Voici de récit de l’action menée le 1er Février à l’université du Mirail, contre le séminaire “Transidentités : Nouveaux aspects émergents”, organisé par Daniel Welzer-Lang et Chantal Zaouche-Gaudron, invitant Arnaud Alessandrin.

Le 1er Février 2019, à la MDR (Maison De la Recherche) du Mirail, devait se tenir un séminaire intitulé “Transidentités : nouveaux aspects émergents”. Nous avions décidé collectivement de zapper cet événement (après avoir laissé la parole aux intervenant-e-s durant la moitié du temps de la conférence), et d’y lire un texte.

Les raisons qui nous ont poussé.e.s à vouloir intervenir étaient multiples. Premièrement, il s’agissait encore d’une conférence portant sur les transidentités non seulement menée par des personnes non concernées, mais aussi et bien sûr sans l’intervention ni même la simple présence de personnes concernées. Une association locale avait envoyé un e-mail deux semaines avant l’événement pour demander des explications à ce sujet et proposer un partage du temps de parole à la tribune, et n’a jamais reçu de réponse.

Ensuite, il y avait la présence d’Arnaud Alessandrin. Ce sociologue cisgenre construit sa carrière sur nos corps et nos vies, parle à notre place, et exploite notre communauté en s’appropriant notre culture et nos avoirs.

De plus, le séminaire était co-organisé par Daniel Welzer-Lang, un enseignant-chercheur accusé à maintes reprises par des étudiant.e.s de harcèlement et d’agression sexuelle, et dont l’inacceptable attribution de l’éméritat avait fait l’objet d’oppositions. En co-organisatrice, on trouvait également Chantal Zaouche-Gaudron. Nous ne savions rien de cette personne avant de la rencontrer, et de faire sur elle des recherches encouragées par cette rencontre. Il s’avère que cette personne aurait à elle-seule justifié un zap, tout comme chacun des deux autres intervenants. Nous avions donc là une belle brochette de personnes hautement problématiques, qu’il fallait arrêter à tout prix.

Les faits mentionnés ici étaient les points qui nous unissaient dans notre volonté d’agir, mais chaque personne avait aussi, à n’en pas douter, des raisons individuelles d’intervenir ce jour-là.

L’arrivée

Nous sommes arrivéEs sur place une heure avant le début. Une partie du groupe est entrée tout de suite dans le bâtiment pour localiser la salle où devait se tenir l’événement. Les autres sont resté-e-s dehors en attendant le départ des festivités.

A l’heure où le séminaire devait commencer, aucun.e des organisat.eur.rice.s n’était arrivé.e dans la salle du séminaire, et les deux groupes se sont rejoints à l’entrée de la MDR. Le groupe de l’extérieur (resté quelque peu dissimulé pour ne pas attirer les regards) a annoncé avoir vu passer Arnaud Alessandrin et Daniel Welzer-Lang. Étonnant donc qu’aucune de ces deux personnes ne se soit présentée à la salle de conférence à l’heure fatidique. Une dizaine de minutes plus tard, s’est approchée une femme, accompagnée de deux agents de sécurité, on a tout de suite deviné que ce trio était là pour nous. Elle est entrée dans la MDR et a marché jusqu’à la salle sans rien dire.

Nous l’avons suivie et elle nous a annoncé que la conférence était annulée sous prétexte que “les conditions n’étaient pas propices à un débat”. On était pas venu.e.s pour débattre de toute façon… Notre première réaction a été un grand cris de victoire, face auquel notre interlocutrice a simulé un étonnement totalement surjoué.

Mais qui donc était cette personne en face de nous ? Portrait.

Chantal Zaouche-Gaudron, La psychologue masculiniste (d’après ses propres travaux)

Nous avons eu une longue et pénible discussion avec elle, durant laquelle elle s’est foutu de nous de la manière la plus visible qu’elle pouvait. On apprendra le soir même qu’elle a par le passé travaillé avec Colette Chiland (une psychiatre transphobe de la SOFECT) sur de réjouissants ouvrages tels que “Filles, garçons” ou “La problématique paternelle” aux éditions Eres . Il nous paraît évident qu’Arnaud et Daniel l’ont envoyée comme bouclier, n’ayant pas eu courage de venir nous affronter eux-mêmes. Quant aux deux gros gars de la “sécurité”, ils attendaient derrière la porte et sont partis au bout de dix minutes, ils n’avaient visiblement aucune idée de ce qu’ils faisaient là. Chantal les avait probablement fait venir en croyant nous intimider.

Durant cette conversation, qu’elle a mené avec un grand sourire et un ton ouvertement méprisant ; elle aura (entre autres) refusé de nous dire où se trouvaient Daniel et Arnaud, pris la défense de Daniel quand à ses agissements sous couvert de neutralité, prétendu être la seule organisatrice du séminaire et l’avoir annulé elle-même (l’autre organisateur était Daniel, c’était visible sur l’affiche de l’événement), et affirmé que ce n’était pas de sa responsabilité d’avertir des personnes concernées lorsque de telles conférences sont organisées (ni même de répondre à leurs e-mails). Elle a éructé différentes formes de transphobie et d’homophobie ordinaire et de négation des oppressions et des luttes (dans le best of : “J’ai un ami homosexuel, je comprend ce qu’il vie” ; “Vous savez des discriminations y’en a partout” pour minimiser nos discours et délégitimer notre présence). De plus, elle s’est déresponsabilisée de l’absence de personnes concernées par des analyses symétriques et sans rapport (“Je travaille sur la question de la paternité, donc selon votre raisonnement, je devrais contacter toutes les associations de pères chaque fois que j’organise une conférence ?”), ou en nous répétant que le séminaire était “réservé aux doctorants de l’université et pas ouvert à la société civile” (on avait rien à faire là en gros). La victimisation était bien entendu au rendez-vous, c’est la base dans ce genre de situation.

Des étudiant.e.s présent.e.s pour le séminaire sont resté.e.s dans la salle durant tout ce temps et ont écouté ce que nous avions à dire.

A la recherche des fuyards

Après que les personnes présen.te.s aient quitté la pièce une par une, à cause du malaise provoqué par Chantal pour certain.e.s, et pour éviter que l’envie de lui mettre des tartes ne devienne irrésistible pour d’autres ; nous nous sommes retrouvé.e.s dans le hall de la MDR. Nous étions alors déterminé.e.s à mettre la main sur les deux fuyards. Des personnes ont fouillé tout le bâtiment pendant que d’autres essayaient de se renseigner pour trouver le bureau de Daniel (nous nous disions que les deux hommes se cachaient peut-être là-bas, même si ça semblait peu probable). Nous étions durant tout ce temps la cible de moqueries de personnes du personnel administratif (de l’humour Canal+ notamment : “Pas content ! Pas content ! Pas content !”).

Nous nous sommes lancé.e.s en direction du bureau de Daniel dès que nous avons eu connaissance de sa position. Des personnes de l’UET nous avaient rejoint entre temps, iels avaient sûrement prévu une action contre Daniel. Arrivé.e.s sur place, nous avons trouvé une porte fermée. Personne ne répondait quand on frappait (nous n’avons jamais écarté l’hypothèse selon laquelle nos deux amis se trouvaient tout de même à l’intérieur). Nous avons attendu un moment devant la porte, avant de partir en laissant un tract sur place.

En repartant d’Olympe de Gouges, nous avons décidé de vérifier la MDR une dernière fois. Nous nous attendions à ce qu’ils décalent ou déplacent le séminaire pour se débarrasser de nous. Le personnel du bâtiment n’a pas manqué de renouveler ses sarcasmes en nous voyant arriver. Les salles de conférence étaient vides. Nous sommes monté.e.s vérifier la salle de repos (une cafétéria découverte plus tôt par les personnes qui avaient fouillé le bâtiment) dans un dernier élan de désespoir. Aucune traces de Daniel ou Arnaud, nous sommes rentré.e.s chez nous.

The Aftermath*

Cette action nous a laissé un goût amer de frustration et d’accumulation de colère et de malaise. Mais nous ne manquerons pas d’apprendre de nos erreurs pour nos interventions futures. On avait pas imaginé que les cibles d’un zap puissent décider de prendre la fuite et se cacher, encore moins en ce dissimulant derrière une tierce personne. On peut aussi parler du manque de respect que représente le fait de bloquer ainsi une action quand des gen.te.s ont pris le temps de préparer un texte, un déroulement, des tracts et des pancartes.

Dans les semaines qui ont suivi, des petits groupes de personnes présen.te.s ce jour-là ont écrit des textes concernant les personnages contre lesquels nous avions décidé d’intervenir. Ceux-ci sont publiés sur le blog Translouse créé pour l’occasion : https://translouse.noblogs.org. D’autres pourraient bien émerger plus tard. Ce blog servira à l’avenir d’outil de communication pour la communauté trans radicale de Toulouse.

To be continued…**

* Le contrecoup.

** La suite au.x prochain.s épisode.s (la forme plurielle étant très probable).

Par Information Anti Autoritaire Toulouse et Alentours (IAATA),

Source: http://iaata.info/Action-contre-Arnaud-Alessandrin-le-1er-Fevrier-au-Mirail-3183.html