Juin 21, 2021
Par Le Monde Libertaire
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En Birmanie oĂč les manifestations pacifiques de la population sont dĂ©sormais rĂ©primĂ©es Ă  balles rĂ©elles par l’armĂ©e, les travailleurs ont averti que « Pour chaque manifestant tuĂ©, nous brĂ»lerons une usine ». Et ils ont mis leurs menaces Ă  exĂ©cution, ce qui commence Ă  faire rĂ©flĂ©chir le grand frĂšre chinois proprio des usines.

Ils viennent de nouveau d’avertir : « Les informateurs de l’armĂ©e seront expulsĂ©s de notre quartier et leur survie n’est pas garantie ».

Oh, bien sĂ»r, tout cela n’est pas franchement non-violent. Mais, ça pourrait l’ĂȘtre. Les militaires, les flics, les indics
, ne sont qu’une partie infime de la population et ils sont tous nĂ©s quelque part, ont tous une famille, habitent tous quelque part et, en dehors de leurs activitĂ©s « professionnelles », ont tous une vie de famille et une vie sociale. Aussi, s’ils se retrouvent ostracisĂ©s socialement, la pression que leur mettraient leur famille, leurs voisins, leurs amis et la population serait telle qu’ils seraient immĂ©diatement contraints soit de dĂ©missionner, soit d’ĂȘtre irrĂ©prochables dans leur « job », soit de traĂźner les pieds par rapport aux ordres du pouvoir sur le mode de la rĂ©sistance passive. Il est, en effet, impossible de vivre comme un paria pestifĂ©rĂ© dans un confinement social permanent.

Les Apaches avaient dĂ©jĂ  compris cela. Geronimo, leur chef militaire incontestĂ© en temps de guerre, qui, comme tous les militaires, ne vivait que pour la guerre, subissait la pression sociale de sa tribu quand celle-ci avait dĂ©cidĂ© de faire la paix. Lui et ses guerriers avaient alors le choix entre reprendre une vie sociale normale dans la tribu (ce que faisait l’écrasante majoritĂ© des guerriers) ou bien continuer la guerre, mais sans le soutien de la tribu. RĂ©sultat, Geronimo continuait la guerre, mais avec seulement quelques jeunes tĂȘtes brĂ»lĂ©es. Et, soit ils arrĂȘtaient trĂšs vite, soit ils allaient Ă  la mort, tant il est Ă©vident qu’on ne peut pas gagner une guerre sans guerriers. En clair, la tribu leur laissait le choix entre une rĂ©insertion sociale ou un suicide solitaire.

Tout ça pour dire qu’il ne sert Ă  rien de s’affronter militairement aux militaires. Il suffit juste de leur signifier que s’ils veulent faire une guerre que le peuple n’approuve pas, ils pourront la faire, mais entre militaires (excellente idĂ©e), et sans nous. Et que, s’ils veulent faire la guerre Ă  leur peuple, ils seront ostracisĂ©s socialement.

Bon, d’accord, les Apaches Ă©voluaient dans le cadre d’une sociĂ©tĂ© civilisĂ©e alors que nous n’en sommes qu’au stade d’une sociĂ©tĂ© primitive, mais, on peut bien rĂȘver !

Jean-Marc Raynaud




Source: Monde-libertaire.fr