Janvier 20, 2021
Par Marseille Infos Autonomes
228 visites


Le suivi trans du SPOT

À Marseille, en 2016, AIDES a créé un Centre Gratuits d’Information, de Dépistage et de Diagnostics (CeGIDD), le SPOT Longchamp. Leur spécificité par rapport à d’autres CeGIDD est qu’ils proposent un accompagnement aux personnes trans dans leur transition, notamment pour l’injection des hormonothérapies. La réalité est une fraude. L’offre était que l’infirmier fasse les injections des hormones que les trans s’étaient procurés ailleurs, ce qui ne constitue en aucun cas un accompagnement. S’ils prétendent offrir ce service depuis 2016, cela a été effectif seulement quelques années plus tard grâce à l’impulsion de certainEs salariéEs au plus bas de l’échelle de l’association. Celleux-ci s’appuyent sur le travail important qui a été effectué par les personnes trans, non binaire, agenre et genre non conforme auprès de certains médecins, une en particulier qui a rejoint officiellement l’équipe depuis 2019.

Pourquoi ce décalage entre ce qui est publicisé et ce qui est réellement entrepris ?

En ce qui concerne la recherche de financements et sa propre croissance (y compris au détriment d’autres associations), AIDES est à la pointe. C’est une bannière omniprésente qui pose son logo sur ce que produisent des individus, des collectifs et des associations qui n’ont pas leurs moyens ni leur visibilité. Sur combien de projets AIDES n’a rien fait d’autre que de fournir un petit peu d’argent de leurs énormes subventions et se comportent comme si l’idée émergeait d’eux ? Illes agissent comme un entonnoir pour capter des subventions qui auraient pu servir à de plus petites associations et celles-ci deviennent complètement invisibles sous leur hégémonie.

Des centres de santé communautaires pour les minorités

Depuis un certain temps, les politiques et professionnelLEs de la santé se rendent compte que les gens se soignent mieux lorsqu’iels sont prisEs en charge par des pairEs. Il suffit de voir ce que le réseau coalition PLUS écrit sur son site :

Hommes gays et bisexuels, travailleuses-eurs du sexe (TS), personnes usagères de drogues, femmes transgenres : ces populations dites clés sont particulièrement vulnérables face au VIH, aux hépatites virales et aux autres IST. Stigmatisées et discriminées, ces personnes ont en effet de grandes difficultés d’accès à la santé. Afin de favoriser leur entrée et leur maintien dans le parcours de soin, les associations membres et partenaires de Coalition PLUS mettent en œuvre des actions de dépistage communautaire du VIH et du virus de l’hépatite C (VHC). Concrètement, ce sont des pairs-éducateurs et paires-éducatrices qui réalisent ce dépistage.

Le travail de Aides avec les populations d’homosexuels et HSH (hommes faisant du sexe avec des hommes), sur les pratiques chemsex, etc n’est plus à démontrer. Mais pour pérenniser leur présence sur ces nouveaux marchés émergeants, AIDES a besoin de légitimité. C’est là qu’entrent en scène les queers, les migrantEs, les tds, les trans, les non binaire, les agenre, les genre non conforme, etc.

De l’usage des militants précaires

AIDES ne compte presque personne issuEs d’autres minorités que HSH ou gays parmi ses salariés. Illes ont donc besoin de nous pour que nous leur fournissions du contenu pour qu’illes puissent prétendre à ces nouveaux marché du social et de la prévention. Illes s’allient avec les kits d’injection pour personnes trans, illes produisent des films pédagogiques sur les questions trans à destination du personnel médical et accompagnants de soin, illes tentent de produire de la documentation RDR [1] à destination des personnes trans, migrantes et séropo, etc. Illes posent leur logo sur tous ces projets comme s’ils étaient nés dans leur giron. « Beaucoup de nos militants font eux-mêmes partie de ces communautés” a rappelé leur président, Aurélien Beaucamp lors de l’inauguration du SPOT à Marseille. “Ils connaissent mieux que quiconque les besoins qui leurs sont propres et savent y répondre. C’est aussi ça la force de l’accompagnement communautaire proposé par AIDES“.

De quels militants parle Aurélien Beaucamp ?

Des bénévoles évidemment. De quel accompagnement communautaire parle-t-il ? De celleux que AIDES sollicite pour faire gratuitement des permanence, accueillir correctement les personnes minoriséEs, les mettre en confiance, leur donner accès à la santé qu’iels méritent. Mais quand, suite à l’ouverture de ce CeGIDD, de nouveaux financements importants entrent dans l’association et que trois nouveaux postes s’ouvrent, qui est embauché ?

AIDES et la perpétuation d’une classe de décideurs aux salaires élevés qui font leur beurre sur le manque d’accès aux soins des personnes les plus précaires

Quand trois postes ont été créés dans le cadre du centre de santé « COMMUNAUTAIRE » de AIDES au SPOT Longchamps à Marseille, aucune personne trans n’a été embauchée malgré que des dizaines de personnes concernées aux profils très différents et offrant une large palette de possibilité aient candidaté. Iels sont pourtant un des publics clé de ce soi-disant centre de santé communautaire. On ne peut pourtant pas dire qu’il y ait masse de personnes trans salariées dans ce lieu. La direction de AIDES a bizarrement pensé que pour les postes rémunérés, iels n’avaient pas tant besoin de nous finalement. Iels ont pensé qu’une personne blanche, cis, normée, valide, issue de science po, probablement hétéro, une personne qui n’est pas paire des usagers de AIDES mais qui est paire de la DIRECTION de AIDES ferait mieux l’affaire.

L’exploitation associative des personnes les plus minorisées

Qu’est-ce que cette histoire signifie ? Ce n’est pas un cas anecdotique, ce n’est pas un hasard ou un cas isolé, c’est un système. Les associations communautaires qui ont émergé des luttes des personnes concernées (migrantes, usagères de drogue, homosexuelles, trans, racisées, séropositives, pauvres, différemment valides, etc) ne sont parfois plus communautaires mais humanitaires. Une partie d’entre elles a grandi, est devenue institutionnelle, aux mains de politiques professionnels et non des usagers. Leurs modes de fonctionnement sont hiérarchiques et centralisés, ils ne sont pas coopératifs ni autogérés. La direction choisit ses employés sans consulter les militants ni les salariés. La direction est complètement coupée de sa base, elle provient de classes aisées et privilégiées ayant fait de hautes études. Ces associations dont AIDES se couvrent de moralité en prétendant être militantes. Elles ne travaillent pas pour le bien-être de ses usagerEs mais pour sa propre expansion. Elles s’intègrent aisément au capitalisme en permettant une oligarchie, en creusant des fossés entre les salaires, en empêchant que les décisions soient prises par les personnes concernées et en absorbant une grande partie des subventions tout en utilisant le travail gratuit des personnes précaires qu’elles sont sensées aider. Il est temps de mettre en lumière ces comportements prédateurs et de les combattre. Nous avons besoin de constituer nos propres associations, composées de personnes paires et concernées et de reprendre en main notre santé et nos vies.

DES EXIGENCES

  • De la transparence concernant les chiffres exacts du nombre de vos publics « clés » embauchés au sein de l’association, ainsi que leur proportion au sein de la direction
  • La diffusion du plan d’actions concrètes que vous allez mettre en place pour changer cette situation
  • L’embauche de personnes minorisées (genre, race, classe, validité, papiers, etc) au sein de votre association, pour tous les prochains emplois qui se débloquent, y compris aux postes de direction
  • Un soutien réel aux différentes communautés avec lesquelles vous travaillez, via par exemple une mise en commun des fonds que vous avalez grâce à votre visibilité et une redistribution aux associations et collectifs concernés sans contrepartie



Source: Mars-infos.org