Septembre 18, 2021
Par Rennes Info
257 visites


AESH : DES CONDITIONS DE TRAVAIL INDIGNES

Nous, Accompagnant·es d’ÉlĂšves en Situation de Handicap, travaillons dans des mauvaises conditions : prĂ©caires, chaotiques et incertaines.

Nous dĂ©butons dans cet emploi au pied levĂ©, sans formation prĂ©alable. La formation initiale, trop thĂ©orique et gĂ©nĂ©raliste, que nous recevons au cours de notre premiĂšre annĂ©e d’exercice, n’est pas adaptĂ©e Ă  ce que nous vivons au quotidien sur le terrain.

Nous recevons nos affectations au dernier moment, parfois du jour au lendemain, souvent avec des erreurs, dans des Ă©tablissements parfois diffĂ©rents et trĂšs Ă©loignĂ©s les uns des autres. Nos accompagnements sont morcelĂ©s : nous suivons 2, 3, 4 Ă©lĂšves, parfois plus, parfois Ă  plusieurs sur le mĂȘme temps lors d’accompagnements mutualisĂ©s, parfois en relais avec d’autres collĂšgues.

Nous n’avons pas de temps de travail dĂ©comptĂ© pour les dĂ©placements entre Ă©tablissements. Le temps prĂ©vu pour la coordination avec le reste de l’équipe Ă©ducative est dĂ©risoire , et ne prend pas en compte le fait que nous travaillons dĂ©sormais souvent sur plusieurs lieux, avec des Ă©quipes diffĂ©rentes. Les PĂŽles Inclusifs d’Accompagnement LocalisĂ©s (Pial) qui gĂšrent nos affectations sont trop Ă©tendus et incohĂ©rents, nous nous sentons manƓuvré·es, comme des pions.

Notre mission d’inclusion n’est pas toujours reconnue comme essentielle, urgente, indispensable. Trop souvent, on nous prend pour des auxiliaires bon·nes Ă  tout faire, des exĂ©cutant·es, sans avis valable sur l’organisation la plus Ă  mĂȘme de faciliter l’inclusion des Ă©lĂšves que nous accompagnons.

Par dessus tout, nous en avons assez de la prĂ©caritĂ© et de la pauvretĂ© dans laquelle nous sommes plongé·es : 750 € pour 24 heures hebdomadaires ne suffisent pas pour vivre dignement ! Si l’on s’implique dans ce travail, il est malaisĂ©, voire Ă©puisant, d’avoir en plus Ă  se trouver un second emploi pour complĂ©ter nos salaires.

Une politique dĂ©connectĂ©e de l’inclusion

Nombres d’entre nous sont Ă  bout. Exerçant ce mĂ©tier depuis 6ans, 10 ans, voire plus de 20 ans, iels n’ont cessĂ© de voir leurs conditions de travail se dĂ©grader, poussant ces travailleur·euses expĂ©rimenté·es Ă  la dĂ©pression, Ă  la dĂ©mission, jusqu’à l’abandon de poste, faute de possibilitĂ© de rupture conventionnelle.

Face Ă  ces conditions de travail dĂ©gradĂ©es, le comportement de notre hiĂ©rarchie est dĂ©connectĂ© et irresponsable. Au niveau global, on assiste Ă  une baisse de moyens dans l’éducation spĂ©cialisĂ©e, se traduisant par toujours plus de difficultĂ©s Ă  trouver des scolarisations adaptĂ©es aux Ă©lĂšves les plus lourdement handicapé·es.

ConcrĂštement, nous nous retrouvons Ă  assumer des fonctions d’éducation spĂ©cialisĂ©e en milieu ordinaire, alors que nous n’en avons ni la qualification ni la rĂ©munĂ©ration adĂ©quate. Le MinistĂšre n’envisage toujours pas de crĂ©er un statut de fonctionnaire qualifié·e de l’éducation scolaire spĂ©cialisĂ©e, prĂ©fĂ©rant se contenter de multiplier les embauches non pĂ©rennes de contractuel·les de la Fonction publique.

Nous sommes dĂ©bauché·es en dĂ©but de carriĂšre Ă  750 € pour 24 heures de temps de prĂ©sence avec les Ă©lĂšves. Nous devons enchaĂźner deux CDD de trois ans pour aboutir sur un CDI qui ne nous offre aucune perspective d’évolution. La nouvelle grille indiciaire n’y change rien : au bout de 20 ans de carriĂšre, on est toujours sous le seuil de pauvretĂ©. Tant que l’on ne considĂ©rera pas ces 24 heures de service comme un temps plein, ou obtenons une revalorisation de notre statut et de salaire, nous y demeurerons jusqu’à la saturation.

Quand nous faisons part Ă  notre employeur, le Rectorat, de l’indignitĂ© de nos conditions de travail et de nos difficultĂ©s sur le terrain, quand nous cherchons Ă  trouver des solutions et des amĂ©nagements pour pouvoir tenir nos engagements et travailler mieux, nous sommes face Ă  un mur.

Les demandes individuelles sont la majeure partie du temps lettres mortes, tellement il est difficile d’avoir simplement un interlocuteur·rice en mesure de nous prendre en compte. Nous n’avons mĂȘme pas d’organigramme pour faciliter la recherche de celleux-ci, dans le chaos d’une organisation dotĂ©e de plusieurs voies hiĂ©rarchiques.

Cette dĂ©sorganisation est sans doute due Ă  un manque de moyen, mais surtout Ă  un manque de volontĂ© politique. Cela s’avĂšre dĂ©sastreux pour nos conditions de travail, et nuisible quant Ă  la qualitĂ© du service public, que nous assumons tant bien que mal.

Plus inquiĂ©tant et surtout intolĂ©rable, nos tentatives d’alerter la coordination se voient parfois soldĂ©es d’invitation Ă  des entretiens individuels intimidants, nous intimant Ă  nous taire et Ă  faire profil bas. Nous sommes managé·es par la peur !

Les demandes collectives menĂ©es Ă  Rennes avec les syndicats sont jusqu’à maintenant tout aussi peu fructueuses. La derniĂšre en date, celle du 8 juin dernier, n’ a abouti Ă  aucune mesure promise honorĂ©e !

Source CNT : http://www.cnt-f.org/ul.rennes/aesh…




Source: Rennes-info.org