Janvier 19, 2022
Par Rapports De Force
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À peine quatre mois après un important mouvement de grève du nettoyage à la Sorbonne, les agents du nettoyage, employés par le sous-traitant Arc-en-ciel, relancent la lutte depuis lundi. Ils dénoncent des entorses au droit du travail, et un non-respect du protocole de fin de conflit qui avait été signé en septembre dernier. Ce mercredi 19 janvier, un rassemblement est prévu en soutien à un chef d’équipe, ancien gréviste, menacé de licenciement. 

C’est l’équipe de l’après-midi, lundi 17 novembre, qui a relancé la grève du nettoyage à la Sorbonne. Pas moins de 28 agents de nettoyage exerçant sur le site de Jussieu, relevant de la prestigieuse université, ont débrayé. Le lendemain, mardi 18, l’équipe du matin a pris la relève. Une douzaine de salariés étaient en grève, selon la CGT présente sur place. Tous dénoncent des irrégularités constantes en matière de droit du travail.

Ces travailleurs du nettoyage de Jussieu sont employés par la société sous-traitante Arc-en-ciel. Les contours de leur nouveau mouvement de grève sont encore incertains. « C’est difficile, car il y a des pressions terribles de la part des syndicats de l’entreprise et de certains chefs d’équipe. Ils cherchent à diviser les salariés », estime Danielle Cheuton, membre du collectif nettoyage de la CGT.

Cette situation fait écho à une première grève, massive, qui avait eu lieu quelques mois plus tôt. En septembre 2021, la totalité des salariés avait cessé le travail. Ils dénonçaient des irrégularités, et une surcharge de travail induite par des non-remplacements. « En trois heures, je dois faire cinq étages. Je n’ai jamais eu des problèmes comme ça », nous confiait l’un d’eux, qui nettoie depuis vingt ans les salles et les couloirs de Jussieu. « J’ai recensé 1080 heures complémentaires non payées, et 294 heures normales non payées, depuis février. Et c’est un décompte provisoire », listait quant à elle Danielle Cheuton.

Des heures complémentaires pas encore régularisées

Dans un protocole de fin de conflit, signé le 23 septembre et que Rapports de Force a pu consulter, l’entreprise avait pris des engagements clairs. Elle promettait de « corriger toutes les erreurs » en matière de rémunérations des heures travaillées. Et certifiait qu’elle mettrait à jour « l’intégration des heures complémentaires dans les heures contractuelles » à partir du seuil défini par la convention collective.

Mais où en est-on aujourd’hui ? La majeure partie des heures complémentaires non-rémunérées par le passé l’ont été, reconnaissent tous les syndicats. Mais pas toutes, nuance la CGT. Brahim Aillal, délégué syndical FO pour Arc-en-ciel, défend l’employeur : « Ceux qui ont prouvé leurs heures supplémentaires ont été payés. Le problème, c’est que pour certaines personnes, on a pas de preuves. Mais c’est en cours de régularisation ».

Reste un autre point crucial : « aucune majoration n’a été payée sur ces heures complémentaires passées. Et les heures complémentaires actuellement faites ne sont pas non plus majorées », assure Danielle Cheuton.

« Il y a encore quelques personnes qui travaillent sans contrat »

Une autre problématique demeure : celle des contrats. « Aucun des salariés pour lesquels on a demandé un avenant au contrat ne l’a obtenu », explique la responsable de la CGT. Les salariés concernés par un tel avenant étaient ceux qui, comme le spécifiait le protocole de septembre, dépassaient un certain seuil d’heures complémentaires.

Plus encore, les grévistes de la première heure avaient signalé des travailleurs sans contrat. Plusieurs mois après, ces situations passées n’ont pas été réglées. C’est le cas d’une femme qui aurait travaillé 8 jours, en mai 2021, sans contrat et sans avoir reçu de paie, pointe la CGT. Un dossier est également en train d’être constitué pour les Prud’hommes autour de sept agents ayant exercé plusieurs mois sans contrat… Avant de recevoir un courrier indiquant un non-renouvellement de leurs CDD. « Sauf qu’il n’y avait pas de CDD ! On a envoyé un courrier à l’entreprise, à l’université et à l’inspection du travail sur ce dossier », assure Danielle Cheuton.

Aujourd’hui encore, « il y a encore quelques personnes qui travaillent sans contrat », insiste la CGT. Sans pouvoir indiquer un nombre précis. Sollicitée pour une interview, l’entreprise Arc-en-Ciel n’a pas encore répondu à nos questions.

La Sorbonne, donneur d’ordre, ne se mouille pas

L’Inspection du travail a été alertée de toutes ces problématiques. Quant à Arc-en-ciel, « on les a relancé en décembre sur ces différents points, sans obtenir de réponse. De même début janvier », retrace Michel Krawczyk, responsable de la section CGT de l’université. Les syndicats de la Sorbonne n’ont pas de contact direct avec l’entreprise. Ses gérants ont finalement indiqué, par l’intermédiaire de la direction de l’université, « qu’ils allaient nous répondre vendredi dernier. Mais on attend toujours », précise le responsable CGT. « Ils leur ont ensuite dit qu’ils nous répondraient cette semaine… »

Du côté de l’administration de la Sorbonne, on nous confirme que des « rendez-vous réguliers » ont lieu avec le sous-traitant Arc-en-ciel. « Si sur le principe il ne nous revient pas d’intervenir sur les décisions d’Arc-En-Ciel en tant qu’employeur, nous réaffirmons que l’établissement ne saurait tolérer des pratiques contraires à la réglementation », tient-elle à souligner. En tant que donneur d’ordre – client – de l’entreprise Arc-en-Ciel, elle est en effet en partie responsable des pratiques de son sous-traitant.

Un chef d’équipe nettoyage licencié, un second menacé

Dans le protocole de fin de conflit, l’employeur s’était engagé à ne procéder à « aucune sanction pour fait de grève » et à « aucun licenciement »… Exception faite des « motifs disciplinaires ». C’est sur cette base qu’un chef d’équipe, pilier de la première grève du nettoyage à la Sorbonne, est convoqué ce mercredi 19 janvier à un entretien préalable à une sanction disciplinaire. Celle-ci peut aller jusqu’au licenciement. Les agents de nettoyage organisent un rassemblement de soutien. Sans que l’on sache encore ce qui lui est reproché.

La semaine dernière, les syndicats ont appris qu’un second chef d’équipe venait bel et bien d’être licencié. Lui aussi faisait partie des anciens grévistes. D’après les différents témoignages, ce salarié était soupçonné de dépasser l’horaire maximal de travail autorisé en cumulant un second emploi. « Ils l’ont licencié, alors qu’il y a une procédure légale préalable qui doit être respectée. Le salarié peut baisser son temps de travail ailleurs, ou choisir l’une des deux sociétés pour lesquelles il travaille », rappelle Danielle Cheuton.

Vers une réorganisation du nettoyage de la Sorbonne, et un contrôle accru ?

Cette nouvelle grève du nettoyage à la Sorbonne intervient alors qu’une réorganisation du travail de nettoyage de la Sorbonne se prépare. « Dans les semaines à venir, ils vont remodeler les équipes, les secteurs, ré-attribuer le travail… » explique la responsable de la CGT. De quoi cristalliser les craintes des salariés quant à leur future organisation de travail.

Tous ont d’ores et déjà reçu une lettre recommandée, signée par la responsable des ressources humaines d’Arc-en-ciel, qui les inquiète. Ce courrier, consulté par Rapports de Force, les informe de la mise en place d’une pointeuse mobile de la société Teleric. On ne connaît pas encore le modèle qui a été acheté par Arc-en-ciel. Ni l’utilisation exacte que souhaite en faire l’entreprise.

Ceci étant, même la pointeuse mobile la plus basique vendue par Teleric permet de « suivre en temps réel l’activité d’un agent tout au long de sa journée de travail », affirme leur site internet. Des salariés craignent que leur employeur se mette à « chronométrer le temps passé à effectuer chaque tâche », relaie Danielle Cheuton. L’équation est simple, comme le résume le fondateur de Teleric sur le site : « traçabilité => suivi des tâches => augmentation du chiffre d’affaire ».




Source: Rapportsdeforce.fr