Mars 15, 2021
Par Marseille Infos Autonomes
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Ce texte a été écrit suite à la parution d’un appel à rassemblement et actions en soutien à Dimitris Koufontinas à Marseille publié le 10 mars sur MIA. Il vise à en faire une critique et à relayer autre chose de ce qu’il peut se passer la-bas.

Cet appel semble avant tout avoir une visée informative et militante : dire ici ce qui se passe ailleurs dans le but de visibiliser une situation répressive et tenter de d’y opposer ici. Jusque là, pourquoi pas. Or, le problème est que derrière cette énumération de faits prétendument objectifs, s’écrit un récit politique subjectif avec ses intérêts, sa vision du monde et ses omissions.

Les luttes en Grèce faisant déjà l’objet en fRance d’une certaine mythification/exotisation, ainsi que du récit hégémonique de Yannis Youlontas [1], il m’a semblé important de relayer autre chose de ce qu’il peut se passer actuellement la-bas.

Pour faire de D. Koufontinas « un symbole de l’acharnement du gouvernement conservateur grec », les activistes de Marseille (comme de Grèce d’ailleurs) ont du mentir par omission, ou bien insister sur le côté martyr en devenir plutôt que sur sa vie et ce qui l’a poussé à lutter :

Dimitris Koufontinas est en prison depuis 2002, condamné pour son appartenance à l’organisation révolutionnaire 17 Novembre, désormais démantelée, et les actions que celle-ci a mené.

Des actions qui se sont étalées sur plus de 27 ans avec des braquages, des homicides d’hommes de pouvoir (keufs, militaires, industriel, politicien, consul, éditeur de journaux d’extrême droite etc.) ainsi que des attaques à la bombe et à la roquette contre l’État grec, des entreprises etc.

L’homicide le plus significatif, par rapport au présent, a été celui du député de Néa Dimokratía Pavlos Bakoyannis, en septembre 1989. Il s’agissait du père de Kostas Bakoyannis, actuel maire d’Athènes, et mari de Dora Bakoyannis, née Mitsotakis, sœur de l’actuel Premier Ministre Kyrias Mitsotakis (elle a été elle aussi maire l’Athènes, ministre de la Culture et ministre des Affaires étrangers – elle et Kyrias sont les enfants de Konstantinos Mitsotakis, leader de Néa Dimokratía et Premier ministre de 1990 à 1993).

Koufontinas n’a jamais signé de déclaration de repentance pas plus qu’il n’a renié la lutte armée comme instrument d’émancipation. Le choix de l’État de l’assassiner apparaît alors comme une logique vengeance contre ce qu’il est et plus directement de l’homicide de Pavlos Bakoyannis [2].

C’est avec tout cela en tête que de nombreuses individualités, cellules, groupes anarchistes/solidaires/révolté.es ont attaqué des représentant.es, des voitures, des structures de l’État et du capitalisme ces derniers mois en Grèce et ailleurs en solidarité avec D. Koufontinas.

Ces attaques (voir plus bas), pour la plupart incendiaire, sont passées sous silence dans l’appel marseillais.

Cela pourrait paraître anodin mais ça ne l’est pas. Derrière ces oublis, il y a bel et bien des manières de voir le monde et de s’y opposer divergentes :

L’une voudrait « réveiller » « les instance européennes et françaises » quand l’autre voudrait les détruire.

L’une se complaît dans les mobilisation massives [3], le nombre, la légitimité qu’offre le soutien d’avocats [4], de juges et de médecins quand l’autre n’attend rien de la société, privilégie la qualité à la quantité.

L’une dénonce « la dérive fasciste en Grèce » quand l’autre ne veut pas plus de la démocratie que du fascisme, de Syriza que de Néa Dimokratía.

L’une pointe des cibles quand l’autre les attaque.

Alors que la société technologique resserre son emprise un peu plus chaque jour à coup de 4/5G, de fibre optique, de drones et de reconnaissance faciale, cette attaque contre la « mémoire de la lutte armée » vise à effacer le souvenir de la menace qu’a pu/peut représenter la violence pour tous les systèmes de pouvoir la bas comme ici.

En élargissant brièvement, on pourrait aussi dire :

  • Que toute personne enfermée est politique puisque cette société est une vaste prison.
  • Que les martyrs, les symboles, les mythes sont autant de barreaux à « nos » fenêtres.
  • Que le 17N, aussi réjouissante soient les actions qu’elle est pu mener, était une organisation autoritaire marxiste.

Lise non exhaustive d’attaques revendiquées [5] sur les territoire contrôlés respectivement par les États grec, allemand, français et indonésien en solidarité avec Dimitris Koufontinas.

gRECE

  • 28 janvier, Athènes : attaque avec de la peinture et des marteaux d’Euronet (société américaine).
  • 30 janvier, Thessalonique : incendie de 2 camionnettes d’une entreprise postale privée et de la façade d’une entreprise de sécurité.
  • Fin janvier , Athènes : attaques incendiaires contre la Fondation pour la recherche économique et industrielle (IOBE), le 3° bureau des Finances publiques,, la maison du secrétaire général de la Coordination des projets de gouvernement du parti Néa Dimokratía et un véhicule de police.
  • 2 février, Athènes : dégradation de 3 banques.
  • 5 février , Athènes : dispositif incendiaire placé dans l’une des entrées du Palais de justice d’Evelpidon.
  • 13 février, Athènes : attaques incendiaires chez le lieutenant général de la police grecque, à la retraite, Christos Kontaridis et chez le général de brigade de la police grecque.
  • 20 février , Thessalonique : dispositif incendiaire placé sur un véhicule du corps diplomatique, appartenant au consulat français.
  • 24 février, Athènes : camionette de la poste incendiée.
  • 25 février, Eleusis : 2 dab (distributeur automatique de billets) et le bâtiment des services de la municipalité cassés, de la peinture jetée sur l’entrée des bureaux du parti Néa Dimokratía.
  • 26 février, Athènes : dégradation de 3 banques.
  • 28 février, Thessalonique : barrage incendiaire faible puissance contre la maison du président de l’Association des fonctionnaires de police de Thessalonique.
  • 1er mars, Thessalonique : engin explosif dans une banque qui n’a pas explosé et incendie d’un véhicule appartenant au coursier grec-américain Jd’s, une filiale d’UPS,
  • 2 mars, Thessalonique : barrage incendiaire à faible puissance contre le domicile de l’ancien président de la Cour d’appel.
  • 3 mars, Moscháto : attaque incendiaire contre l’hôtel de ville.
  • 3 mars, Thessalonique : barrage inciendaire à faible intensité contre la maison d’une politicienne de Néa Dimokratía.
  • 3 mars, Athènes : incendie du dab d’une banque.
  • 7 mars, Athènes : 5 dab de banques détruits.
  • 8 mars,Patras : attaque au molotov contre « deux motos de flics qui passaient par là ».
  • 8 mars, Athènes : attaque d’une école de police avec des pierres et de la peinture.
  • 11 mars, Athènes : incendie du dab d’une banque.

aLLEMAGNE

  • 18 février, Berlin : incendie d’un camion de Hertz, fournisseur de la police grec.
  • 24 février, Berlin : incendie d’une voiture de la société allemande ThyssenKrupp, fournisseur d’un pilier fondamental de l’effort nationaliste grecque : sa flotte des sous-marins.
  • 25 février, Berlin : incendie d’un camion de Hertz.
  • 25 février, Berlin : destruction des vitres et des pneus d’une camionnette de Siemens-Bosch,

    entreprise connue pour équiper les militaires turcs et grecs, ainsi que pour sa collaboration avec les prisons allemandes et son implication dans de nombreux scandales économiques en Grèce, dans lesquels la famille de l’actuel Premier ministre est également fortement impliquée.
  • 26 février, Hambourg : vitres du Consulat général de Grèce brisées, un tag expliquant la raison de la visite.

fRANCE

  • 28 février, Montreuil : incendie d’une camionnette du constructeur de taules Eiffage.

    9 mars, Lille : camionnette Hertz vandalisé avec ces tags : « COLLABOS / NIQUE LA POLICE GRECQUE ».

iNDONESIE

  • 25 février, Palembang : Attaque au cocktail Molotov contre un poste de police.



Source: Mars-infos.org