Juin 27, 2019
Par Le Poing
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Article initialement publié début avril 2019 dans le numéro-papier 33 du Poing.

Difficile de la
manquer, avec ses cheveux orange cru. Difficile de manquer Patricia
aux rassemblements hebdomadaires des gilets jaunes à Montpellier,
dont elle n’a loupé que les deux premiers : « Et comme je suis
quasi seule à y représenter ma cause, me voici prise au piège ;
pas question de renoncer maintenant »
. Beaucoup d’entrain
émane de cette combattante, que le lourd handicap de sa gestuelle
décoordonnée, devrait rendre « fragile » façon Macron.

En lieu de quoi,
elle a capté les gilets jaunes comme « le mouvement qu’[elle]
attendait de toute sa vie, en tant qu’handicapée citoyenne »
.
Son invalidité est de naissance, « et c’est une chance car je
me suis construite avec, sans avoir à faire le deuil d’une
situation antérieure »
. Mariée, mère de famille, Patricia
n’en a pas oublié pour autant des années de jeunesse claquemurée
en centre spécialisé (« alors que j’étais fêtarde ; et le
suis restée »
) et son terrible complexe initial pour s’exprimer
(son élocution est difficile à suivre pour un interlocuteur qui ne
prêterait pas attention).

Gilet jaune,
Patricia l’est en tant qu’handicapée. La liste est sans fin, de
ses revendications spécifiques. Par exemple, tellement symbolique :
le fait que l’allocation perçue soit calculée en fonction de la
situation maritale.

Assignation.
Infantilisation. Dépendance. L’allocation est-elle un droit
rattaché à un état ? Ou la sanction d’un contrôle sur les modes
de vie choisis ? C’est cela qu’elle porte en place publique,
soigneusement écrit sur un panneau à l’arrière de son fauteuil :
« dans les associations spécialisées, dont je respecte le
travail, le fait est qu’on tourne en rond entre nous. Je n’y
trouve pas l’ouverture dont j’ai besoin »
.

Gilet jaune,
Patricia l’est aussi globalement : « le grand point commun est
la difficulté à vivre. Je vois bien à travers mon mari, qui vient
de faire un mois de grève à la poste Rondelet »
. Un peu
d’organisation, une infirmière très amicale, et hop, Patricia
prend le bus pour Montpellier, laissant derrière elle les amis de
son village, qui ne la comprennent plus trop, mais tant pis («
ils vivent dans leur bulle, ne se rendent pas bien compte »
).

Souvent en tête de
cortège (« c’est finalement plus sûr d’être mieux vue »),
parfois attentivement entourée par d’autres manifestants, Patricia
s’est adaptée aux nouvelles formes du combat. « Je sens à peu
près l’heure où il convient quand même que je me retire »
.
Mais bon, quand elle est venue avec quelques compagnons sur
roulettes, ils l’ont laissée dare-dare, vite effarouchés.




Source: Lepoing.net