Août 4, 2021
Par Le Poing
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Les actuelles mobilisations massives contre les mesures politico-sanitaires de Macron et de son gouvernement prennent au dépourvu des pans entiers de la gauche critique, d’alternative, de rupture. Diabolisant les actuelles manifestations qui seraient hégémonisées par l’extrême droite, elle sombre dans le méchant jeu des “prophéties autoréalisatrices” pour se justifier de ses démissions politiques.

C’est peu dire que les actuelles mobilisations massives contre les mesures gouvernementales de Macron et de son gouvernement prennent au dépourvu des pans entiers de la gauche critique, d’alternative, de rupture ou comme on voudra l’appeler. En quoi, paradoxalement, elle se trouve emportée par la crise de la gauche systémique en vérifiant que, malgré ses vertueuses déclarations d’indépendance vis-à-vis de celle-ci, elle n’est pas radicalement dégagée de ses brouillages idéologiques, en particulier sur ce test implacable qu’est le rapport aux mouvements populaires occupant la rue.

On le vérifie aujourd’hui, cette gauche est en état critique de paralysie politique en partageant avec la gauche de système, et même avec Macron, une volonté de diaboliser les actuelles manifestations qui seraient, prétend-elle, hégémonisées par l’extrême droite, les conspirationnistes/complotistes et les « libertariens », autrement dit tout ce qui ferait avancer à grand pas la menace « totalitaire ». Rien que ça. Le tout en oubliant de faire de la politique par une analyse concrète et la plus précise possible, au plus près du mouvement, des rapports de force qui y sont à l’œuvre. En extériorité totale donc du mouvement et s’autorisant de cette “pureté” politique pour éviter d’en repérer son caractère foncièrement politique quoique, à ce stade, hétérogène, voire hétéroclite, contradictoire, multiforme d’un endroit à l’autre. Elle procède ainsi à l’exact opposé de ce qu’une autre gauche a décidé de faire, par son acte de présence dans la mobilisation, en devant se coltiner la fragilité, à laquelle contribue de façon irresponsable cette gauche « absentéiste-dénigrante », des conditions permettant l’émergence d’un pôle de gauche alternative en mesure de contrer in situ, à la fois, effectivement, les opportunités qui sont données par ladite gauche à l’extrême droite d’avancer ses pions mais aussi en mesure de contrer, dans le jeu de repoussoir que Macron affectionne, en vue de la présidentielle de 2022, la réduction du sens de ladite mobilisation à celui de sa fraction, à l’heure actuelle, MINORITAIRE, en la désignant obscurantiste (la raison raisonnable des Lumières étant postulée macronienne !), extrême-droitiste, conspirationniste, etc.

On saisit ici l’incroyable dynamique enchaînant contre les déchaînés du refus des mesures politico-sanitaires, liberticides et antisociales, excusez du peu, du gouvernement, la gauche-mains-blanches stratosphériquement ailleurs (mais ultra-présente dans la crucifixion des manifestant.e.s sur les réseaux sociaux) à la macronie-mains-sales de l’intox et de la répression qu’elle ne saurait tarder, juste le temps qu’elle juge avoir assez crucifié, elle aussi, les mêmes, à enclencher la répression.

En conclusion de ces lignes, on lira ci-dessous la contribution d’un militant du NPA, qui, à mon avis, restitue plus précisément que je ne peux le faire ici, les enjeux et difficultés d’une mobilisation qui, malgré toutes les différences que l’on voudra, participe aux tentatives empiriques, en cours de politisation, de couches profondes de la société, largement populaires, comme celle des « Bonnets Rouges » et celle des Gilets Jaunes, de refuser l’accentuation de la domination capitaliste/marchande dont les mesures sanitaires de Macron participent en nécessité incontestable. La tentation,  que l’on retrouve aujourd’hui, de la non-implication diabolisante dans ces mouvements avait déjà opérée à gauche, avec le corollaire prétexte occultant assez hypocritement, sur le mode “prophétie autoréalisatrice” (qui participe à créer la situation que l’on dénonce !), une difficulté insoutenable à assumer que l’on laisse la place au duo extrême droite/gouvernement …s’extrême-droitisant.

Sauf que s’est mise au travail heureusement une gauche courageuse, en combinaison avec l’action forte de la presse de contestation et d’information (comme Le Poing) et d’une bonne partie de la presse militante d’extrême gauche, en montant au front pour aller disputer, au cœur du mouvement, l’hégémonie politique à cet infâme duo. En sachant que rien n’est joué d’avance mais que, prétendre le contraire, comme fait la gauche perdue dans son labyrinthe d’impuissance, c’est acter, sans combat, une grave défaite politique et sociale du camp des opprimé.e.s et des exploité.e.s ! Et de la démocratie ! Aux militant.e.s de cette gauche de se débarrasser de leur attentisme hostile au mouvement et de se retrousser les manches en rejoignant de toute urgence ceux et celles qui s’y activent déjà pour y faire entendre l’incontournable parole anticapitaliste et émancipatrice l’immunisant contre tous les virus antipopulaires qui pourraient s’y propager.

Antoine (Montpellier)

  1. Je pense que nous devons nous garder d’appréciations trop péremptoires et définitives face à des mobilisations aux caractéristiques nouvelles, mais plutôt avancer des hypothèses sur lesquelles nous essayons de travailler, que nous confirmons ou critiquons en marchant. Les citations et les références à des mouvements sociaux même récents comme les « Bonnets Rouges » ou les « Gilets Jaunes » sont utiles, pour essayer de comprendre, elles ne dispensent pas de « l’analyse concrète d’une situation concrète ».
  2. Après les « Bonnets Rouges » et les Gilets Jaunes, aujourd’hui avec le « Pass sanitaire » nous devons désormais nous habituer, que cela nous plaise ou non, à intervenir dans des mouvements de notre classe, (ou notre « camp social »), où les organisations ouvrières traditionnelles, syndicales et politiques, sont absentes ou quasi absentes. Cette absence a une conséquence. Habitués pendant des décennies à la confrontation dans les luttes avec les appareils de puissantes organisations réformistes qui organisaient les luttes, (mais aussi les dévoyaient et les brisaient), les révolutionnaires et les anticapitalistes, trouvent désormais en face d’eux, dans ces mobilisations, non plus les bureaucrates des partis et syndicats ouvriers, mais des militants et dirigeants de forces politiques réactionnaires voire d’extrême droite, qui tentent d’y gagner l’hégémonie et de les canaliser vers leurs propres objectifs réactionnaires, leur présence ne suscitant pas une réaction de rejet massif, et certains de leurs thèmes rencontrant un écho.
  3. Si nous sommes présents dans ces mouvements, ce n’est pas pour nous y fondre, mais pour tenter d’y faire avancer une perspective pouvant lui donner un débouché conforme aux intérêts sociaux de notre classe. De ce point de vue, la question des mots d’ordre que nous avançons, non pour nous différencier à tout prix des autres, mais pour permettre au mouvement de progresser et de remporter des victoires est décisif.

      4.   Je ne pense pas que le « combat pour la liberté qui fédère tout le monde » dans les manifestations soit nécessairement un « combat social » (du moins celui de notre classe sociale). Si le mot « liberté » « fédère » c’est justement parce qu’il recouvre des contenus différents, voire contradictoires et permet toutes les confusions.

Le combat social n’est pas un combat abstrait pour « la liberté ». Il consiste souvent, au contraire, à imposer des limites et des contraintes légales à la « liberté » égoïste d’imposer le droit du plus fort, du plus riche, du bien portant, au détriment des plus faibles, des plus pauvres et des plus vulnérables, qui appartiennent à notre classe sociale. Ne manifestions nous pas, il y a peu, pour défendre les « contraintes » du code du travail ?

La « liberté » du « chacun pour soi » n’est pas la nôtre. Elle est, de plus, inopérante et inefficace, dans la lutte contre la pandémie, pour laquelle il n’existe pas de solution individuelle. La résurgence de l’épidémie, avec ses « variants » successifs, de plus en plus contagieux, démontre qu’il n’y aura de solution à la crise sanitaire qu’avec une immunité collective, permise par la vaccination à l’échelle internationale, c’est-à-dire dans une solution collective et solidaire universelle.

      5.    Que Macron et les siens exploitent la crise sanitaire pour réduire les libertés et droits démocratiques, instaurer une « société de surveillance » et de contrôle social (comme le font d’autres gouvernements capitalistes) ne fait aucun doute.

Il n’en découle pas que le combat pour en finir avec la crise sanitaire soit une question secondaire. Elle ne saurait être relativisée alors qu’elle tue des dizaines de milliers d’hommes et de femmes dans le monde, détruit la santé de dizaines de milliers d’autres et, par ces effets sociaux, accroît chômage, misère et précarité.

Il est donc essentiel de faire entendre haut et fort les revendications sur cette question (politique active de vaccination, renforcement des moyens du système de santé, levée des brevets, réquisition de l’industrie pharmaceutique), dans les manifestations, même si cela soulève parfois incompréhension ou désapprobation.

Si le mouvement social et ouvrier était plus puissant et plus offensif, son rôle serait, avec les ONG, les syndicats, les associations de quartier, les professionnels de santé militants, de promouvoir de manière indépendante une mobilisation pour combattre l’épidémie, notamment en cherchant à réaliser la vaccination de toute la population, en allant sur le terrain, dans les entreprises, les quartiers populaires, pour convaincre, aider les plus éloignés de la vaccination à y accéder, promouvoir les gestes barrières, etc.

Faute de pouvoir le faire, nous devons au moins affirmer dans les mobilisations que nous sommes aussi fermement « pro vaccination » qu’opposés au Pass sanitaire, à l’obligation vaccinale et à Macron. Nous devons nous faire accepter, avec ce profil, comme l’une des composantes du mouvement.

       6.    Nous ne dénonçons pas seulement la politique du pouvoir parce qu’elle est autoritaire, notre critique première est que les choix autoritaires aujourd’hui (le Pass sanitaire et l’obligation vaccinale) sont une entrave et non une aide à la lutte contre la pandémie.

Une véritable stratégie de santé pour combattre le Covid 19 supposerait la participation active et la mobilisation de la population. Faute d’une telle stratégie l’exécutif ne sait que manier, avec des résultats peu probants, l’alternance des « laisser faire » (pour que la production continue) et des tours de vis autoritaires (pour éviter la saturation du système hospitalier). L’obligation vaccinale ou sa version hypocrite du Pass sanitaire s’inscrivent dans cette lignée.

Rendre certains vaccins obligatoires peut sanctionner un débat public, contradictoire aboutissant à un certain consensus dans la société. Ce n’est pas le cas aujourd’hui dans le climat de défiance créé par les scandales à répétition de l’industrie pharmaceutique, la complicité des instances étatiques dans ces scandales, ainsi que dans la défiance plus générale dans la parole politique et tout particulièrement celle de l’exécutif français. Cette défiance est exploitée et amplifiée par les théories complotistes, elle n’est pas créée par elle. Elle ne peut être combattue, que par une stratégie sanitaire consistant à aller vers les moins convaincus de manière bienveillante, et à agir avec les relais sociaux les plus proches, ayant la confiance de la population, ainsi qu’a renforcer le système hospitalier public. Des choix à l’opposé d’une politique macronienne fondée sur l’injonction méprisante de « ceux qui savent » et à la marchandisation et de la privatisation de la santé.

Dans ces conditions, il me semble que nous devons rejeter toute forme de ralliement, même par défaut à l’obligation vaccinale et au Pass sanitaire.




Source: Lepoing.net