À peine j’ouvre les yeux de Leyla Bouzid est un premier film qui se situe à Tunis, durant l’été 2010. La famille Ben Ali règne alors en maître sur la Tunisie à force de corruption, d’oppression et de brutalités policières.
Été 2010… Deux ans auparavant, la répression des travailleurs de la région minière de Gafsa a été terrible — le film évoque leurs conditions de travail —, et cet été-là précède de six mois la mort d’un jeune homme, Mohamed Bouazizi, qui s’immolera par le feu.

Une jeune génération s’éveille, prête à la révolte face à celle, oubliée, de la génération de leurs parents. Issue de la classe moyenne, la jeune Farah doit entrer à l’université et chante des poèmes contestataires dans un groupe de rock. Pas question pour elle de vivre dans la crainte et la résignation, de subir un régime autoritaire et d’accepter la censure de ses chansons. Farah se rebelle, brave les interdits, revendique une autonomie, ses choix de vie, le droit d’aimer, de s’exprimer…

Le groupe, comme les chansons ont été créées pour le film, dont le titre est tiré de l’un des textes interprétés par Baya Madhafar, jeune comédienne qui incarne avec conviction Farah, une jeune femme qui se bat pour ses droits :

À peine j’ouvre les yeux
je vois les gens privés de travail, de bouffe,
et d’une vie hors de leur quartier.
Méprisés, dépités, dans la merde jusqu’au cou,
ils respirent par leurs semelles.
À peine j’ouvre les yeux,
je vois des gens qui s’exilent,
traversant l’immensité de la mer, en pèlerinage vers la mort.

Le film de Leyla Bouzid, À peine j’ouvre les yeux, a reçu le prix du public au Festival de Venise 2015, est sur les écrans depuis le 23 décembre 2015 et fait partie de la sélection du 11e Panorama des cinémas du Maghreb et du Moyen-Orient jusqu’au 17 avril 2016.