Janvier 17, 2018
Par Zone À Défendre
285 visites


Je me permets de vous écrire suite à l’assemblée générale de mardi soir, à laquelle j’ai participé. C’était la toute première fois que je répondais présente à une de vos réunions. Pour tout vous avouer, c’était aussi et seulement la deuxième fois que je venais sur la ZAD. Je vous ai suivi et soutenu pendant de nombreuses années et puis j’ai décidé de venir à votre rencontre en espérant qu’il ne soit pas déjà trop tard.

Je me présente, je suis Paysagiste DPLG, récemment diplômée de l’ENSAP de Bordeaux. Je travaillais jusqu’à maintenant dans un bureau d’étude d’architecture, d’urbanisme et de paysage à Nantes. Mais après avoir passé de nombreux mois à voyager, me révolter, rencontrer et partager des expériences de vies, ce quotidien à travailler dans un bureau ne me convenait pas et les projets sur lesquels je travaillais étaient très éloignés de mes convictions et de mes ambitions personnelles. Alors j’ai décidé de quitter mon travail pour prendre le temps de réfléchir, tenter de revenir à l’essentiel, me battre pour des causes qui me paraissent justes et enfin avoir le sentiment d’être utile dans cette société ou je ne trouve plus ma place.
Mardi soir à la Wardine, j’ai retrouvé cette passion, cette ferveur qui vous anime tous et que j’ai connu par le passé lors de « batailles » menées contre le gouvernement. Et cela m’avait tant manqué. Je crois que je ne m’étais pas sentie aussi bien depuis beaucoup trop longtemps…

Si je vous écris aujourd’hui c’est parce que depuis cette réunion, je ne cesse de réfléchir à ces nombreux points qui ont été abordés mardi soir et dont celui de la D281. Ce sujet m’a particulièrement touché car il cristallise les points de désaccords et parfois même de discordes entre vous. Mais je crois que cette route est bien plus qu’un simple problème à résoudre. Elle représente la lutte qui a été menée depuis de si longues années mais aussi l’avenir, l’ouverture de la ZAD au reste du territoire, le dialogue avec le gouvernement et les institutions politiques.

Et si je me suis sentie particulièrement concernée c’est aussi parce que la Paysagiste qui est en moi voit bien d’autres choses qu’une simple affaire de route.
Lors de différents projets menés dans le cadre de mes études, de mon diplôme sur l’autosuffisance alimentaire des territoires « Les Paysages à Table » ou bien diverses expériences professionnelles, j’ai été confronté personnellement aux mêmes questionnements que ceux qui ont émergés hier soir.

Mais si je peux vous donner mon avis personnel, j’ignore si cela est déjà le cas, mais je pense qu’il serait nécessaire de penser le territoire de la ZAD dans son ensemble et pas seulement à travers des cas isolés tels que la route. Il est aussi important de penser quelles interactions la ZAD peut avoir avec son environnement proche (les communes voisines par exemple). Je ne crois pas que ce soit simplement une question de « retour à la normal » ou bien de « privatisation » de la route qu’il faut traiter et débattre.

La ZAD que vous avez créée est constituée de champs, de haies, de mares, de bois, de cabanes et de maisons, mais aussi de chemins et de routes ! Bien sûr qu’à l’origine votre bataille est celle de la préservation des terres agricoles mais elle a évolué, elle est devenue bien plus que ça à présent. Vous représentez un nouveau modèle de société, vous expérimentez de nouvelles manières de vivre ensemble et réinventez la démocratie.

Lorsque je pense un projet de paysage qu’il soit agricole ou non, je le pense dans son ensemble, routes et champs, bois et rivières, relief et géologie, faunes et flores confondues. Toutes ces dynamiques naturelles et humaines sont interdépendantes les unes des autres. Ces voies de communications, telles que la D281, sont intimement liées à l’accès, entre autres, des parcelles agricoles. Alors en ce sens, elles sont indissociables de la « ZONE à DÉFENDRE ».

Cette route, comme d’autres, pourrait être ré-ouverte à la circulation mais là n’est pas la question. La question est de savoir comment et sous quelle forme ? Pour cela je crois qu’il serait nécessaire de définir ce projet ensemble. La route n’est qu’un élément du problème. Et pour le résoudre il faut mettre tous les éléments sur la table et dessiner, projeter un avenir. Cette route pourrait devenir une centralité sur la ZAD comme symbole de lutte et de révolte mais aussi comme symbole d’ouverture et d’évolution vers un nouvel avenir à construire ensemble (zaddistes, habitants et voisins, en sommes les usagers du territoire).

Comme l’exprimait « la distributrice de paroles » lors du débat, cette route pourrait devenir un espace d’expérimentations pour proposer des alternatives aux voies de communication que nous jugeons trop dangereuses, qui privilégient les transports motorisés et trop souvent soumises aux pratiques de la DDE parfois autoritaires.

Pourquoi cette route ne pourrait-elle pas devenir le trait d’union qui réconcilie la ZAD avec son territoire ? À l’image des habitations et des champs, la route pourrait être une alternative aux nouvelles voies de communication, idéale et rêvée. Imposer votre propre aménagement ou « ménagement » sur cette route ne signifie pas interdire son accès. Et cela vous décrédibilisera encore moins vis à vis des autorités si vous avez un projet défini.

Vous seuls pouvez décider de l’avenir de cette axe comme des champs d’à coté. Alors plutôt que de s’épuiser à argumenter et contre argumenter, prenez un crayon, un papier et dessinez cette nouvelle « Voie Zaddiste », continuez à rêver !
Et si cette D281 doit changer de statut (ce qu’elle à déjà fait en quelque sorte) et ne plus être simplement une départementale, c’est déjà en soi une proposition ! Et rien ne vous empêche d’ouvrir le sujet à travers des ateliers de concertation avec les habitants des communes voisines ! Moi-même originaire d’une petite commune rurale de Loire-Atlantique, je peux vous assurer que nombreux sont les habitants à désirer de véritables voies piétonnes et cyclables qui connectent les hameaux aux centre-bourgs. Pourquoi ces aménagements sont-ils seulement réservés aux habitants des grandes villes ? Pourquoi les habitants de nos campagnes utilisent si peu le vélo et privilégient l’automobile ? C’est bien parce que nos routes de campagnes sont devenues trop dangereuses pour les vélos, les piétons et les animaux.

En sommes, vous êtes et représentez pour beaucoup l’espoir, celui de revoir fleurir un jour dans nos campagnes et nos villes des initiatives engagées pour un monde meilleur, un monde qui comprends, respecte et apprivoise son environnement et ses paysages.

Pour que nous puissions tous avoir le choix de vivre autrement, de penser différemment et d’agir pour le bien de la planète et de l’humanité, battons nous encore et toujours pour que ces « Zones à Défendre » trouvent enfin la paix.

En toute admiration pour chacun de vous, de près ou de loin, qui donnez cœurs, corps et âmes dans une bataille qui nous concerne tous.

Bien à vous,




Source: