Juin 23, 2022
Par Cercle Libertaire Jean-Barrué
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Achaïra n°240 – Mai 2022 – ACTUALITÉS INTERNATIONALES

  1. Droit des femmes à l’avortement et à l’éducation :
  • Après la sidération, la réaction. A Washington comme dans d’autres villes américaines, des milliers de personnes se sont rassemblées, samedi 14 mai, pour protester contre la décision probable de la Cour suprême en faveur d’une suppression de l’avortement comme droit fédéral pour toutes les femmes. Si, d’ici à début juillet, la Cour suprême confirme la fin de l’ère Roe v. Wade – son arrêt de 1973 faisant de l’avortement un droit constitutionnel –, elle offrira ainsi la possibilité à chaque Etat de décider à sa guise l’interdiction complète ou la restriction drastique de l’IVG. Les Etats les plus réactionnaires pourraient même supprimer toute exception pour inceste et viol. Au-delà du cas des Etats-Unis, rappelons que le combat pour le droit à l’IVG doit rester permanent dans toutes les contrées et que partout dans le monde, même là où il est autorisé, il convient de rester vigilant-es.
  • Les fondamentalistes islamistes, au pouvoir depuis août 2021 en Afghanistan, sont revenus sur leur décision de permettre aux filles d’étudier dans le secondaire. L’annonce, aussi brutale qu’inattendue, a eu lieu alors que de nombreuses élèves étaient déjà revenues en cours. Des femmes et des filles manifestent dans la capitale aux cris « d’ouvrez les écoles ! ». Les manifestations sont rapidement dispersées par des talibans armés. Rappelons que le ministère de la Promotion de la vertu et de la Prévention du vice a remplacé celui des Affaires féminines de l’ancien gouvernement, les termes ne sont pas innocents.
  1. Palestine
  • Des milliers de Palestiniens ont participé aux obsèques de la journaliste américano-palestinienne de la TV Al-Jazeera, tuée d’une balle dans la tête alors qu’elle couvrait un raid militaire israélien dans le camp de réfugiés de Jenine en Cisjordanie, territoire palestinien occupé par Israël depuis 1967 (Al Jazeera a accusé les forces israéliennes d’avoir tué “de façon délibérée” Shireen Abu Akleh, sa journaliste vedette qui portait un gilet pare-balles siglé “presse” et un casque de reportage). Des violences ont éclaté dans l’enceinte de l’hôpital Saint-Joseph de Jérusalem à la sortie du cercueil de la journaliste quand la police israélienne a dispersé une foule brandissant des drapeaux palestiniens, selon des journalistes de l’AFP et de médias locaux. “Si vous n’arrêtez pas ces chants nationalistes, nous devrons vous disperser en utilisant la force et nous empêcherons les funérailles d’avoir lieu”, a déclaré dans un mégaphone un policier israélien en direction de la foule.
  1. Pays de l’Est

Russie : les autorités russes ont déclenché une répression sans précédent contre le journalisme indépendant, les manifestations anti-guerre et les voix dissidentes à la suite de l’invasion de l’Ukraine. Une nouvelle loi punit la couverture indépendante des événements d’une peine pouvant aller jusqu’à 15 ans d’emprisonnement ; le terme « guerre » et les appels à la « paix » sont effectivement interdits .

Malgré cela, lors des commémorations du 9 mai à Moscou (le 9 mai en Russie et dans la plupart des pays de l’ancienne Union soviétique, est le jour de commémoration de la signature à Berlin de l’acte de capitulation de l’Allemagne nazie face aux troupes alliées), la ville a été couverte d’autocollants anti-guerre le long du parcours et un anarchiste courageux a commémoré, pendant la parade, Igor Volokhov, tué en Ukraine.

Ukraine : un siècle après l’épopée makhnoviste, le mouvement anarchiste doit agir en contexte de guerre. Plusieurs groupes ont pris les armes contre l’envahisseur. D’autres ont préféré se concentrer sur l’entraide et la protection civile. Parmi la cinquantaine de militantes et militants se trouvent beaucoup d’anarchistes russes ou biélorusses réfugié·es en Ukraine. Au moins l’un d’entre eux, Igor Volokhov, a été tué dans les bombardements à Kharkiv, dans le nord-est du pays.

Pologne : à Varsovie, l’ambassadeur de Russie a voulu participer à une manifestation commémorative du 9 mai, mais il a été accueilli comme il se doit. Sergueï Andreev a été arrosé d’une substance rouge lors d’une cérémonie d’hommage aux soldats soviétiques morts pendant la seconde guerre mondiale et a été pris à partie par des manifestants pro-ukrainiens.

Biélorussie : la répression contre les anarchistes continue de plus belle : 19,5 ans de prison pour quatre : des anarchistes ont été condamnés dans l’ »affaire Pramen ». On ignore sur quoi reposaient exactement les preuves de leur culpabilité et comment se sont déroulées les audiences, puisque le procès a été décidé à huit-clos 20 minutes après le début. Probablement, les accusations étaient si infondées et absurdes qu’il était tout simplement imprudent d’autoriser des auditeurs dans la salle d’audience. « Pramen » (@Pramenofanarchy) est un collectif de médias qui publie des informations anarchistes et commente les événements d’un point de vue anarchiste sur son site Web et dans divers réseaux sociaux.

4 – Espagne – luttes du passé

Ci dessous un salut de Daniel Guerrier à Victor Simal, militant de la COPEL (Coordination en prisonniers en luttes dans l’Espagne de l’après Franco et auteur des paroles de la chanson de Serge Utge Royo « Amis, dessous la cendre » et au coeur du film sur l’époque « Amis, dessous la cendre »,

Aux ami.e.s,

Notre ami, compagnon et camarade Victor Simal nous a quitté ce matin 17 mai dans sa chambre des Patios d’argent, unité de soins de longue durée, sise au hameau d’Alzine Rodone, Arles-sur-Tech, où il avait été transféré le 11 mai dernier depuis le Centre du Vallespir au Boulou où il était depuis le 17 mars, après un épisode de Covid assez léger ramené des projections d’ »Amis, dessous la cendres… » des 24 et 25 février à Barcelone – lesquelles lui ont permis de vivre 3 journées inoubliables, comme il nous l’a relaté lors du voyage de retour – et soigné à l’hôpital de Perpignan.

Depuis le dernier week-end Victor n’était plus conscient. Et Annie et moi avons pu lui rendre une dernière visite vendredi après-midi dernier. L’état de Victor s’aggravait très vite et nous étions déjà conscients d’un pronostic proche.

D’une certaine façon depuis une dizaine de jours Victor aura eu l’élégance de se laisser glisser hors de notre vue tout en restant présent dans nos cœurs et nos mémoires.

Salut et fraternité, Vic !

Daniel Guerrier

Victor Simal

Né le 6 octobre 1944, de père et mère catalans.
Ses parents passent la frontière début février 39 avec leur fille de 36 mois. Ils sont immédiatement enfermés au camp de concentration d’Argelès sur mer où sa soeur décéde de faim, de froid et de maladie.
À la sortie du camp, ils rejoignent Paris et son père entre dans la résistance, comme beaucoup d’autres réfugiés espagnols.
À la fin de la Seconde Guerre mondiale, ils s’installent en Normandie comme photographes. Et Victor apprend le métier avec eux. Il exerce la photo à Paris.
En 1974, départ dans les Pyrénées Orientales où il entre rapidement en contact avec les libertaires de la région : Luttes contre le nucléaire, soutien aux insoumis, contacts et aides aux camarades libertaires encore sous la férule du dictateur Franco. En 78, en passant la frontière, il tombe dans une embuscade tendue par la Guardia-Civile espagnole : 3 jours de torture, 9 mois de prison à la Modelo de Barcelone, plusieurs mutineries et 3 grèves de la faim avant d’être libéré sous caution.
En 1983, il retourne à Paris et travaille 18 ans dans la chaine M6 en qualité de journaliste caméraman. Il lui vient alors la mauvaise idée d’accepter un reportage en Espagne, la police l’intercepte et c’est reparti pour 3 mois de prison au bout desquels il est acquitté.

Après la mort de Franco, le régime espagnol va maintenir un appareil policier et militaire semblable à celui du régime franquiste. Au cours de la « transition démocratique », le gouvernement espagnol va ouvrir des discussions avec les partis politiques et les syndicats qui vont aboutir aux pactes de La Moncloa signés en 1977. Seule la Confédération National du Travail (CNT, syndicat anarcho-syndicaliste) va refuser d’ajouter sa signature, ce qui va entraîner une violente répression à l’encontre du mouvement libertaire. En février 1978, 12 libertaires sont arrêtés lors d’une rafle sur le territoire espagnol. C’est au cours d’activités militantes que, notamment, Bernard Pensiot et Victor Simal, libertaires français, seront appréhendés. Le premier à Barcelone le 3 février 1978 ; le second à la frontière espagnole avec 3 autres compagnons le 4 février 1978. Avant d’être incarcérés à La Modelo, ils seront durement torturés pendant 72 heures lors des « interrogatoires » de la Guardia civil.

Victor Simal, écrivain, poète et réalisateur a vécu de l’intérieur et dans sa chair ces années d’emprisonnement. Il fallait au pouvoir espagnol de quoi alimenter la peur afin de contrer la popularité dont semblait à nouveau bénéficier la CNT et le mouvement anarchiste, sortis de la clandestinité.

5– Sur la guerre en Ukraine et en général : mort aux vaches

Pour finir, une affiche « Mort aux vaches » (52 × 42 cm) écrite par l’anarchiste André Arru (1911-1999) ; des exemplaires en ont été saisis à son domicile par la police lors de son arrestation le 3 août 1943.

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Prolétaire,

Depuis 3 ans, de l’Est à l’Ouest et du Sud au Nord de notre Globe, tu fais les frais de la bataille déclenchée par tes maîtres aux multiples nuances.

Des milliers de prolétaires de tous les pays crèvent pendant que les hommes de la finance, de la politique et de la guerre, ces gueules de vaches, se congratulent, dissertent, se partagent les bénéfices, se distribuent prébendes et privilèges.

Rappelle-toi, Combattant de la « der des der » : en revenant de là-haut, en 1918, encore souillé du sang de l’infâme boucherie, devant les 10 millions de cadavres, les 20 millions de blessés, les 10 millions d’invalides, 3 millions de disparus, les millions de veuves et d’orphelins, tu avais dis et promis, Plus jamais !

De nouveau les brutes galonnées ont mis la main sur toi. Dans le monde ouvrier l’homme n’est plus un homme, c’est un matricule.

Jusques à quand ?

Jusqu’à ce que les prolétaires du monde entier comprennent qu’ils n’ont qu’un seul ennemi : leurs chefs.

Jusqu’à ce que les prolétaires du monde entier fraternisent, s’unissent, et au pas de charge — l’ultime — armés encore des baïonnettes fraîches encore du sang de leurs frères, aillent piquer les culs de tous les histrions bellicistes et gouvernementaux.

Prolétaires, en 1919, en 1936, tu criais : mort aux vaches !

En 1943, ne crie plus, agis.

Crève-les toutes : qu’elles portent en grelot une croix gammée, une étoile rouge, l’Ordre de la Jarretière, la Croix de Lorraine ou une francisque.

Vive la Liberté. Vive la Paix !

Vive la révolution sociale !

Fédération internationale syndicaliste révolutionnaire




Source: Cerclelibertairejb33.wordpress.com