec nombres de groupes d’extrême-droite voire fascistes : Manif pour tous, Civitas, Conseil National de Transition, Égalité et réconciliation…

Nous étions alors Gilets jaunes quelle que soit la couleur, l’origine, le sexe, la sexualité, ou le statut social (travailleur, chômeur, handicapé, retraité…)

Tant par ses discours que par ses pratiques, l’extrême-droite cherche à capter la colère sociale pour l’orienter dans ses propres perspectives : désignation de boucs-émissaires (migrants, musulmans, juifs, homosexuels…), obscurantisme (rejet de la méthode scientifique et de la raison), repli nationaliste, régimes autoritaires… Pour finalement, malgré un discours de façade (antisystème, anti-élites…), ne rien remettre en question des inégalités sociales sources de cette colère. Bien au contraire ! Dans ses programmes, l’extrême-droite ne propose aucune remise en question des mécanismes économiques existants, de l’exploitation, aucune proposition pour une meilleure répartition des richesses. Et pour les libertés individuelles et collectives, ses groupes et partis défendent un renforcement de l’État dans ses aspects les plus autoritaires : police, justice, armée ! La responsabilité du désastre social actuel est imputée à des boucs-émissaires et les causes systémiques des inégalités sociales sont laissées de côté. Seuls sont pointés les aspects les plus caricaturaux : financiarisation « excessive » et corruption des élites. D’ailleurs la classe dominante ne s’y trompe pas. Certains de ses membres n’hésitent pas à propulser et soutenir leurs poulains. Comme tout récemment, Bolloré qui appuie Zemmour dans sa campagne présidentielle. Il en a été de même lors de la montée des fascismes et du nazisme dans les années 1930 en Allemagne, en Italie ou en Espagne où ces partis ont été soutenus par de gros industriels. L’extrême-droite est et a toujours été une expression des intérêts de la classe dominante. C’est une manière de détourner et d’étouffer la révolte pour maintenir le capitalisme malgré un contexte de crise et de mécontentement. Ne doutons pas qu’après avoir soutenu des mouvements de contestation, plus ils se rapprocheront du pouvoir, plus ils en viendront à se dresser contre ceux-ci, et à les réprimer violemment.

On a beau voir depuis des années la classe politique s’indigner et faire front contre la montée de l’extrême-droite, celle-ci ne cesse de gagner des voix lors des élections et de l’influence dans les discours politiques et médiatiques. Les gouvernements successifs, de droite comme de gauche, n’ont pas permis de diminution des inégalités et de la misère sociale. La crise structurelle qui touche l’économie mondiale nous plonge, travailleurs, chômeurs, étudiants ou retraités dans une paupérisation toujours plus grande. Et la classe politique privilégie le maintien d’une économie concurrentielle pour y faire face, au détriment de nos conditions d’existence (et même de nos vies, comme le montre les choix gouvernementaux dans la gestion de la pandémie). Le mécontentement ne fait que monter et pour beaucoup l’extrême-droite serait l’ultime solution face à cette situation désastreuse. Les gouvernements de gauche ont largement participé à cet état de fait en abandonnant toute volonté de réelle réforme sociale pour favoriser l’économie. Et pour cause : dans le système actuel, il n’y a rien plus rien à aménager. Le capitalisme est un système qui ne fonctionne que par l’accroissement perpétuel des profits. Dans une période de crise et malgré l’immense production de richesse, cette quête permanente aux bénéfices entre en contradiction avec toute répartition un peu plus égale de ces richesses. Les dirigeants politiques ne sont que les gestionnaires d’un système qui court tout droit à la catastrophe. Ceux qui prétendent réformer le système pour plus d’égalité sociale ne sont que des naïfs ou des menteurs. Et par ces illusions déçues, ils participent à la montée de l’extrême-droite.

Pourtant face à ces deux problèmes, paupérisation et extrême-droite, il y a bien une solution. Ce n’est certainement pas celle d’aller voter pour tel ou tel représentant qui nous défendrait, même doté des meilleures intentions. C’est la lutte jusqu’au renversement du système. Le mouvement des Gilets jaunes, même si il a été défait, nous a appris plusieurs choses. En premier lieu, que malgré notre éclatement nous pouvions nous retrouver, dépasser nos différences en trouvant notre intérêt commun : celui de changer le monde. Nous avons aussi pu voir, malgré les hordes de Robocop, la fragilité du système : fin 2018 pendant quelques semaines, sous la pression des blocages économiques et des manifestations émeutières, le pouvoir a tremblé et a fini par céder plus qu’il ne l’avait fait depuis de nombreuses années lors de mouvements sociaux traditionnels. Dans ce mouvement, et malgré les tentatives de groupes fascistes, les divisions au sein de la classe des prolétaires se sont estompées. Nous étions alors Gilets jaunes quelle que soit la couleur, l’origine, le sexe, la sexualité, ou le statut social (travailleur, chômeur, handicapé, retraité…).

Pour autant, il ne s’agit pas de détourner le regard de l’extrême-droite en attendant la révolution. Elle est évidemment à combattre pied à pied car ses avancées sont des reculs pour toute perspective d’émancipation et d’humanité partagée. Mais un antifascisme radical ne peut être qu’anticapitaliste et révolutionnaire.

Exploité.e.s Enervé.e.s

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Source: Lepressoir-info.org