Décembre 8, 2022
Par Cercle Libertaire Jean-Barrué
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SERGE LIVROZET

Né le 21 octobre 1939 à Toulon (Var), mort le 29 novembre 2022 à 83 ans. Membre fondateur du Comité d’action des prisonniers (CAP) et du journal Libération, adhérent de la CNT et de la Fédération anarchiste, Serge Livrozet s’est refusé toute sa vie à la société, luttant contre l’injustice et le déterminisme social.

Issu d’un milieu modeste, apprenti plombier à 13 ans, il est incarcéré dans les années 60 pour des séries de cambriolages. «Pour moi, le seul moyen de sortir de ma condition sociale, c’était d’ouvrir des coffres-forts et de prendre de l’argent là où je considérais qu’il y en avait trop», explique-t-il à la télévision dans les années 70. Vingt ans plus tard, il précise : «Pourquoi la société ne m’a pas donné, à cet âge-là, les mêmes chances qu’à tout le monde ? Je n’aurais jamais fait délinquant. C’est pour cela que je lui en ai voulu à la société, et que je lui en voudrai toujours, non pas pour moi car je m’en suis tiré, mais pour les autres.».

En 1967, il adhère à la CNT et s’affirme libertaire. En mai 1968, il est l’un des premiers à occuper la Sorbonne et est blessé par une grenade offensive. Il décide de « politiser sa criminalité » en choisissant de s’en prendre au capital et à ses coffres-forts, afin de pouvoir créer une entreprise d’édition indépendante lui permettant d’exprimer ses idées.

L’organisation de sa révolte continue en prison où il se forme intellectuellement, notamment à la prison de Lille-Loos, puis à la prison de Melun où il fait valoir des droits pour les prisonniers, comme les congés payés. En 1971, il participe au Groupe d’information sur les prisons, lancé par notamment Michel Foucault.

Libéré en 1972, il prend la relève du GIP en créant le Comité d’action des prisonniers, mouvement constitué de détenus qui demandent alors l’abolition de la prison – «la prison ne réhabilite pas le “taulard” mais l’entraîne dans un engrenage sans fin» – et avancent des motivations politiques qui se retrouvent dans son premier ouvrage « De la prison à la révolte » sorti en 1973. Pour la première fois, le système carcéral et, surtout, les causes de la délinquance étaient analysés d’un point de vue politique, économique et idéologique par un ex-détenu.

A l’automne 1972, Livrozet participe aux réunions préparatoires à la naissance du quotidien Libération. Des divergences de vues et une fibre anarchiste résolument contestataire le tiennent néanmoins à l’écart du noyau de l’équipe et lorsque Serge July, encore maoïste, arrive au journal, Serge Livrozet cesse de collaborer à Libération. Sa compagne Annie Hout (1943-2004) a participé avec lui à la fondation de Libération et à la création du Comité d’action des prisonniers. Claviste (en 1973), puis collaboratrice du service des petites annonces du journal « Libération » (jusqu’au milieu des années 1990), elle participe notamment à la rubrique Taulards. Elle est aussi l’auteure de « Femme de voyou » (les Lettres libres) dans un ouvrage paru en 1983 dont Georges Birchansky a fait un film.

En 1976, il participe et organise avec le CAP la première manifestation contre la peine de mort. Elle rassembla 10 000 personnes à Paris.

Accusé en 1986 d’être le « cerveau » d’une contrefaçon de billets de banque pour un montant de 70 millions de francs, il passe une nouvelle fois aux assises, mais est acquitté en 1989. Dès lors, il continue de militer, d’écrire, d’animer divers débats, de rédiger et de dire des sketches. Il anime durant plusieurs années une émission hebdomadaire, « Humeur noire », sur Radio libertaire. Au début des années 1990, il adhère au groupe Berneri de la Fédération anarchiste.




Source: Cerclelibertairejb33.wordpress.com