À Montpellier, l’acte 45 des gilets jaunes a été marqué par des arrestations arbitraires, notamment de deux journalistes indépendants et d’une observatrice de la Ligue des droits de l’Homme. Pour justifier l’action de la police, le compte facebook « préfet de l’Hérault » a publié des photos d’objets qui auraient été saisis sur les personnes interpellées, et qui prouveraient leur intention de « porter atteinte à l’intégrité physique des forces de l’ordre ». Le butin que les policiers prétendent avoir récolté se compose d’un coup-de-poing américain, de petits boules avec des mèches ressemblant très fortement à des fumigènes, de masques à gaz, de lunettes de protection et… d’une bouteille en plastique. Explications.

Un
fumigène en vente aux plus de 12 ans

Le coup-de-poing américain est incontestablement une arme blanche, mais il est peu probable qu’elle ait été transportée dans l’intention de taper des policiers. À Montpellier, quand les actes de gilets jaunes tournent à l’émeute, les manifestants se servent de pavés, de bouteilles en verre et de feux d’artifice, c’est-à-dire de projectiles lancés à distance. Les policiers de Montpellier ne se plaignent pas d’avoir déjà été frappé par des gilets jaunes. De fait, les « blacks-bloc » n’ont quasiment pas d’opportunité pour mener des combats au corps-à-corps.

Les « engins pyrotechniques » brandis par la préfecture ressemblent très fortement à des petites boules fumigènes de couleur. Le vendeur « tralala-fêtes » précise que ces fumigènes sont des « artifices d’extérieur du groupe K1 », c’est-à-dire, selon la législation, des « artifices qui ne présentent qu’un risque mineur », accessibles aux personnes « dont l’âge est supérieur à 12 ans ». Dans cette vidéo, un adolescent garde le fumigène allumé dans sa main. Si le nouveau préfet Jacques Witkowski a peur d’accessoires de fêtes, on ne peut que lui conseiller de se reconvertir.

Quant aux masques à gaz et lunettes de protection, ce sont – révélation exclusive – des équipements de protection. Dans un article publié en janvier 2019 et intitulé « manifestation en France : protéger son visage n’est pas un délit », Amnesty International affirme que « dans le contexte actuel du recours disproportionné à la force […], protéger son visage, et particulièrement ses yeux, des gaz et projectiles, est non seulement légitime, mais souvent nécessaire. […] La pénalisation de manifestants sur la base exclusive de port d’équipements de protection […] est illégale au regard du droit international. Elle risque […] de conduire à des interpellations arbitraires. »

Enfin, que dire de la bouteille en plastique, dont on devine qu’elle correspondrait aux « produits corrosifs » invoqués par la préfecture ? En décembre 2018, la presse évoque des policiers touchés par des jets d’acides lors d’une manifestation de lycéens à Montpellier. Selon Midi Libre, les bouteilles contiennent un mélange chimique « comprenant notamment de l’acide chlorhydrique. La composition du mélange produirait une réaction explosive. Un policier aurait été blessé ». Tout est au conditionnel, sauf le titre de l’article : « Montpellier : ils lancent des bouteilles d’acide sur les policiers ». Dans la foulée, le média Métropolitain affirme que les lycéens « ont jeté des bouteilles de sodas remplies d’un mélange d’acide chlorhydrique en direction des fonctionnaires de la police » mais qu’« aucun policier n’a été atteint ». Finalement, le procureur de Montpellier Christophe Barret reconnaît que « les policiers […] n’ont pas été directement visé » mais que les lycéens ont « reconnu les faits ». En janvier 2019, après une manifestation de gilets jaunes, le maire de Montpellier Philippe Saurel évoque dans un tweet des « baudruches pleines d’acide », sans preuve. Interrogé fin janvier par Libération, le procureur de Montpellier maintient qu’« à plusieurs reprises », « des agents ont été touchés » par de l’acide. Dans le même article, Libération rappelle que trois gilets jaunes ont été condamnés pour jet d’acide, et le journaliste se penche sur le cas de l’un d’entre eux : « Au Puy-en-Velay […], un homme de 44 ans a aussi été condamné […] pour avoir jeté des projectiles […], blessant deux agents (avec ITT). […] Les forces de l’ordre ont assuré qu’il s’agissait d’ammoniaque en ‘‘se fondant sur l’odeur’’, explique le parquet à CheckNews, tout en précisant qu’aucune analyse n’a été faite sur les tenues des forces de l’ordre. L’intéressé assure pour sa part qu’il s’agissait d’eau. » Le média Nantes Révoltée parle quant à lui carrément des jets d’acide comme d’« une fake news à la mode depuis des années », et demande quelques précisions : « Combien de policiers ont été touchés ? Quelles sont les preuves ? Quel est le nombre réel de policiers blessés ? » La photo de la préfecture de l’Hérault d’une bouteille en plastique ne nous apporte en tout cas pas d’éclaircissement…


Article publié le 22 Sep 2019 sur Lepoing.net