Nasreddine trouvait que son ùne lui coûtait trop cher et prit la décision de réduire réguliÚrement sa portion de fourrage.
Chaque jour il se fĂ©licitait des Ă©conomies rĂ©alisĂ©es, jusqu’au jour oĂč l’ñne, qui n’avait plus que quelques brins Ă  se mettre sous la dent et maigrissait Ă  vue d’Ɠil, mourut.
“Quel dommage, se lamenta Nasreddine, juste au moment oĂč il commençait Ă  s’habituer !”

Allons-nous laisser les sinistres idiots du nĂ©o-libĂ©ralisme si amplement (voire hĂ©gĂ©moniquement) reprĂ©sentĂ©s dans ce “nouveau” gouvernement mener jusqu’au bout l’expĂ©rience capitaliste et vĂ©rifier par eux-mĂȘme qu’à “Ă©conomiser” sur le vivant, on tue la bĂȘte ?

Les laisserons nous sans broncher retrancher chaque jour davantage de nos vies ce qui fait non seulement leur beautĂ© mais leur possibilitĂ© mĂȘme, en dĂ©vastant irrĂ©versiblement les Ă©cosystĂšmes, en asservissant les corps et les esprits, en spoliant et massacrant sans scrupule les plus vulnĂ©rables ?

Non, nous ne nous “habituerons” pas plus que ne l’a fait l’ñne de Nasreddine, parce que ce qui nous est pris, l’accĂšs au vivant dont nous dĂ©pendons, la prĂ©servation de la diversitĂ©, la libertĂ© d’expĂ©rimenter sans but lucratif, la solidaritĂ©, sont indispensable Ă  notre survie.

Mais sans rĂ©volte de notre part, si ceux qui savent raisonnablement de quoi ils ont besoin (aussi sĂ»rement que l’ñne de Nasreddine sait qu’il a besoin de manger, tous les experts du monde essaieraient-ils de lui dĂ©montrer le contraire) ne se lĂšvent pas ensemble pour mettre un terme Ă  cette folie destructrice, le plus probable est que nous nous retrouverons tous au paradis des Ăąnes pour discuter ensemble des bĂ©nĂ©fices comparatifs de la patience et de la rĂ©bellion…


Article publié le 07 Juil 2020 sur Monde-libertaire.fr