Juin 30, 2022
Par Archives Autonomie
129 visites

Le 1er fĂ©vrier 1977, Ă  Rome, les fascistes entrent Ă  l’universitĂ© et prennent d’assaut la facultĂ© de sciences politiques  ; ils tirent et blessent deux camarades. L’un d’eux est Guido Bellachioma, qui prĂ©pare la distribution dans la ville d’une nouvelle revue sur le point de sortir  : Collegamenti per l’organizzazione diretta di classe. Guido restera paralysĂ© des jambes et les dĂ©buts de la revue seront marquĂ©s par des problĂšmes financiers, par la lenteur de son Ă©laboration, par des difficultĂ©s d’impression et de distribution. Mais malgrĂ© sa fragilitĂ© — ou peut-ĂȘtre parce qu’elle l’assume comme constitutive de son existence — trente ans plus tard elle continue Ă  sortir.*

Les camarades qui la diffusent devant l’universitĂ© de la Sapienza [1], en pleine effervescence d’un mouvement qui se dĂ©finit comme celui “des non-garantis” et qui voit son existence sociale comme structurellement extĂ©rieure aux usines, la prĂ©sentent comme une “revue moraliste et usiniste”, soulignant ironiquement des caractĂšres que le mouvement en cours semble considĂ©rer comme prĂ©historiques. Mais pourquoi les souligner  ? Y rĂ©pondre suppose de revenir sur la composition de la rĂ©daction, sur le dĂ©bat qui prĂ©cĂšde sa naissance et sur les problĂšmes qu’elle se pose.

Depuis 1975 et au cours de l’annĂ©e 1976, les contacts s’intensifient entre des groupes et camarades de Milan, Rome, Florence, Turin, Parme, Marghera, Pordenone, Reggio Emilia, PĂ©rouse, Todi, Naples et Cagliari, majoritairement de provenance libertaire — de sensibilitĂ©s diverses, extĂ©rieurs au mouvement anarchiste officiel — mais intĂ©grant certaines influences conseillistes, luxembourgistes, et de l’école de la composition de classe. Collegamenti assume dĂšs sa naissance ce rĂŽle de “revue de frontiĂšre” qui la caractĂ©risera toute sa vie. DĂšs le dĂ©part, l’absence de camaradesprovenant de situations de lutte mĂ©ridionales — ajoutĂ©e au fait que les camarades de Naples dĂ©testent tout autant les complaintes sur le sous-dĂ©veloppement du Sud que le culte de la “napolinitĂ©” alors en vogue auprĂšs d’une bonne partie des groupes d’extrĂȘme gauche — fait que sa frontiĂšre gĂ©ographique s’arrĂȘte Ă  Naples. L’autre Ă©lĂ©ment qui marque fortement la revue des origines, c’est la centralitĂ© des collectifs d’usine qui sont l’épine dorsale du groupe milanais, le plus nombreux et le plus riche d’expĂ©riences. Le contexte gĂ©nĂ©ral de crise de la forme parti et des groupes d’extrĂȘme gauche, la recherche de nouvelles formes d’organisation, de conflictualitĂ©, de lutte, d’enracinement social, la persistance de ce qu’à l’étranger on dĂ©signe comme le “mai rampant” italien et qui dure depuis au moins une dĂ©cennie, dominent l’imaginaire des camarades qui s’embarquent dans cette aventure. C’est ce contexte de forte effervescence qui pousse les syndicats et la Confidustria (la confĂ©dĂ©ration patronale) Ă  signer en 1976 l’accord sur le point unique d’échelle mobile, accord qui pĂšsera dans les rapports de forces pendant toute la dĂ©cennie suivante. C’est lĂ  un Ă©lĂ©ment souvent oubliĂ©, mais qui est alors perçu comme comme une tentative de mettre un couvercle sur une casserole en pleine Ă©bullition  : ouvrir les cordons de la bourse en Ă©change d’un peu de paix sociale. La manoeuvre rĂ©ussit en un sens, car c’est Ă  partir de lĂ  que devient manifeste la fracture entre ceux qui sont “dans” l’entreprise (les “garantis”, qui bĂ©nĂ©ficient effectivement d’une garantie de salaire et d’une protection contre l’inflation, laquelle va devenir galopante dans les annĂ©es suivantes) et ceux qui en restent aux marges, condamnĂ©s au travail noir, aux diverses formes de prĂ©caritĂ©, Ă  un sous-salaire et Ă  la surexploitation. Mais l’impression dominante au moment oĂč naĂźt la revue, c’est que la situation est ouverte, en pleine Ă©volution, riche en possibilitĂ©s d’approfondissement de la crise dans laquelle se dĂ©bat le capitalisme italien.

Parmi les composantes qui participent Ă  la rĂ©daction, on peut schĂ©matiquement lister  :

1) Divers groupes provenant de l’expĂ©rience de la “plateforme d’Archinov”, qui en 1973-74 mĂšnent une bataille politique au sein de la FAI pour la transformer en organisation “orientĂ©e et fĂ©dĂ©rĂ©e”, comme ils disent alors, capable de dĂ©fendre une ligne et de tenir tĂȘte Ă  la concurrence des groupuscules lĂ©ninistes d’extrĂȘme gauche.

ExpulsĂ©s de la FAI, ils tentent de donner vie Ă  une organisation de tendance dĂ©fendant ces positions, mais leur activisme, paradoxalement, fera exploser rapidement les contradictions dont ils sont porteurs  : une partie d’entre eux continuera Ă  dĂ©fendre la nĂ©cessitĂ© d’une “organisation spĂ©cifique” rigide Ă  l’intĂ©rieur et orientĂ©e vers l’intervention au sein des syndicats Ă  l’extĂ©rieur, en thĂ©orisant le principe d’un double niveau d’organisation, celui des dĂ©tenteurs de la thĂ©orie (ou, en termes plus libertaires, de la “mĂ©moire”) et celui de la classe, organisĂ©e dans les syndicats, syndicats qu’il s’agit bien sĂ»r de conquĂ©rir puisqu’ils sont perçus comme un champ de bataille entre tendances politiques.

Les Ă©lĂ©ments les plus mĂ»rs et rĂ©actifs se rendent compte qu’il est vain de reproduire un appareil organisationnel qui consume l’essentiel des Ă©nergies des camarades sans fournir de rĂ©ponses sĂ©rieuses aux problĂšmes posĂ©s par la situation, et dĂ©cident de se dissoudre en tant qu’organisation sĂ©parĂ©e. Restent ainsi en place des noyaux de discussion composĂ©s de camarades qui dĂ©ploient leur activitĂ© dans le cadre du mouvement au sens large, dans les collectifs d’usine ou de quartier et souvent en rapport dialectique avec l’aire autonome qui est en train de prendre forme.

Ils redĂ©couvrent et relisent les conseillistes, Mattick, le marxisme critique. Mais le fait que ces groupes proviennent d’une expĂ©rience commune n’en fait pas un groupe homogĂšne. Au contraire, des tendances et des critiques variĂ©es se font jour entre eux. Font partie de cette composante le groupe (puis les Ă©ditions) Kronstadt de Naples [2], les camarades sortis de l’Organizzazione Comunista Libertaria de Reggio Emilia [3], de PĂ©rouse, de Milan (Movimento Anarco-Comunista, MAC) et de Rome (ex-FCL). Ces derniers, qui avaient un pied dans les divers collectifs de quartier, participeront au mouvement de 77 avec les camarades d’origine marxiste [4] et Ă©tabliront des liens avec la revue Marxiana. Dans ce mouvement joueront un rĂŽle important les camarades qui frĂ©quentaient “l’auberge Melotti”, un regroupement tenant un peu de la commune, un peu du groupe affinitaire informel, qui donnera naissance dans les annĂ©es 1990 Ă  la revue Vis-Ă -vis, oĂč seront traduits et popularisĂ©s les Ă©crits de Maximilien Rubel.

2) Le Centro Comunista di Ricerche sull’Autonomia Proletaria (CCRAP) qui, entre 1973 et 1975, Ă©dite le bulletin Collegamenti. Ses militants ont prĂ©cĂ©demment tissĂ© localement des liens Ă©troits avec le MAC de CittĂ  Studi et ont dĂ©jĂ  des contacts Ă  Pordenone et Marghera, dont Germano Mariti du collectif du complexe pĂ©trochimique, ainsi qu’avec des camarades de Parme et de Cagliari. Le CCRAP est composĂ© Ă  son tour de camarades prĂ©sents dans les grandes usines milanaises (Alfa, Sit-Siemens, Pirelli, OM-FIAT, Motta-Alemagna), dans diverses usines petites et moyennes, dans certains services (Duina, SIP, ATM) et dans des quartiers (Pioltello, Segrate, Gratosoglio, Cernusco, etc.). Ils ont participĂ© Ă  des occupations de logements [5], au mouvement des autorĂ©ductions et sont prĂ©sents dans les “cercles du jeune prolĂ©tariat”. A Milan ils sont comme le persil  : ils Ă©vitent d’apparaĂźtre comme groupe organisĂ© et dans les interventions “formelles”, mais leur prĂ©sence se fait sentir dans des situations de lutte diverses. A leurs racines idĂ©ologiques on trouve la recherche de cet “anarcho-syndicalisme rĂ©el” qui poussera le groupe Azione Libertaria [6] Ă  abandonner la forme du groupe anarchiste pour donner vie Ă  une fĂ©dĂ©ration de collectifs de situation, l’anti-groupe Proletari Autonomi. Un milieu que nous pourrions approximativement dĂ©finir comme la fraction libertaire de l’aire de l’autonomie. C’est incontestablement le centre de gravitĂ© politique de l’expĂ©rience de la nouvelle revue.

3) Le groupe de discussion Autogestionede Florence [7], qui en 1974 a dĂ©jĂ  digĂ©rĂ© et refusĂ© la “Plateforme” et compte des camarades actifs principalement dans les collectifs de quartier, d’universitĂ© ou de territoire. De ce groupe sont issues une composante plus traditionnellement anarcho-syndicaliste (qui participera au bulletin Per l’azione diretta ou Ă  la revue Autogestione) et une autre qui participe de la tendance libertaire de l’aire autonome et prendra part Ă  l’expĂ©rience de la revue [8].

4) Marco Baluschi, de Turin, qui a frĂ©quentĂ© l’assemblĂ©e ouvriers-Ă©tudiants, militĂ© briĂšvement Ă  Lotta Continua et est liĂ© au monde militant qui gravite autour de la Fiat. Il a dĂ©veloppĂ© des positions proches du luxembourgisme et dans le mĂȘme temps rĂ©Ă©laborĂ© de façon personnelle les conceptions de l’école de la composition de classe [9].

5) Un cas Ă  part  : les camarades du collectif autonome de Todi, qui avait Ă©tĂ© la section locale de Lotta Continua et s’était ensuite dĂ©placĂ© sur des positions de type anarcho-syndicaliste, sans toutefois prendre place au sein du mouvement anarchiste officiel. Ils participent aux dĂ©bats qui prĂ©cĂšdent la sortie de la revue mais s’éloignent du groupe rĂ©dactionnel en formation, soutenant que plus qu’une revue thĂ©orique, il faut produire un journal de lutte. Ironie du sort, quelques mois plus tard, ils se lanceront dans la publication de Dissenso Est-Ovest, revue centrĂ©e sur les problĂšmes de l’Est europĂ©en, qui eut le mĂ©rite de faire circuler en Italie des textes parfois mĂ©connus sur la Pologne et l’URSS.

Il serait bien sĂ»r intĂ©ressant de parler de l’évolution des divers groupes et individus qui traversent et croisent Ă  un moment ou un autre la mouvance de Collegamenti, mais un travail de ce genre nous amĂšnerait trĂšs loin de notre projet initial.

On ne pourrait saisir les termes du dĂ©bat de la premiĂšre sĂ©rie de la revue sans prendre en compte le fonctionnement du rĂ©seau auquel elle se rĂ©fĂšre  : il existe divers collectifs locaux qui sont le produit de situations de lutte, et ce sont eux qui donnent Ă  la discussion ses orientations gĂ©nĂ©rales et son fil conducteur. Lescamarades qui font partie de ces collectifs se retrouvent ville par ville, et, lorsqu’ils sont isolĂ©s, avec ceux qui leur sont le plus proches gĂ©ographiquement  ; ce sont eux qui constituent le premier vĂ©ritable noyau rĂ©dactionnel et le premier filtre des textes, matĂ©riaux, documents, traductions, contacts fournis et qui, plus gĂ©nĂ©ralement, dĂ©cident des axes Ă  dĂ©velopper dans le dĂ©bat national. Ce n’est qu’aprĂšs ce premier Ă©crĂ©mage au niveau local que se tiennent le rencontres nationales. Quelques centaines de personnes en tout prennent part au dĂ©bat, mais la rĂ©daction nationale en regroupe une vingtaine, et celles qui s’engagent rĂ©guliĂšrement dans le travail d’écriture ne sont pas plus d’une dizaine. Certains de ceux qui ont participĂ© au dĂ©bat ayant prĂ©cĂ©dĂ© la premiĂšre parution sont partis d’emblĂ©e, d’autres ont abandonnĂ© l’entreprise en cours de route  : c’est le cas de quelques camarades de Florence et de PĂ©rouse, et de ceux de Todi etde Parme. Entre 1977 et 1979, les contacts avec les camarades de Pordenone et Marghera s’étiolent, et il n’y a pratiquement pas de renouvellement. Si le groupe rĂ©dactionnel gagne en cohĂ©sion interne, cela se paie par un repli sur soi progressif. Une Ă©volution qui, en fait, participe d’une crise plus gĂ©nĂ©rale affectant l’ensemble du mouvement en Italie Ă  partir de 1977-78.

Cela commence par une rĂ©duction progressive pour finir par l’extinction de la plupart des collectifs de situation, ce qui fait que la rĂ©daction ne se trouve plus rattachĂ©e Ă  l’aire des luttes qui l’avaient produite. Vers la fin des annĂ©es 70 ne restent essentiellement que les camarades intĂ©ressĂ©s individuellement Ă  la publication et engagĂ©s dans l’activitĂ© rĂ©dactionnelle.

La revue, autour de laquelle se regroupent les camarades les plus curieux intellectuellement, offre un refuge au moment de la perte de liens avec les collectifs de provenance. Elle se dĂ©veloppe en dehors des contacts et des couvertures acadĂ©miques, mais aussi de tous les courants de l’anarchisme officiel, portant plus d’attention Ă  l’analyse du conflit social qu’à la rigueur formelle et Ă  la cohĂ©rence idĂ©ologique. Elle n’a pas d’identitĂ© “idĂ©ologique” forte, facilement identifiable et assimilable Ă  l’anarchisme historique, on n’y trouve pas de “manifestes” ni de dĂ©clarations de principes anarchistes. D’oĂč l’absence de tout soutien financier de la part des camarades plus ĂągĂ©s, qui prĂ©fĂšrent l’offrir Ă  des publications perçues comme plus orthodoxes, et une certaine dĂ©fiance de la part des composantes plus traditionnelles du mouvement libertaire. Au sein de la rĂ©daction les rĂ©actions moralisantes ne manqueront pas face aux carriĂšres universitaires des professeurs [10] de marxisme ou d’anarchisme, comme aux carriĂšres syndicales — des rĂ©actions peut-ĂȘtre viscĂ©rales Ă  l’époque, mais pas moins lucides pour autant quant aux capacitĂ©s de l’Etat et du capitalisme Ă  rĂ©absorber et recycler les Ă©lites des mouvements qui se sont succĂ©dĂ© au cours de l’histoire du mouvement ouvrier.

Par rapport au mouvement libertaire joue une volontĂ© de rajeunissement culturel, d’élargissement du champ des connaissances sur le terrain de la lutte de classe, d’étude de l’évolution de la sociĂ©tĂ©, d’assimilation des expĂ©riences faites dans d’autres pays et par d’autres courants de pensĂ©e [11] jusque-lĂ  peu connus et Ă©tudiĂ©s en Italie.

Sur le plan historique, Collegamenti s’intĂ©resse, outre aux expĂ©riences de conseils ouvriers, au syndicalisme d’action directe et en particulier aux activitĂ©s des IWW au cours des deux premiĂšres dĂ©cennies du XXe siĂšcle. Qu’elles se soient dĂ©ployĂ©es dans une sociĂ©tĂ© fortement industrialisĂ©e, dans le pays du capitalisme Ă  l’époque le plus avancĂ©, en organisant un prolĂ©tariat multiracial et immigrĂ© venu de tous les pays du monde, avec des sections aux quatre coins de la planĂšte et une pratique internationaliste jamais Ă©galĂ©e, avec des publications dans dix-huit langues, des formes d’organisation antibureaucratiques, une structure centrale rĂ©duite au minimum et un rĂ©seau se nourrissant de l’action militante, constitue pour nous un puissant aimant.

D’un point de vue gĂ©nĂ©rationnel, le groupe des camarades qui se retrouvent autour de la revue est relativement homogĂšne, la plupart ayant entre 25 et 35 ans. Beaucoup ont fini ou sont sur le point de finir leurs Ă©tudes et commencent Ă  travailler. Les plus vieux travaillent en usine (surtout Ă  Milan) et ont dĂ©jĂ  une riche pratique de luttes. Ce sont Ă©videmment les Ă©tudiants en voie d’insertion dans le monde du travail qui, disposant de plus de temps, sont le plus disponibles pour les rencontres de la revue. Les camarades qui travaillent en usine sont en revanche plus actifs dans le dĂ©bat local (je pense par exemple Ă  Fausto, Salvatore et Enrico de Milan), lequel fournit la base de travail pour la plupart des rĂ©unions nationales.

Mais quels sont les Ă©lĂ©ments qui rĂ©unissent des militants avec des histoires aussi diverses et qui dĂ©limitent le pĂ©rimĂštre du dĂ©bat de la mouvance de Collegamenti  ?

— Alors que les milieux d’origine opĂ©raĂŻste tendent Ă  privilĂ©gier les moments forts des luttes ouvriĂšres, dans le milieu de Collegamenti on tend Ă  souligner l’importance des comportements “mĂ©dians”, partant du principe que la radicalitĂ© ne signifie rupture que si elle devient sens commun et se transforme en comportement diffus. Le dĂ©tachement envers l’idĂ©ologie du travail, par exemple, devient un des Ă©lĂ©ments clĂ©s sur lesquels les divers camarades se retrouvent. La rencontre de Bonassola, en octobre 1978, fournira l’occasion d’approfondir, Ă©largir et confronter les divers points de vue sur le sujet et, pendant de nombreuses annĂ©es, nourrira la rĂ©flexion de toute l’aire influencĂ©e par la revue. C’est d’ailleurs en 1978 que le groupe milanais atteindra un de ses plus hauts niveaux d’activitĂ©, au moment de l’enlĂšvement d’Aldo Moro, quand une manifestation, organisĂ©e Ă  l’occasion d’une grĂšve autonome par le rĂ©seau des petites usines oĂč nos camarades sont prĂ©sents, se dĂ©ploie dans la ville. Les mĂ©dias n’en touchent pas un mot et la criminalisation des comportements subversifs coupe rapidement les jambes au rĂ©seau qui s’est mis sur pied.

— La critique du marginalisme qui se rĂ©pand avec le mouvement de 77 va de pair avec la critique du sport prĂ©fĂ©rĂ© de l’opĂ©raĂŻsme nĂ©griste, Ă  savoir la chasse au “nouveau” sujet social. Contre l’idĂ©e qu’au coeur de la lutte de classe se trouve, Ă  une pĂ©riode donnĂ©e, l’ouvrier-masse (suivi par “l’ouvrier social” pour finir aujourd’hui par une “multitude” indiffĂ©renciĂ©e), Collegamenti concentre ses efforts sur l’analyse de l’organisation capitaliste du travail, dans toute sa complexitĂ©, avec ses figures parcellisĂ©es, travail jugĂ© indispensable pour comprendre les processus de recomposition par la lutte (en cela la revue se rĂ©fĂšre aux traditions moins idĂ©ologiques et simplificatrices de l’école de la composition de classe des origines) et le rĂ©seau de relations qui rend possible cette recomposition.

— Une attitude commune Ă  l’égard des syndicats. La plupart des camarades partent de conceptions de type anarcho-syndicaliste, mais il faut prĂ©ciser que si la mouvance de Collegamenti y fait rĂ©fĂ©rence, c’est moins parce qu’elle a en tĂȘte un modĂšle d’organisation dĂ©terminĂ© (elle fait plutĂŽt preuve d’indiffĂ©rence de ce point de vue) que parce qu’elle se rĂ©clame d’un ensemble de contenus et de pratiques comme l’action directe, le refus de la dĂ©lĂ©gation, la totale rĂ©vocabilitĂ© des mandatĂ©s, les tentatives de dĂ©mocratie directe, le rejet de la bureaucratie, etc. Sans en faire une idĂ©ologie ni un discours purement identitaire, elle essaie de comprendre dans la pratique ” Ă  quoi correspond en rĂ©alitĂ© la jolie fable de l’auto-organisation de classe”. Si elle reprend bien sĂ»r la critique d’origine conseilliste du syndicalisme (dĂ©ficient dans les moments de crise et de rupture, tendant Ă  l’intĂ©gration dans les moments de reflux), personne ne l’assume comme une nouvelle religion. Au point que, trente annĂ©es plus tard, nombre de camarades ayant survĂ©cu au grand reflux des annĂ©es 80 et 90 se retrouvent dans toute la variĂ©tĂ© des syndicats, petits et grands, que compte l’Italie d’aujourd’hui. Hors d’Italie survivent quelques Mohicans qui portent haut la banniĂšre de la critique pratique du syndicalisme, refusant le rĂŽle de porteur d’eau au moulin de l’intĂ©gration, conscients de jouer un rĂŽle symbolique et minoritaire, sans pour autant mĂ©priser les choix faits par d’autres.

— La critique sans concessions de la logique des groupes armĂ©s se dĂ©veloppe tout d’abord sur le terrain. Les camarades qui travaillent dans les grandes usines milanaises se trouvent contraints d’expliquer en quoi les actions armĂ©es sont nocives pour le dĂ©veloppement d’une conscience collective et d’une organisation autonome des ouvriers. OpposĂ©s Ă  la logique qui veut qu’un groupe de “spĂ©cialistes” de l’action armĂ©e prenne le contrĂŽle de l’action radicale, ils se trouvent souvent entre l’enclume et le marteau  : dĂ©velopper une critique concrĂšte, en dĂ©montrant publiquement, point par point, la vanitĂ© de ce type d’action peut conduire Ă  ĂȘtre dĂ©signĂ© comme “dĂ©lateur” par ceux qui en profitent pour Ă©viter de rendre des comptes aux camarades de travail. De ce fait, la critique ne peut que rester sur le terrain des gĂ©nĂ©ralitĂ©s, de l’idĂ©ologie, terrain que les camarades refusent, prĂ©cisĂ©ment. A Rome, en 1977, le choix fait par le mouvement d’assumer la nĂ©cessaire dĂ©fense des cortĂšges contre les agressions des fascistes et de la police entre en collision avec la logique profondĂ©ment dirigiste des groupes armĂ©s, et se traduit par une dĂ©faite, ce qui laissera une certaine amertume dans les esprits. Pour dĂ©velopper cette critique nous usons de la dĂ©rision, mais les choses ont dĂ©jĂ  dĂ©passĂ© le cercle de notre modeste influence et notre aire se trouvera emportĂ©e dans la dĂ©faite plus gĂ©nĂ©rale subie par les mouvements sociaux. Sur un plan plus gĂ©nĂ©ral, nous mettons l’accent sur ce qui fait la force du mouvement dans cette dĂ©cennie : la persistance de la conflictualitĂ©, l’impossibilitĂ© pour les dĂ©tenteurs du capital de parvenir Ă  une sociĂ©tĂ© pacifiĂ©e. Mais nous observons aussi lucidement le terrain sur lequel l’Etat remportera la victoire et vers lequel les groupes armĂ©es tirent le mouvement  : celui de l’affrontement direct, militaire, avec la criminalisation des comportements sociaux dĂ©viants et des luttes radicales qui en dĂ©coule, mais aussi avec le recours aux repentis pour dĂ©tacher le militarisme de ses bases sociales et plus largement pour dĂ©truire ce rĂ©seau de solidaritĂ©s qui avait permis aux luttes d’éclore.

— Basisme et localisme dans certaines rĂ©gions d’Italie, et “usinisme” en particulier Ă  Milan, sont deux Ă©lĂ©ments qui marquent la pratique de la mouvance de Collegamenti. CaractĂ©ristiques obligĂ©es, dans un contexte dominĂ© par la criminalisation de toute forme de lutte radicale et de comportement subversif, et qui oblige les divers collectifs, avant qu’ils se dissolvent l’un aprĂšs l’autre, Ă  se replier sur un terrain familier, Ă  assumer une logique de niche, de secteur, de quartier, pour rĂ©ussir Ă  survivre.

— Le dernier grand mouvement ayant influencĂ© le dĂ©bat de la premiĂšre sĂ©rie de Collegamenti est celui des salariĂ©s des hĂŽpitaux — et plus gĂ©nĂ©ralement de la fonction publique â€”, un mouvement nĂ© du refus du contrat signĂ© par les syndicats et qui dĂ©bouche sur une quasi-dissolution des structures syndicales dans ce secteur. Celles-ci mettront longtemps Ă  s’en remettre, mais, comme celui de 68, le mouvement sera sanctifiĂ© par ceux qui s’y seront opposĂ©s le plus ouvertement.

— Il faut enfin reconnaĂźtre notre dette envers la revue Primo Maggio, autant pour ce qui concerne un certain “opĂ©raĂŻsme Ă  visage humain” qui a comptĂ© dans notre formation que pour la curiositĂ© suscitĂ©e par ses recherches historiques sur “l’autre mouvement ouvrier”, recherches que Collegamenti cherchera Ă  son tour Ă  dĂ©velopper et Ă  populariser.

Les quatre séries de la revue

La premiĂšre sĂ©rie de Collegamenti per l’organizzazione diretta di classe se compose de 8 numĂ©ros, parus entre 1977 et 1980, et de 5 cahiers, dont la publication s’étend jusqu’à la mi-1983. ParallĂšlement, un volume des actes du colloque sur la fonction publique tenu Ă  Florence est publiĂ© en 1981. La description que nous avons esquissĂ©e ci-dessus se rĂ©fĂšre Ă  cette phase de la vie de la revue. Entre 1981 et 1983 sortent aussi 7 numĂ©ros de Wobbly, bulletin de lutte du “prĂ©cariat social”  ; le besoin de se doter d’un instrument de rĂ©flexion plus solide ressenti par ses rĂ©dacteurs favorisera la reprise d’un travail commun avec les survivants de Collegamenti.

La deuxiĂšme sĂ©rie — intitulĂ©e Collegamenti-Wobbly — dĂ©marre au numĂ©ro 10 [12] (automne 1983) et s’arrĂȘte au numĂ©ro 33 (printemps 1994). La numĂ©rotation progressive est maintenue, mais un changement de titre et de format (passĂ© du cahier in-ottavo Ă  l’A4) souligne l’exigence, au moins au dĂ©but, d’une approche moins thĂ©orique et plus prĂ©sente sur le terrain. Un nouveau vent d’activisme souffle sur la rĂ©daction, mais les rĂ©fĂ©rents sociaux immĂ©diats ont changĂ©  : au lieu des grandes usines qui licencient, restructurent et envoient les salariĂ©s Ă  la cassa integrazione, on voit le “prĂ©cariat social” se mettre en mouvement [13], les comitĂ©s de base de l’enseignement se constituer, la recherche d’une nouvelle opposition sociale s’amorcer dans une phase de “rĂ©formisme Ă  rebours”. En rĂ©alitĂ© cette sĂ©rie recouvre des phases intermĂ©diaires et masque de nouvelles contradictions. Les alĂ©as personnels des rĂ©dacteurs pĂšsent d’un poids parfois dĂ©terminant, Ă©tant donnĂ© le nombre de plus en plus rĂ©duit de ceux qui participent au dĂ©bat de la revue.

Commence alors une longue saison d’approfondissement, oĂč les vieilles catĂ©gories interprĂ©tatives sont remises en discussion, oĂč l’on se heurte Ă  un long reflux des mouvements, Ă  l’émergence des nouvelles technologies et Ă  une modification radicale de la structure du prolĂ©tariat, oĂč Ă©merge le dĂ©bat sur l’amnistie et sur la nĂ©cessitĂ© d’un bilan des dĂ©faites subies.

Ce sont les annĂ©es oĂč les rĂ©gimes dits “communistes” s’écroulent et oĂč “dĂ©mocratie” et capitalisme deviennent le seul horizon de la lutte de classe. La revue refuse de considĂ©rer ces conditions comme insurmontables  ; elle se confronte Ă  la rĂ©surgence des nationalismes et surtout Ă  une reprise de la lutte de classe Ă  l’initiative des patrons. Pour la premiĂšre fois, ce sont les patrons qui cherchent Ă  se dĂ©barrasser de ceux qu’ils exploitent. Automatisation, informatisation, dĂ©composition des procĂšs de travail et destruction des vieilles concentrations ouvriĂšres, dĂ©localisations et “dĂ©localisations sur place” (par importation de main-d’oeuvre et de conditions de travail du tiers monde)  : voilĂ  le nouvel horizon auquel la revue est dĂ©sormais confrontĂ©e.

Entre la fin des annĂ©es 70 et et celle des annĂ©es 80, plusieurs rĂ©dacteurs de Collegamenti collaborent Ă  une sĂ©rie d’autres revues, Ă©largissant l’horizon culturel et crĂ©ant des contacts avec des aires voisines  : Studi Operai-La Fabbrica Diffusa  [14], Metroperaio, Primo Maggio, Azimut, Autogestione, UmanitĂ  Nova (jusqu’à aujourd’hui) et bien d’autres pĂ©riodiques ouvrent leurs colonnes Ă  nos problĂ©matiques. Avec des rĂ©sultats immĂ©diats fort modestes, il faut bien le reconnaĂźtre. Mais, sur le long terme, le rĂ©seau qui connaĂźt et apprĂ©cie le travail de la revue en sort consolidĂ©.

Un Ă©lĂ©ment important, et cela depuis l’époque du bulletin milanais qui a prĂ©cĂ©dĂ© la revue, ce sont les contacts internationaux, l’attention portĂ©e aux expĂ©riences thĂ©oriques, historiques et de lutte vĂ©cues ailleurs.

Si les contacts du CCRAP avec les camarades français provenant d’ICO, de Lutte de Classe, de Socialisme ou Barbarie, de Mise au point, de Spartacus, etc., remontent Ă  la fin des annĂ©es 60 et aux premiĂšres annĂ©es 70, vers la fin de cette dĂ©cennie des liens se crĂ©ent avec les camarades allemands qui publient la Karlsruher Stadtzeitung, de Karlsruhe, d’oĂč naĂźtra par la suite un groupe Ă  caractĂšre national qui publiera la revue Wildcat. Au cours de ces mĂȘmes annĂ©es, des contacts se dĂ©veloppent avec le collectif espagnol de Etcetera, avec les Français d’Echanges et par la suite des Cahiers du doute et des Cahiers du cercle Berneri.

Une part importante de la revue est consacrĂ©e aux traductions de textes aussi bien d’analyse thĂ©orique (Mattick, Rothbart, Castoriadis, Lefort, Ebbinghaus, Roth, Saint-James, Galar, Reeve, Velasco) que portant sur les expĂ©riences et les luttes (Simon, Linebaugh et Ramirez, Fox Piven et Cloward, Processed World, Brown, etc.). Mais, au fil des annĂ©es, les contacts internationaux Ă©voluent de façon non linĂ©aire. La sĂ©rie publiĂ©e entre 1995 et 2001, notamment, marque un fort repli sur l’Italie, mettant en lumiĂšre un passage critique.

La sĂ©rie qui s’achĂšve en 1994 est probablement la plus riche sur le plan thĂ©orique, en termes d’analyse, d’expression des doutes, d’interrogations sur nous-mĂȘmes et nos catĂ©gories d’analyse et sur leur pertinence dans le cadre du conflit social. Il est vrai que l’on vit alors un bouleversement mondial qui marque une Ă©poque  : “l’empire du mal”, comme le dĂ©finit Ronald Reagan, s’écroule et le capitalisme s’impose partout comme le seul horizon social, tandis que la “dĂ©mocratie” dĂ©finit les limites du possible et du dĂ©sirable en politique. Tout le reste devient utopie, terrorisme, archaĂŻsme, et est expulsĂ© de l’horizon de la coexistence civique. Face Ă  un tel sĂ©isme, la revue cherche Ă  ne pas se laisser dĂ©stabiliser, maintient les contacts avec certains camarades suisses, français, espagnols et allemands, et continue Ă  raisonner sur les transformations en cours, sur l’émergence des nationalismes, sur le dĂ©clin du conflit social, sur le “rĂ©formisme Ă  rebours” qui s’impose dĂ©sormais Ă  la classe ouvriĂšre des pays occidentaux Ă  capitalisme “mĂ»r” [15]. Les annĂ©es oĂč se dĂ©veloppent les expĂ©riences des cobas, du COMU (comitĂ© des conducteurs de trains) et des Rappresentanze di base (RdB) voient se mettre en place les bases de ce qui, Ă  partir de 1992, deviendra la galaxie du “syndicalisme alternatif”. Le dĂ©bat de la revue se transforme alors progressivement en acceptant le nouvel horizon du possible quant aux formes et aux structures de la lutte de classe en Italie.

Au cours de ces mĂȘmes annĂ©es, un dĂ©bat intense tout autant qu’informel se dĂ©veloppe sur le caractĂšre, les finalitĂ©s et le destin de la revue. Sur plusieurs numĂ©ros la couverture graphique explose pour devenir presque luxueuse. Ce qui fait dire Ă  certains, un peu ironiquement, que, de revue d’analyse, elle se transforme en revue de photos  ; pourtant, avec la prise de distance du camarade responsable du graphisme, elle en revient Ă  une normalitĂ© plutĂŽt austĂšre voire, dans les annĂ©es suivantes, assez dĂ©cevante. Dans la seconde moitiĂ© des annĂ©es 80 avait aussi pris forme une tendance Ă  la modification du champ d’analyse traditionnel de la revue, portĂ©e par une partie de la rĂ©daction milanaise, qui semblait presque vouloir passer du registre de l’exploration de la sociĂ©tĂ© et des luttes sociales Ă  celui de l’analyse philosophique. Mais ces impulsions Ă©taient elles aussi retombĂ©es au moment oĂč les camarades qui en Ă©taient porteurs s’étaient Ă©loignĂ©s du groupe rĂ©dactionnel.

Entre 1986 et 1991 sortent — sur une initiative quasiment individuelle — 14 numĂ©ros d’un bulletin confidentiel, Collegamenti-Wobbly lettere, qui recueille des correspondances, des recensions, des notifications bibliographiques et tous ces matĂ©riaux qui ne trouvent pas place dans la revue imprimĂ©e. Celle-ci a un caractĂšre un peu “solennel”, alors que le bulletin ouvre des dĂ©bats informels et vifs, favorise les Ă©changes, fait circuler des matĂ©riaux sur les luttes, publie des traductions. En d’autres termes, alors que la revue semble avoir du mal Ă  discuter explicitement de questions qui renvoient Ă  son existence mĂȘme, le bulletin pose les problĂšmes de maniĂšre plus souple et rapide, en en permettant l’élaboration et la digestion.

La troisiĂšme sĂ©rie de la revue compte 11 numĂ©ros, quasiment tous doubles, sortis entre juin 1995 et la fin de 2001. Pour Collegamenti, c’est une pĂ©riode difficile, oĂč la lenteur de l’élaboration s’ajoute Ă  la difficultĂ© Ă  produire des textes originaux liĂ©s Ă  la situation en mouvement. La rĂ©daction est alors rĂ©duite Ă  l’os et le soutien que nous fournit la bibliothĂšque Franco Serantini de Pise, qui assume le travail d’édition, nous aide Ă  survivre dans cette traversĂ©e du dĂ©sert. L’administration d’abord, puis la rĂ©daction centrale, se transfĂ©rent Ă  GĂȘnes.

Dans cette pĂ©riode, la partie la plus active de la rĂ©daction travaille Ă  faire vivre la revue (Sindacalismo) Di Base, qui a l’ambition de rĂ©unir autour d’une mĂȘme table toutes les fractions d’origine libertaire intervenant dans les syndicats. Malheureusement, aprĂšs une douzaine de numĂ©ros sortis entre 1996 et 2000, celle-ci se trouve contrainte de fermer, du fait que seuls les camarades venus de Collegamenti et les militants actifs dans la CUB continuent Ă  l’alimenter. La fin de cette revue confirme le constat, fait Ă  maintes reprises, selon lequel les logiques d’appartenance Ă  une chapelle syndicale finissent par prendre le dessus sur l’esprit libertaire qui devrait rassembler au-delĂ  de la paroisse.

Mais Ă  tout malheur quelque chose est bon  : la crise de Di Base libĂšre des Ă©nergies qui s’investiront Ă  nouveau dans Collegamenti-Wobbly. Une nouvelle sĂ©rie dĂ©marre, la quatriĂšme, qui, de juin 2002 Ă  aujourd’hui, a produit 11 numĂ©ros. Le contexte europĂ©en s’impose dĂ©sormais comme horizon naturel de la problĂ©matique de la revue. La rĂ©daction s’élargit peu Ă  peu en intĂ©grant une gĂ©nĂ©ration de camarades plus jeunes, les vieux contacts internationaux sont revitalisĂ©s, de nouveaux collaborateurs commencent Ă  fournir des textes venus des quatre coins de la planĂšte. La naissance de La Question sociale offre un relais de l’autre cĂŽtĂ© des Alpes et ajoute une touche de systĂ©matisme Ă  l’éclectisme de la revue.




Source: Archivesautonomies.org