Crédit photo : Nathanael Dahan

Dans un courrier du 24 janvier 2020, Philippe Saurel, maire de Montpellier, a demandé au préfet de l’Hérault jacques Witkowski de prendre un arrêté préfectoral visant à interdire une fois de plus le Karnaval des gueux.
Dans un arrêté municipal du 11 janvier 2020, le maire a déjà acté l’interdiction pour la deuxième année consécutive de cette traditionnelle fête populaire et subversive par nature, avec l’idée de protéger les commerçants et habitants du centre ville, « victimes de ce rassemblement » selon ses mots. Pourtant l’an dernier, Karnaval avait bel et bien eu lieu, même si les festivités ont vite été perturbées par la police. Qu’en sera t’il cette année ?

Un centre ville verrouillé aux gueux

Doit-on s’attendre, comme l’an dernier, à croiser des policiers sur-armés à chaque intersection menant au centre ville le soir du 25 février ? C’est bien ce que l’on pourrait penser à la lecture de l’arrêté municipal pris par Philippe Saurel.
Outre les nombreuses interdictions prononcées (interdiction de rassemblement non-autorisé, de vente d’alcool, de transport de récipients en verre, de caddie, de pétards, feux d’artifices et autres matières inflammables), c’est le périmètre de celles-ci , dévoilé hier dans Le Mouvement, qui pourrait compromettre la fête :

« Secteur Grand Centre : « Ecusson – Plan Cabanes – Gare » : Rue du Pont de Lattes – Avenue Henri Frenay – Passage de l’Horloge – Allée Jules Milhau – Avenue Frédéric Mistral – Allée de la Citadelle – Place du Onze Novembre – Rue du Faubourg de Nîmes – Boulevard Louis Blanc – Boulevard Pasteur – Rue Auguste Broussonnet – Rue de la Sauzede – Rue du Faubourg Saint Jaumes – Rue Gerhardt – Rue Doria – Rue Saint Louis – Place Leroy Beaulieu – Cours Gambetta – Rue du Faubourg de la Saunerie – Place Saint Denis – Rue du Grand St Jean – Place de Strasbourg – Boulevard de Strasbourg – Place Carnot. »

Bref, Philippe Saurel affiche une volonté manifeste d’interdire les « gueux » d’accéder au centre ville, comme le voudrait pourtant cette vieille tradition populaire, de plus en plus menacée par le tournant sécuritaire emprunté par le pouvoir.

Le Karnaval, fête populaire durement réprimée

Le Karnaval des gueux, c’est « une vieille coutume parfaitement inorganisée à la gloire des culottes sales, des haleines fortes, des sales mômes et autres partisans de la méchanceté gratuite sans complaisance. » écrivait-on il y a quelques années dans notre petit historique du Karnaval.

Si les premières traces de cette coutume remontent au Moyen-Age (où riches et pauvres inversaient les rôles sociaux), il faudra attendre les années 80 pour voir un esprit subversif et contestataire resurgir à nouveau dans les rues du Clapas, sur fond de tambours, de grailles catalanes et autres batucadas.
Les riches étant sans doute moins enclins qu’avant à échanger de rôle, même sur un cours laps de temps, cette fête a été de plus en plus réprimée au fil du temps, et ce depuis 2004, édition particulièrement houleuse.
Pendant l’édition de 2017, la police a gazé le cortège dès 21h30 et deux personnes ont purgé une peine de prison pour des tags. En 2018, la police a gazé gratuitement les clients d’un bar, et a blessé plusieurs personnes, dont quelqu’un qui s’est retrouvé avec un trou dans la jambe à cause d’un projectile des forces de l’ordre.
L’an dernier, le centre ville était entièrement bouclé et les fêtards se sont fait nasser place Carnot après une course poursuite dans le quartier Antigone.

Mais pourtant, cette année encore, les karnavaliers semblent déterminés à faire vivre cette tradition malgré la répression. Le rendez vous est donc donné le 25 février au soir, avec -et ça ne sera pas de trop – un déguisement qui n’empêche pas de courir….


Article publié le 12 Fév 2020 sur Lepoing.net