Le géant de la distribution mondialisée double par deux le nombre de ses entrepôts-bagnes dans l’Hexagone. Dont un en projet au bord de l’autoroute près du Pont du Gard.

Beaucoup de monde s’est croisé, quantité de banderoles ont été déployées, des dizaines de pancartes brandies, tout ce mercredi 17 juin sur l’immense giratoire qui dessert la sortie 23 de l’autoroute A9, à trente kilomètres à l’est de Nîmes. Parmi les gens qui s’y étaient donné rendez-vous, ils ne manquaient pas de Montpelliérains, essentiellement d’ANV-Cop 21 et Extinction Rebellion, mêlés à des membres d’ATTAC de Nîmes, Avignon ou Alès, des Gilets jaunes de Remoulins et autres  habitants de la région.

Tous se mobilisaient pour la journée nationale d’action « contre la ré-intoxication du monde ». On en parlait sur ce même site à propos d’un autre rassemblement tenu à la mi-journée aux portes de Montpellier, contre le projet Oxylane. L’appel émanait des nouveaux courants de la lutte en défense du climat, mais aussi des ZAD et toutes luttes de terrain « contre les grands projets inutiles ». Puisque le confinement sanitaire a permis de constater tout ce que permet un arrêt brutal de « la machine infernale » de la marchandisation du monde et la destruction du vivant, maintenant il urge d’empêcher que cette machine puisse être relancée.

Il y a quantité de projets à stopper. Net. Au péage de Remoulins, il s’agit d’empêcher l’édification d’une plateforme de distribution du géant mondialisé Amazon. Celui-ci exploite huit entrepôts de ce type dans l’Hexagone. Il entend doubler ce chiffre en l’espace de deux ans. Depuis le bord de la Languedocienne, il s’agira de desservir un arc tendu entre Turin au nord de l’Italie et Barcelona en Catalogne. Pour cela, au cœur d’un paysage encore somptueux voué à la vigne, les garrigues et pinèdes, il s’agirait de dresser, sur une zone de treize hectares, un bâtiment de quatre cents mètres de long, vingt mètres de hauteur, provoquant une noria quotidienne de cinq cent cinquante poids-lourds.

Il ne faut pas cacher qu’au cœur d’un Languedoc paupérisé, l’argument de l’emploi fait mouche. Mais c’est oublier que seuls cent cinquante salariés seraient appelés à goûter au système d’exploitation qu’Amazon pousse au comble des pires conditions de travail et de rémunération. C’est oublier aussi que la robotisation complète des activités est visée à l’horizon de quelques années à peine. Et enfin, qu’un emploi créé chez ce monstre, équivaut à la destruction de deux emplois et demi dans l’économie générale.

Si Jeff Bezos, PDG d’Amazon, s’est hissé au premier poste de la fortune mondiale, s’il est en passe de se faire le premier trilliardaire de l’histoire (une fortune se comptant en milliers de milliards de dollars), c’est que ce monopole de la distribution mondialisée détruit tout le tissu conventionnel (la librairie, mais pas qu’elle), capte les clientèles en prétendant d’abord ne se contenter que de les livrer, ne paye pas ses impôts là où elle exerce son activité, ne s’en acquitte au mieux que sur un barème d’entrepôt et non d’activité commerciale, et enfin se situe en pointe de toutes les manipulations des Data, intelligence artificielle, technologies de contrôle. Sa fourniture des outils de reconnaissance faciale lui vaut d’être actuellement l’objet de la colère des révoltés américains.

Il n’y a pas à tergiverser cent sept ans pour désigner en Amazon un ennemi absolu, voué à la sur-consommation destructrice, au ravage écologique, au saccage social, à la marchandisation des vies, au démantèlement culturel et l’anéantissement des souverainetés. Sans parler de la destruction d’un site que signifierait l’implantation de son équipement à l’entrée de la section du Gardon qu’ennoblit le fantastique Pont du Gard, en route vers le somptueux duché d’Uzès vers l’ouest, la principauté papale avignonnaise à l’est, alors que se dessine un futur Parc naturel régional dans ces parages.

C’est cette logique que valorise la résistance des résidents du territoire, jouant d’accointances parmi certains élus et structures officielles, tout en multipliant les recours juridiques. La région est également un lieu de villégiature ou de retraite pour nombre de Parisiens capables d’activer des réseaux d’influence, particulièrement médiatiques. Hélas, ces logiques négligent l’importance des rapports de force autonomes, forgés dans les luttes, qui souvent demeurent le recours déterminant ultime, quand les contorsions judiciaires et électoralistes en viennent à s’épuiser dans leurs limites, délégations et compromissions.

Plus ennuyeux au fond, cette même logique conduit trop souvent à suggérer que l’entrepôt Amazon pourrait tout simplement se déplacer un peu plus loin, sur un autre site “mieux adapté” dans la région. Voilà qui laisse un boulevard à d’autres objectifs et méthodes de luttes, pas forcément contradictoires, encore moins opposées. Sur cet autre versant, on ne cesse de marteler que c’est bien Amazon qu’il faut combattre comme un redoutable fléau, et non son emplacement dérangeant pour tel ou tel site, pour tels ou tels riverains.

D’où les mobilisations de ce 17 juin, marquant un début d’élargissement de la mobilisation à toute la région, sur des bases de critique sociale, écologique, altermondialiste, et non seulement locale et environnementale.

🔴 Le Pont du Gard dit non à Amazon !

Des banderoles géantes installées par une cinquantaine de militants s’opposent au…

Publiée par ANV COP 21 Montpellier sur Mercredi 17 juin 2020


Article publié le 18 Juin 2020 sur Lepoing.net