Septembre 26, 2021
Par Le Poing
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Toujours aussi massive et rayonnante d’exubérance, la “Pride” se montre toujours aussi facile à récupérer par le pouvoir montpelliérain en place. Des activistes s’obstinent à le dénoncer.

Environ dix mille personnes ont pris part à la Marche des fiertés ce samedi 27 septembre à Montpellier. Ce rendez-vous n’a donc pas du tout souffert de son déplacement de date, après sa suspension, pour cause de COVID. Du reste, année après année, il n’y a rien qui ressemble plus à une “Pride” qu’une autre “Pride”, grand rituel festif contemporain auquel adhère fortement une ville qui n’a aucune référence traditionnelle (genre feria) à quoi se raccrocher.

On aura remarqué cette année une foule toujours aussi juvénile, cela dans des proportions écrasantes. Foule exubérante, colorée, joyeuse, dansante, où on sent la vague infuante des nouvelles postures queer. Cela se traduit par une diversification des bannières (l’arc-en-ciel doit composer avec des nuances chromatiques encore plus multiples. Egalement des codes vestimentaires et corporels refusant le binaire. Toutefois, il est à craindre que ces jeux de codes se tiennent fort timidement éloignés d’un engagement politique : on aura remarqué cent fois plus de têtes à mèches colorées que de participant·es au segment du cortège s’annonçant “Queer – Déter – Révolutionnaire !”

Du reste, la direction de cette marche, donne-t-elle un modèle d’action politique follement enviable ? Il y avait bien un thème donné à la Marche cette année : “Nos fiertés sont sans frontières”. Au Pays de Zemmour, Valls, Le Pen et Darmanin, c’est plutôt stimulant. Et cela valut la présence, dans les discours inauguraux, d’une très belle personne comme invitée d’honneur : Alice Nkom, Camerounaise, chaleureuse et rayonnante de détermination, luttant pour les droits des gays dans son pays, où ceux-ci encourent des peines de prison allant de six mois à cinq ans de prison.

Fin de la séquence. Le cortège s’assourdit ensuite de dance music plein tube, et le seul message perceptible est donc que toute cette foule, accompagnant les chars des associations communautaires à vocation principalement sociale et sanitaire, renonce à toute idée d’autonomie pour défiler derrière un rang d’élus et leurs proches en première ligne, ressemblant au cabinet du maire, un genre de Delafosse-block en cortège de tête (avec le premier marié gay de France obligé, le directeur du festival de danse, le sénateur jovial ceint de tricolore, etc). Le maire ? Il est en tête, après avoir désigné Montpellier « comme exemple inspirant ailleurs dans le monde », ben voyons, tandis que se déroulait du haut de l’Arc de triomphe du Peyrou une gigantesque banderole de communication vide d’enjeu : « Montpellier t’aime ». D’un triomphe l’autre, le Premiet magistrat en appelait à une cité où « triomphent l’amour, l’égalité, la tolérance ».

Michaël Delafosse, maire PS de Montpellier, regardant l’objectif

Une banderole beaucoup plus artisanale répondait, cinglante, dans le cortège : « Solidarité avec les bidonvilles expulsés par la mairie ». Guère loin, un collage rappelait que « The first Pride vas a riot » (La première Pride – à New York en 1969 – fut une émeute). Là étaient les marques, certes minoritaires, des queers “an – anti – antipatriarcat ; an – anti – anticapitalistes, pour qui « patron, patrie, patriarcat » sont de « même racine » et appellent un « même combat ». Dans ce secteur du cortège, la Marche demeure un moment politique pour s’exprimer par-delà la danse de night-club. Laquelle, fût-elle libératrice, ne peut résumer tout du sujet gay ou lesbienne, au risque de se re-ghettoïser.

Une banderole fait référence à Doona, une étudiante trans décédée le 24 septembre à Montpellier

Sur un air plus musette, on entend que « Le pink washing, c’est dégueulasse ». Sous son pannonceau “Si Montpellier m’aime, qu’elle le prouve”, Loreline nous explique : « Nous adressons des courriers à Michaël Delafosse, maire de Montpellier, pour qu’il se prononce contre les thérapies de conversion, dont nous savons qu’il s’en pratique à Montpellier (les “thérapies de conversion” sont de scandaleuses pratiques pseudo-médicales visant à fair rentrer dans le rang des pratiques hétéronormatives des personnes homosexuelles). Or nous ne recevons aucune réponse du Maire. Il y a quantité d’autres problèmes qui ne se résolvent pas avec un slogan stupide “Montpellier t’aime”. Par exemple les cas que nous connaissons de dépôts de plainte impossibles au commissariat, pour des personnes victimes d’agresssions ». Loreline est membre du collectif CQFAD+ qui se revendique « queer, anticapitaliste, décolonial et écologiste ».

Est-ce que les oreilles de Michaël Delafosse sont en train de siffler en tête de cortège, lui qui entend récupérer ce mouvement qui s’offre à lui si facilement ? En bas de la rue de la Loge, son sourire dentifricé de près se crispe, alors que les derniers carrés de manif anti-pass, sur la Comédie, exercent une pression presque physique, au cri de « Delafosse démission ». Il devra négocier un passage hyper serré sur sa gauche (pour une fois), au ras de la terrasse du McDo et on le voit prêter beaucoup d’attention à sa voisine invitée d’honneur camerounaise. C’est que Montpellier se découvre aussi inspirante, par une partie sa population bien rugueuse, qui se sait moins égale que d’autres (pour peu qu’elle ne soit pas laïque tendance Saint-Roch, livreuse Uber, Atsem des écoles, SDF pourchassés, ou chahuteuse devant le Musée Fabre). On se prend alors à rêver que la formidable énergie que communique la Marche des Fiertés se trouve des objectifs moins aisément récupérables.




Source: Lepoing.net