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Suite Ă  l’article diffusĂ© dans le CA 316 de janvier faisant Ă©tat de l’épineuse question des difficultĂ©s de logement et de la prolifĂ©ration des rĂ©sidences secondaires au PAYS BASQUE [3], nous abordons ce problĂšme en Bretagne : « l’Accaparement des richesses n’est pas quelque chose de naturel, c’est un choix politique Â» [4]

EXPLOITATION D’ÉTAT .

On peut poser comme base du problĂšme que la France, pays progressiste porteur de valeurs humaines et universelles se targuent de respect des droits de l’Homme, n’est toujours pas capable d’assurer un droit au logement alors que celui-ci devrait la premiĂšre de nos exigences et apparaĂźt dans le prĂ©ambule de notre Constitution. Pour habiter un territoire, il faut avant tout un toit ! En thĂ©orie la loi garantit un : « droit au logement opposable Â», il est donc possible de saisir le tribunal administratif si les pouvoirs publics ne vous trouvent pas de logement dans un dĂ©lai acceptable ou si le votre est indigne.

Pas de chance celle-ci entre en contradiction depuis les annĂ©es soixante avec le projet de la DATAR[DĂ©lĂ©gation Ă  l’amĂ©nagement du territoire et Ă  l’action rĂ©gionale, organisme crĂ©e en 1963 remplacĂ© en 2014 par la CGET, Commissariat gĂ©nĂ©ral Ă  l’égalitĂ© des territoires] de faire de la Bretagne la principale usine agro-alimentaire de France mais Ă©galement un haut-lieu touristique ! Cette spĂ©cialisation des territoires est dĂ©cidĂ©e au sommet de l’État sans aucune connaissance ni surtout de respect pour les habitants . Un objectifs pour ces Ă©lites : sĂ©parer les espaces productifs des espaces rĂ©crĂ©atifs. Le but Ă©tant de consommer des paysages donc des pays comme on consommerait n’importe quel autre bien Ă  partir du moment oĂč l’on en a les moyens.

Vue sur les volets fermĂ©s Ă  l’entrĂ©e du port de Poulgoazeg (commune de Plouhinec, 29) en 2022

LA BRETAGNE EST UNE MARCHANDISE ?

La notion de paysage ( dont la racine est : « pays Â») introduite ici n’est pas anodine, elle fait partie intĂ©grante du problĂšme. La question des logements et notamment de la prolifĂ©ration des rĂ©sidences secondaires recoupent un tas de problĂ©matique grave : le travail, les trajets pour s’y rendre : trajets pendulaires ; la fermeture des Ă©coles, la pollution, les transports en commun la dĂ©perdition des terres agricoles, la sĂ©grĂ©gation sociale…D’ailleurs, l’article de Kristine [3] pour le pays basque Ă©tait Ă©difiant au niveau des chiffres et de ces consĂ©quences, montrent que la Bretagne n’est pas une exception.

A prĂ©sent, faisons un tour d’horizon en Bretagne. En 2017, malgrĂ© quelques diffĂ©rences entre nos dĂ©partements, il n’en reste pas moins que nous en sommes Ă  : 13,7% de rĂ©sidences secondaires en FinistĂšre, 7% pour l’Ile et Vilaine, 17% pour les CĂŽtes d’Armor, 18% le Morbihan. Sachant que ces donnĂ©es ont profondĂ©ment Ă©voluĂ©es depuis le dĂ©but de la pandĂ©mie de Covid-19 : les prix de l’immobilier se sont envolĂ©s de plus de 2,8% entre Mars et Juin 2020 ! Un record ! C’est dans le pays de Vannes oĂč l’on constate les plus graves dĂ©rapages : dans certaines communes du Golfe du Morbihan les habitants Ă  l’annĂ©e sont ultra-minoritaires : Ă  Carnac on compte 71,4% de rĂ©sidences secondaires, 59% Ă  Locmariaquer, 73,2% Ă  l’üle aux Moines, 79,7% Ă  Arzon. En Ile et Vilaine, plus on se rapproche de l’estuaire de la Vilaine plus on tourne autour des 70% ! Dans les CĂŽtes d’Armor : St-Quai Portrieux, FrĂ©hel, PlĂ©neuf-Val-AndrĂ©, St-Malo, Cancale, Paimpol, on flirte avec les 60%. Dans le FinistĂšre, oĂč le phĂ©nomĂšne est plus rĂ©cent car il dĂ©marre dans les annĂ©es 2010, on atteint depuis l’étĂ© dernier des taux alarmants de rĂ©sidences secondaires : Audierne 41,2%, Primelin 44,3%, Pont-Croix (1417 habitants) 27%, Douarnenez 22%, sans parler des Ăźles : Sein (243 habitants) est Ă  60,7%.

ZONES DE TENSIONS .

Bref, nous pouvons clairement parler de zones de tensions [5], statut qui existe sur le plan juridique mais qui ne peut ĂȘtre appliquĂ© que par le maire de la commune. C’est Ă  dire que cette dĂ©cision revient Ă  une seule personne de maniĂšre essentiellement verticale, uniquement basĂ© sur un bon vouloir.

Quelles solutions ? La surtaxation des rĂ©sidences secondaires ? Le plafonnement des rĂ©sidences secondaires ? L’application d’un statut de rĂ©sident ? Par exemple, La Suisse a optĂ© par rĂ©fĂ©rendum en 2012 pour un plafonnement maximum du taux de rĂ©sidences secondaires par commune.

La difficultĂ© principale sur notre territoire c’est l’ñge : Le FinistĂšre et par extension la cĂŽte Bretonne sont occupĂ©s majoritairement par des retraitĂ©s bien installĂ©s pour lesquels il n’est plus question de crĂ©dit ni de problĂšme de transport pour le travail, l’école etc…. Une catĂ©gorie difficilement mobilisable pour enrayer le phĂ©nomĂšne. Comme beaucoup d’autres « pays Â» de France ou d’Europe : Pays Basque, GrĂšce, Espagne, Portugal, Italie… ne peut-on pas redouter la crĂ©ation de rĂ©serve Ă  l’ Indienne ?

Doit-ont envisager une prochaine chasse des locaux ? Jusqu’oĂč la bourgeoisie va-t-elle s’octroyer le droit d’acheter des territoires en toute impunitĂ© sans se soucier des consĂ©quences sur la transformation des modes de vie, des paysages.. A Pont-Croix, le financement de la totale rĂ©novation d’un bĂątiment suite Ă  un incendie qui l’avait entiĂšrement ravagĂ©, Le Petit SĂ©minaire, bĂątiment public et communal, a Ă©tĂ© financĂ© grĂące Ă  l’argent public : donc directement sur le dos des PontĂ©cruciens mais l’exploitation immobiliĂšre de ce lieu a Ă©tĂ© confiĂ© (sans aucune concertation municipale) Ă  un investisseur privĂ©, qui pratique des loyers indĂ©cents ! Le loyer moyen encaissĂ© pour un appartement ( autour de 60m2) en ces lieux est de 700,00 euros ! Quel jeune qui gagne un smic peut-il louer et vivre dignement dans ces conditions ? Quelles perspectives pour les primo-installants qui veulent VIVRE sur le territoire ?

Zones sous tensions dans le FinistĂšre

DES MOYENS , DES ACTIONS .

Loin d’ĂȘtre dĂ©sespĂ©rĂ©, c’est un sujet dont on parle ici . Il n’est pas question d’omerta, l’inquiĂ©tude et la susceptibilitĂ© locale se sont rĂ©veillĂ©es. Hasard du calendrier en octobre 2021 est sorti l’ouvrage de Jean Moallic, Gilles Simon et Fanch Le HĂ©naff : Plogoff une lutte au bout du monde, qui revient sur la lutte des habitants de Plogoff contre un projet d’installation d’une centrale nuclĂ©aire Ă  la Pointe du Raz (FinistĂšre) et qui donne une touche d’optimisme dans les moyens de la lutte [6]. D’ailleurs la campagne politique locale clairement menĂ©e et pleinement assumĂ©e par l’UDB [7] prouve que la dynamique est lancĂ©e et que la question est prĂ©gnante.

De lĂ  Ă  soulever des torrents de manifestants plusieurs Ă©tapes de la lutte restent Ă  franchir. Le combat n’est pourtant pas nouveau, il remonte aux annĂ©es soixante qui ont fait de la Bretagne une terre d’agriculture intensive, connaissant aujourd’hui les consĂ©quences d’une telle politique : transformation radicale des paysages, pollution systĂ©matique et profonde des terres et des cours d’eau, algues vertes en constante prolifĂ©ration sur nos plages, fermeture sanitaire des plages et maintenant afflux de touristes. Sur une nature qui souffre et peine beaucoup Ă  digĂ©rer la merde des Ă©levages et des marĂ©es noires c’est le capitalisme qui est une marĂ©e de merde. AprĂšs la merde des cochons, la merde des touristes.

BATMAN et RIBINE

Quelques propositions de slogans et autres coquetteries en libre accĂšs



Source: Oclibertaire.lautre.net