Décembre 21, 2021
Par Mondialisme.org
344 visites

Ce texte inaugure une série d’articles qui essaieront d’analyser comment certains auteurs de la gauche et de l’extrême gauche francophones, se réclamant presque tous du marxisme, ont abordé ce qui était pour eux, plutôt un « problème » (pour les non-Juifs) qu’une « question juive » qui tarauderait les Juifs1. Nous essaierons de montrer à quel point les écrits de ces auteurs handicapent aujourd’hui les militants de gauche et d’extrême gauche dans les combats actuels contre l’antisémitisme et favorisent souvent, quelles qu’aient été (ou soient) leurs bonnes intentions, les stéréotypes de l’antisémitisme de gauche.

Fondamentalement aucun de ces auteurs (à part Abraham Léon qui écrivit dans des conditions terribles et absolument défavorables à toute recherche, dans la clandestinité, sous l’Occupation allemande, en Belgique), n’a rédigé de texte décrivant la longue histoire des Juifs, la non moins longue histoire de l’antisémitisme et de la prétendue « question juive ».

Aucun d’entre eux ne s’est appuyé sur les formidables progrès de la recherche historique depuis 1945 et peu d’entre eux, dans l’espace francophone, ont étudié en détail l’histoire intellectuelle juive (Michael Löwy et Enzo Traverso étant les deux seules exceptions à ma connaissance, mais il est peu probable que leurs écrits pointus sur ce sujet intéressent les militants). Leurs hypothèses et/ou leurs postulats ont été lourdement influencés par leur volonté de justifier à tout prix les affirmations péremptoires de Marx dans un gros article sur La Question juive écrit en 1843, texte philosophique ne reposant sur aucune « analyse concrète de la situation concrète » des Juifs à son époque mais sur des stéréotypes judéophobes, destinés à avoir une très longue postérité à gauche. La « question juive » n’a pratiquement jamais été étudiée par des historiens marxistes en s’appuyant sur une méthode matérialiste, mais toujours sous l’angle de l’idéologie et de la fidélité absolue à un texte écrit il y a 179 ans.

La plupart des penseurs marxistes ou de gauche, quand leurs ancêtres voire leurs parents étaient juifs ou considérés comme tels, ont toujours trouvé leur judéité absolument secondaire voire sans aucune signification. Ils ont donc laissé la réflexion et la recherche entre les mains d’historiens beaucoup plus modérés, voire carrément réactionnaires, qui ont alimenté la mythologie du sionisme, contribué à l’essor de conceptions « judéocentriques » (y compris chez des Juifs non religieux), ou en tout cas renforcé la conviction que l’antisémitisme a été, est, et sera toujours un fléau contre lequel les Juifs sont relativement impuissants, même s’ils ont créé leur propre Etat pour empêcher un nouveau judéocide – et en expulsant, ou en incitant à l’exode, des centaines de milliers de Palestiniens.

PDF - 156.5 ko





Source: Mondialisme.org