Mon témoignage de la manif de l’acte XI à Toulouse le 26/01/19

Samedi est déjà là. C’est l’acte 11.

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Comme chaque semaine c’est l’heure pour la démonstration de l’ampleur et de la détermination de la mobilisation dans la ville rose (qui est surtout jaune ces derniers temps) et ses alentours.

Réchauffé par le café pris avec des amis auparavant et par le temps plus que clement pour la saison, nous nous mettons en route pour le centre ville aux alentours de 14h.

Nous rejoignons le cortège facilement au moment ou il arrive au niveau de François Verdier.

Content d’avoir rompu avec la tradition des manifs déclarés au parcourt calibré et au cortège en cage qui facilitait grandement le travail de controle, fouille et fichage des forces de répressions.

Je retrouve mon binome avec le sourire, comme la semaine précédente la masse de gilets jaunes visible de loin emplie le boulevard.

J’enfile le mien, et oui yellow is the new block haha.

Nous avons répondu présent une fois de plus.

L’air est plus éléctrique que la semaine dernière j’ai l’impression, peut etre est-ce dût au soleil qui rechauffe les coeurs.

Ou alors c’est la réussite de la semaine précédente qui motive.

Surement un mélange de tout ça.

Ça donne la pèche, la foule chante et cri avec energie et on entend pas mal de slogans anticapitalistes.

Je ne peut que m’en réjouir, content de la couleur que prend le mouvement dans la région.

On commence le tour du centre ville, ce qui nous laisse l’occasion d’admirer les traces de samedi dernier.

La pluspart des banques ont des plaques de contreplaqués en guise vitrine, transformant ainsi leur habituel espace de propagande marchande en de magnifique panneau de libre expression pour quiconque est muni d’une bombe de peinture.

Et même si la quasi totalité des tags de la semaine dernière ont été recouvert avec empressement par la maire, de nouvelles pépites percutantes et revendicatives fleurissent à leur place.

Décidement nos peintres ont du talent !

Je ne vois pas de drapeaux à la symbolique d’extrème droite cette fois çi, contrairement à la semaine dernière ou j’en avais aperçu un ou deux qui m’avaient fait grincer des dents.

Après avoir un peu remonté le cortège et apprécié les deux superbes banderoles de têtes, je monte sur un plot pour avoir une vu plus en hauteur et encore une fois je réalise le nombre que nous sommes ; Surement plus de 15 000 encore une fois.

Je salue rapidement d’anciennes connaissances militantes rencontré dans les rues à l’époque de la lutte contre la loi travail, iels sont aussi entousiaste que moi de voir un tel mouvement populaire determiné dans les rue.

Beaucoup de choses qu’on a longtemps espéré se produisent et créent des possibilités de convergences et de réalisations nouvelles.

Comme j’aimerai que l’appel à la grève générale prenne, ça passerait à l’étape supérieur pour la possibilité de réalisation de nos objectifs politique.

Bref trève de réverie, restons attentif.

Je retrouve d’autres amis plus loin dans le cortège et on tarde pas à arriver à Arnaud B.

Cette fois, c’est l’heure, ça se sent.

Mon binome me prévient que son instint le titille et on s’équipe pour ne pas etre pris au dépourvue en cas de passage à l’offensive des bleus.

Masque a gaz pour ne pas asphyxier, lunette de ski pour protéger les yeux des gazs et d’éventuelles tir de LDB, bouteille de mallox au cas où ça suffise pas et pour les gens dans le mal, et trousse de soin en cas de bléssés plus grave.

Heureusement les secouristes et les streets médic ne manquent pas depuis le début du mouvement et je n’ai eu à sortir ma trousse de soin qu’une seule fois.

Comme pressentit, ça ne rate pas et les premiers tir de lacrymo arrivent sans raisons visible sur le rond point d’Arnaud B.

Première tentative de dispersion par division du cortège d’une longue série..

Faut rappeler que jusqu’ici on avait vu des tags mais pas de casse ou de projectiles sur les flics.

Mais comme à chaque fois, le gaz libère la colère et la rage envahie la rue.

A partir de là ça devient beaucoup moins agréable mais tout aussi important.

Beaucoup l’on compris car les lacrymo ne suffisent plus à faire rentrer les gens chez eux et ce depuis plusieurs semaines !

Le cortège est coupé au niveau du rond point et on choisie de reculer avec le gros du cortège qui continue sur le boulevard en direction de Jeanne d’Arc.

Essayant de rester le plus calme possible, sans toutefois s’éloigner trop, on essaye d’occuper au max le terrain qui ne l’est pas par les gaz afin de ne pas trop laisser le champ libre à la progression des bleus et de leur canon à eau.

Plusieurs personnes commencent à saboter des panneaux publicitaires à proximités.

J’entend quelques personnes qui désapprouvent de la voix : « ça sert à rien », « arreter bande de débiles », « c’est nous qui allons payer ».

La discussion s’engage et la réponse ne se fait pas attendre, « C’est de la pub, c’est de la merde et ça consomme pour rien » « La rue est à nous pas à JCDecaux », « On nous fait déjà passer pour des méchants, ils viennent de nous gazer, alors autant en profiter pour avoir une pub de moins », « c’est symbolique même si elle sera vite remplacé, ça n’a pas sa place dans le monde de demain ».

Personnelement je prend chacune de ces publicités qui parasitent nos rue en moins comme une victoire même si ce n’est que quelques heures.

Quelques autres personnent interviennent pour donner leur avis et s’assurer que la conversation ne dégénère pas, mais ça se calme.

Tout le monde est d’accord que c’est ni le lieu ni l’endroit pour parler de ça.

Au final il faut essayer de respecter les pratiques des autres même si on les cautionnent pas forcément surtout quand elles ne blessent personnent si on lutte pour la même chose.

Comme en réponse à ce débat c’est des applaudissement qui acceuillent quelques minutes plus tard la rencontre de la pub suivante avec un pavé.

Nouvelle vague lacrymo, suivie d’une autre, cette fois ils chargent.

J’ai l’impression qu’ils sont plus offencif que la semaine dernière et cette impression va se conforter par la suite.

Il semblerait qu’ils aient opté pour une stratégie de charges rapidement après le gazage pour empécher que se fixe des points de résistances.

On recule.

Dans les nuages de gaz, le mouvement et la peur je perd de vu mon binome.

J’espère qu’il à pu reculer à temps, derrière moi il n’y a plus que du gaz, des crs et quelques personnes cherchant a fuir.

Ils arrivent par les rues perpendiculaires, et pas le temps d’atteindre la suivante qu’ils sont déjà là.

Je sais pas si je vais pouvoir rejoindre le cortège, il y a du gaz devant et je ne le vois plus non plus.

Je me rend compte qu’il n’y a plus grand monde à mon niveau non plus et j’accélère le pas pour remonter.

A ce moment là je vois la BAC arriver de l’autre coté du boulevard par une rue.

Deux gilets jaunes sont de leur coté, isolés ils essayent aussi de fuir en remontant le boulevard.

Je me baisse en entendant les tirs de LDB, je lève les yeux et je vois les deux gilets jaune s’écrouler par terre.

La BAC fond sur eux et s’epresse de les encercler et de les menotter.

Ils etaient à moins de 10m d’eux quand ils leur ont tiré dessus.

Et ça ose prétendre que c’est une arme de défense.

La seule chose que ça defend c’est les interets de l’états et du capital en attaquant et mutilant ses opposants.

Impossible de leur porter secours il y a trop peu de monde autour.

Je continue me joint a un groupe de secouriste pour continuer a essayer de remonter.

On dépasse une barricade tenue par 3 personnes qui se joignent a nous lorsque je leur signal qu’un groupe de bacqueux vient de surgir devant nous de l’autre coté de la barricade.

Notre groupe maintenant composé d’une dizaine de personne traverse ensemble le boulevard pour s’éloigner d’eux.

Après cette remonté infernale on rejoint enfin le cortège un peu plus loin.

Encore à moitié sous le choc, je souffle un coup et sort mon tél pour joindre mon binome.

Des appels manqués, il s’est inquiété mais lui aussi à réussi à s’en tirer et on se rejoint soulagé pour cette fois.

Il est avec un camarade, les yeux rougis, je leur passe un peu d’eau au mallox et en bois moi aussi une gorgée.

Malgrès le masque a gaz j’ai quand même bouffé un peu de lacrymo, faut dire que c’est pas du haut de game, on fait avec ce qu’on a pour se protéger.

Je profite de la pause pour rincer le masque au mallox et nettoier mes lunettes.

Hélas le repos est de courte durée.

C’est une toute autre scene qui se déroule à présent sous nos yeux.

Il doit être 17h et nous somme un peu avant François Verdier sur le boulevard.

Plusieurs personnes ont commencés à attaquer la vitrine d’une banque encore intact qui se trouvait là.

Seulement, un homme assez agé est présent sur le balcon au premier étage juste au dessus de la banque et les regarde.

Je suis trop loin pour entendre si il dis quelque chose mais cela pourrait être le gérant.

J’espère qu’il ne va pas provoquer la foule car la colère est présente et que cela pourrait vite dégénérer.

Je vois un premier projectile venue de la foule, un petit galet, atterir sur la terrasse.

Interieurement je me dis que c’est stupide, je suis tendu en espèrant vraiment que le gars va rentrer dans son appart pour que ça en reste là.

Il y a déjà assez de blessés comme ça.

Malheureusement le gars à la pire des idées, ramasser le galet et le lacher sur les gens en dessous.

un deuxième cailloux beaucoup plus gros cette fois atteint le balcon.

Je sers les poings et me rapproche un peu, prêt à gueuler si besoin pour éviter un possible drame étant donné qu’il n’a pas lui d’armure comme les flics.

Rebelotte, le vieil homme rammasse le cailloux et le ralache par dessus le balcon (donc sur des gens).

C’est cette fois une dizaine de cailloux qui s’envollent de la foule en direction du balcon forcant son occupant a rentrer à l’intérieur.

Par chance aucun des projectiles ne l’a atteint.

Je gueule avec plusieurs autres personnes que ça suffit, et l’homme étant rentré, les lanceurs s’arretent.

Je me dis que c’est pas passé loin et me demande ce qu’on pourrait faire pour pas que ça se reproduise à l’avenir.

Evidemment les gazs arrivent rapidement en pluie sur la banque et la foule bouge.

S’ensuit plusieurs salves de lacrymo et des charges qui sèment la panique.

J’avoue que là c’est un peu flou.

Je me souvient de fuir vers François Verdier en suivant des gens à travers les gros nuages de gazs, shootant dans les palets de lacrymo qui roulaient a coté de nos pieds.

Finallement j’arrive a rejoindre le reste de la manif au monument aux mort où la situation semble un peu plus calme (même si des relants de lacrymo flottent encore dans l’air).

J’ai de nouveau perdu de vu mon binome dans la cohue précédente.

Je m’inquiète pour lui surtout qu’il n’a pas la chance d’avoir un masque et des lunettes.

Il ne réponds pas au tel.

J’analyse un peu la situation sur place et constate qu’une l’avant du cortège a tourner à droite tandis que la fin du cortège s’est retrouvé coupé (surement par les gaz) et à dût se réfuigier dans la rue de gauche.

Plusieurs personnes essayent de motiver le bout de cortège dans la rue de gauche de recoller avec le reste du cortège.

On avance dans la rue donc pour rejoindre les autres.

Les flics bloquent les rues du coté de préfecture.

Comme on est pas beaucoup a avancer en même temps on est obligé de passer en serrant le mur en face pour pas rester à distance de sécurité.

Plusieurs personnes lèvent les mains espérant réduire les chances d’être attaqué en passant à leur niveau.

Au moment ou je vais arriver à leur niveau je vois la jambe de l’un d’eux s’enflammer d’un coup.

Je n’ai absolument aucune idée d’où ça venait, ni de ce que c’était, mais ça à fait une jolie flamme.

C’est le premier projectile enflammé que je vois dans une manif gilet jaune ici.

La réaction des flics ne se fait pas attendre et ils balances leurs grenades lacrymo devant eux.

Ayant anticipé ça, j’avais commencé à reculer doucement dès que j’ai vu les flammes.

De ces moment ou le temps semble ralentir sous l’effet de l’adrenaline.

J’ai enfin des nouvelles de mon binome.

Il s’en est tiré sans casse mais il est out pour aujourd’hui.

Rassuré sur son sort mais désormais seul je contact un autre binome de camarades pour savoir où ils sont afin de les rejoindres.

Je réussirait finalement à passer avec le bout du cortège pour rejoindre le reste des manifestants.

Je retrouve enfin mes camarades.

On est tous creuvés mais on suit la foule vers le capitole.

A peine arrivé, un petit groupe de crs commence a courir vers nous pour nous empécher d’entrer sur la place.

On recule, les lacrymos suivent.

On décide d’en rester là pour aujourd’hui. Mais cela va continuer comme ça encore plusieurs heures.

J’espère qu’on va continuer à apprendre et à s’améliorer tant au niveaux des idées que des pratiques.

Je pense que pour ça le partage et l’échange son essentiels.

C’est une des raisons pour lesquelles je partage ça aujourd’hui.

Une pierre de plus pour montrer ce que c’est de manifester aujourd’hui en France.

Merci à tout les camarades qui étaient à mes cotés ce jour là.

Que je les connaissent où pas.

Prenez soins de vous, ou plutôt prenons soins de nous.

A samedi prochain !