En cette
belle et froide journée du 11 novembre, les Montpelliéraines et les
Montpelliérains pouvaient espérer profiter tranquillement d’un jour férié
commémorant l’armistice signé à la fin d’une guerre inter-impérialiste absurde,
dans laquelle près de dix millions de vies humaines auront été perdues. Mais
c’est aussi ce lundi qu’un groupuscule d’extrême droite avait choisi d’occuper
la place du Marché aux Fleurs pour y répandre ses idées.

Insécurité-terrorisme-émeutes-violences
et compagnie

Pas
moins de seize intervenants publics étaient invités, dont les représentants de
cinq organisations d’extrême droite. On trouvait parmi ces derniers les
catholiques intégristes de Civitas, qui auront sans doute eu d’intéressantes
discussions avec les néo-païens présents. Mais également la Dissidence
française, organisation se revendiquant ouvertement du fascisme. Ou encore
l’Action française, un mouvement monarchiste fondé en 1899 connu pour le
soutien de ses dirigeants au régime collaborationniste de Pétain. Plus
surprenant, on pouvait noter le nom de François Jay. Cet élu d’extrême-droite
au conseil municipal bordelais est également un magnat de l’immobilier… et un
« marchand de sommeil » pour prolétaires précaires. Voilà pour
l’opposition au « système ».

Tous les
éléments étaient donc réunis pour une grande manifestation identitaire. L’appel
initial visait d’ailleurs large, citant pêle-mêle l’insécurité, les émeutes
(comprendre : les gilets jaunes), ou le terrorisme islamique. Un
fourre-tout anxiogène et incohérent copiant finalement les positions d’Emmanuel
Macron ou de Christophe Castaner. L’obsession sécuritaire martelée dans cet
appel ne manque pas de sel lorsque l’on se rappelle que le porte-parole de la
Ligue du Midi, Olivier Roudier, a été condamné pour saccage, coups de couteau,
saluts nazis, etc (lire cette
enquête
).

L’éternel et
douloureux retour au réel

La
réalité fut moins indulgente que le monde virtuel pour les fascistes locaux. C’est
tout au plus une cinquantaine de personnes qui se rassemblèrent péniblement.
Les membres des organisations présentes et les speakers prévus étant arrivés en
avance, l’échec de la mobilisation était encore plus patent. Un bide total
malgré des semaines de préparation et la quinzaine d’intervenants nationaux
prévus.

Le raté
est perceptible dans d’autres signes. Alors que la famille Roudier avait tenté
de s’infiltrer dans le mouvement des gilets jaunes, c’est l’appel à la
contre-manifestation antifasciste qui fut lancé au micro de l’acte 52, samedi
dernier. Un camouflet total. Et répercuté jusque sur des groupes facebook
pourtant peu susceptibles de sympathies anarchistes – « Montpellier
Politique » pour ne pas le citer –, où se multipliaient les commentaires horrifiés
dénonçant le rassemblement fasciste.

Fake news à la
sauce identitaire

Quant au compte-rendu que le blog « Lengadoc Info », affilié à la Ligue du Midi, fait de la manifestation, il est à l’avenant. La mythomanie y concurrence le ridicule. Petit exercice de fact-checking :
– « L’échec » des antifascistes à « empêcher » le rassemblement identitaire, place du Marché aux Fleurs, est une pure invention. Le rassemblement antifasciste était annoncé sur la place des Martyrs de la Résistance, face à la Préfecture. Dont acte. Un lieu plus passant, et plus visible.
– La persécution policière dont se plaint la Ligue touche au comique. Les photos du rassemblement montrent bien que les policiers mettent la pression sur les antifascistes, protégeant un groupe de fasciste qui semblait bien inquiet lorsque les premiers manifestants commencèrent à affluer vers 14h. Alors que des membres de la brigade anticriminalité se mélangeaient au « service d’ordre » d’extrême droite, les CRS se déployaient pour faire reculer les deux cents antifascistes, qui ne lâchèrent pourtant pas le terrain durant trois heures.
– Cerise sur le gâteau, la mention d’une banderole « piquée » aux antifascistes fait sourire : il s’agissait d’une bâche gilets jaunes chipée par la police lors d’une… manifestation de gilets jaunes. Chacun pourra réfléchir à la manière dont celle-ci a ensuite atterri dans les mains des militants identitaires. Ceux-ci aiment affabuler, alors que la réalité n’est pas aussi avantageuse que leurs blogs. Ainsi, un drapeau syndical récemment volé par leurs militants fut rapidement et honteusement restitué (avec des excuses !) suite à quelques rencontres fortuites avec les « antifas ». On a les victoires que l’on mérite.

Bons baisers du
Clapas

Il faut
dire que confronté à des contre-manifestants quatre fois plus nombreux, le
rassemblement de la Ligue faisait peine à voir. En plus du froid et de
l’hostilité marquée des riveraines et riverains, les identitaires durent subir
la logorrhée verbale interminable des nombreux intervenants au charisme
discutable. Ni les drapeaux distribués à la poignée de manifestants, ni les
fumigènes, ni la sono massacrant la Marseillaise ne purent masquer l’échec
d’une manifestation hors-sol rejetée par une population montpelliéraine
hostile. Richard Roudier, chef de la Ligue du Midi et papa du porte-parole
Olivier, en fut réduit à tenter péniblement de lancer au micro une parodie de
slogan anarchiste : « tout le monde déteste les antifas »…
Moment malaise.

Une fois de plus, les faits sont têtus : aucun
artifice ni mensonge n’aura pu couvrir le raté monumental de la mobilisation
des fascistes. Réduits à se satisfaire d’un monologue stérile imitant le
discours du pouvoir, parqués sur une place déserte, en butte à une ville
rejetant clairement leurs idées, voilà leurs illusions douchées. Le succès et
la bonne tenue d’un rassemblement antifasciste organisé en seulement une
semaine sur des bases pourtant modestes n’en sont que plus marquants, et
augurent du meilleur pour la suite.


Article publié le 13 Nov 2019 sur Lepoing.net