Accueil > Ni patrie ni frontières > Adolph Reed Jr. > Adolph Reed Jr. : Les limites de l’antiracisme (2009)

vendredi 24 juillet 2020, par Yves

L’antiracisme est un concept favori de la gauche américaine ces jours-ci. Bien sûr, tous les chics types veulent être contre le racisme, mais que signifie exactement ce mot ?

Le discours contemporain de « l’antiracisme » est beaucoup plus axé sur la taxonomie que sur la politique. Il met l’accent sur le mot qui devrait désigner certaines sources d’inégalité – censées être largement reconnues comme des preuves de « racisme » – plutôt que de préciser les mécanismes qui les produisent, ou même les mesures qui pourraient être prises pour les combattre. Et je suis désolé, mais le fait de proclamer que l’on veut « supprimer le racisme » ou « rejeter la blanchitude » ne peut être considéré comme un pas en avant vers cet objectif, pas plus que le fait d’attendre la « révolution », ou de demander l’intervention de Dieu.

Si l’organisation d’un rassemblement contre le racisme semble actuellement être un acte politique plus substantiel que la participation à une veillée de prière pour la paix mondiale, c’est uniquement parce que les militants antiracistes contemporains sont persuadés qu’ils utilisent les mêmes tactiques et poursuivent les mêmes objectifs que leurs prédécesseurs lors des grandes luttes contre la ségrégation raciale.

Ce point de vue est toutefois erroné. Le militantisme d’après-guerre qui a atteint son apogée dans le Sud en tant que « Mouvement des droits civiques » n’était pas un mouvement contre un « racisme » générique ; il était spécifiquement et explicitement dirigé vers l’obtention de tous les droits civiques pour les Noirs américains et contre le système de ségrégation raciale qui définissait un régime spécifique de subordination raciale explicite dans le Sud. Le mouvement de la Marche sur Washington dans les années 1940 était également dirigé contre des cibles spécifiques, notamment la discrimination en matière d’emploi dans l’industrie de la défense. Les luttes de la période du Black Power et post-Black Power se sont également concentrées sur la lutte contre des inégalités spécifiques et sur la poursuite d’objectifs spécifiques tels que l’exercice effectif du droit de vote et des programmes spécifiques de redistribution.

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Plusieurs articles d’Adolph Reed Jr. ont été traduits sur ce site :

De la « transgenre » Bruce/Caitlyn Jenner à la « transraciale » Rachel Dolezal : pour les féministes et les « Identitaires raciaux » américains y aurait-il de bons et de moins bons « trans » ?

http://www.mondialisme.org/spip.php?article2565

« Les disparités raciales ne nous aident pas à comprendre les structures profondes de la violence policière » (2016)

http://www.mondialisme.org/spip.php?article2933

Les limites de l’antiracisme (2009)

http://mondialisme.org/spip.php?article2933

Et d’autres suivront au mois d’août 2020, notamment :

- « Adolph Reed Jr. et Keeanga-Yamahtta Taylor et

débattent des réparations pour l’esclavage aux Etats-Unis »

« Antiracisme : la gauche défend des solutions néolibérales »

« Race, classe et crise : le discours sur la disparité raciale et ses impasses analytiques »

« Les alibis de la gauche blanche »


Article publié le 24 Juil 2020 sur Mondialisme.org