Dissent se prĂ©sente comme « l’une des principales revues intellectuelles amĂ©ricaines et un pilier de la gauche dĂ©mocratique Â» : nous respectons ses engagements mais nous n’en partageons pas les positions, ni au plan thĂ©orique ni d’un point de vue politique. Pas plus que nous souscrivons au dĂ©mocratisme radical des auteurs dont nous proposons l’article en traduction. Ainsi, les esclavagistes n’ont pas Ă©tĂ© excessifs : ils Ă©taient tout simplement esclavagistes. Il n’y a pas un usage limitĂ© ou maĂźtrisĂ© de la force par la police : il y a la police. Le capital n’est pas dĂ©bridĂ© : c’est le capital. NĂ©anmoins, dans un contexte oĂč les meurtres policiers de personnes noires suscitent, de part et d’autre de l’Atlantique, une colĂšre lĂ©gitime, occupent un espace mĂ©diatique de premier plan et appellent Ă  nouveau des cadres d’analyse spĂ©cifiques en rapport avec le racisme et la discrimination, cet article prĂ©sente un intĂ©rĂȘt non nĂ©gligeable.

En effet, penser la violence policiĂšre – et la sociĂ©tĂ© inĂ©galitaire qu’elle incarne – Ă  partir de l’une de ses victimes identifiĂ©e comme blanche rappelle l’unitĂ© fondamentale qui sous-tend l’ensemble des crimes et des violences de la police. Loin d’invisibiliser ou de minimiser les coordonnĂ©es particuliĂšres Ă  chaque victime (son genre, son Ăąge, sa couleur de peau, sa classe, etc.), une telle perspective critique a le mĂ©rite de les rĂ©inscrire dans une dynamique plus large d’exploitation Ă©conomique et de domination sociale, seul prĂ©alable Ă  la construction un tant soit peu prometteuse d’une « coalition politique en prise avec les conditions rĂ©elles de la sociĂ©tĂ© amĂ©ricaine Â».

Gamal Oya

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Article publié le 23 AoĂ»t 2020 sur Mondialisme.org