Décembre 1, 2021
Par Dijoncter
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Voici un texte écrit par les bibliothécaires grenobloises en lutte contre le pass sanitaire, qui viennent de remporter une nouvelle victoire « contre cette mesure abjecte ».

En ce 25 novembre et après 3 mois et demi de lutte, nous venons d’obtenir une belle victoire locale ! La mairie de Grenoble cède : signature d’un protocole de sortie de « crise » et abandon des convocations (disciplinaires ou pas, on ne saura jamais !) pour les 12 bibliothécaires. Après celle du mois d’octobre (exemption de contrôle pour les 12/17 ans, les étudiants, les groupes asl et la possibilité de drive pour les personnes sans pass sanitaire), nous nous félicitons de cette nouvelle victoire !

Cette lutte contre le pass sanitaire dans nos équipements, portait des choses essentielles. Il ne s’agissait pas seulement de défense des personnels ou du service public (qui restent des luttes légitimes), mais de porter un regard critique sur le monde tel qu’il devient : une société de contrôle, d’individualisation, de repli sur soi et auquel il nous faudrait contribuer. Cette lutte grenobloise longue et tenace, a contribué, et peut être même permis, de donner au mouvement contre le pass une ampleur nationale, nous pouvons en être fières. Les élus grenoblois ont fait preuve d’incohérence et de lâcheté, eux qui avaient appelé à une mobilisation forte contre le pass en juillet et qui dès les premiers jours de notre lutte nous ont menacé de sanctions disciplinaires ; les mêmes qui auraient dû nous soutenir, nous protéger (notre élu au personnel, Pierre Mériaux, est pourtant inspecteur du travail et syndicaliste), nous ont méprisé, rabaissé, menacé, intimidé, poussé à bout. Nous avons aussi été harcelé par des mails incessants, ayant pour conséquence un nombre d’arrêts de travail jamais atteint dans le service et conduisant à l’impossibilité certains jours d’ouvrir les équipements, faute de personnel.

Il y a eu dès le début de notre mouvement, une volonté de briser notre collectif, de nous intimer l’ordre de nous soumettre, d’obéir et de contrôler. Pour casser la résistances et la solidarité, notre employeur a utilisé une palette de stratégies patronales qu’il gère d’une main de maître. La plus magistrale : après des semaines de menaces qui ont usées plusieurs collègues, convoquer à des entretiens, individuellement, des bibliothécaires qui luttent dans le cadre d’un mouvement collectif ! Nous sommes encore sidérées du zèle dont la mairie a fait preuve pour faire appliquer une mesure qu’elle dénonce par ailleurs. Pendant ces 3 mois et demi, nous avons regretté le manque de soutien des directions syndicales nationales et l’invisibilité médiatique au niveau national de notre mouvement, pourtant emblématique dans cette période. Est-ce parce que cette lutte a été portée quasi exclusivement par des femmes ? Est-ce parce que notre métier ne bloque pas l’économie ? Est-ce parce que ce mouvement vient de la base ?

De même, alors que la municipalité place l’égalité femme-homme au cœur de son mandat, nous avons pu constater qu’il s’agissait encore qu’une déclaration d’intention, une récupération des luttes féministes. Notre employeur nous a accusé d’être manipulées dans notre refus du contrôle du pass, incapable de concevoir que nous sommes suffisamment intelligentes pour penser par nous même. Ensuite, il a tenté de réduire notre combat, à un problème psychiatrique, nous demandant de nous faire reconnaître comme fragiles par la médecine du travail, afin d’être exemptées de contrôle de pass. Et d’ajouter que si tel n’était pas le cas, tout refus face à cette injonction serait considéré comme un positionnement militant et sanctionné. On nous préfère « folles » que combattantes, le patriarcat a encore de beaux jours devant lui à la mairie de Grenoble ! Nous avons aussi pu constater que la charte d’écriture inclusive vantée par notre maire, n’était utilisée ni par lui, ni par ses élu.e.s ou cadres administratifs.

Pire encore, que ce soit au moment du plan de sauvegarde de 2016 ou dans les luttes en cours à la ville, on constate que les services « féminins » (culture, scolaire, santé-social) sont lourdement attaqués par cette équipe municipale. Nous avons du mal à croire au hasard. Nous avons gagné sur plusieurs points au niveau local et sommes heureuses de cette victoire ! Mais nous continuons le combat contre le pass, nous allons enfin pouvoir consacrer notre énergie à lutter contre cette mesure abjecte, qui n’a rien de sanitaire, et recentrer nos forces contre le gouvernement qui persiste dans son absurdité. Après 3 mois et demi, nous sommes fières de ce que nous avons entrepris, fières de notre force collective, fières de cette lutte, non conventionnelle parfois, à la schlag de temps en temps, mais elle était belle. Elle a permis d’ouvrir des espaces de réflexion et de solidarité. Elle a fait naître l’espoir que les changements auxquels nous aspirons puissent émerger par le bas, avec toutes ces petites luttes et ces petits collectifs. Et ce qu’on a gagné par-dessus tout et qu’on ne nous enlèvera jamais, c’est le lien créé entre nous, l’idée qu’ensemble nous sommes fortes, les grosses émotions et les bonnes rigolades.

La lutte continue, rendez-vous le mercredi 1 décembre pour une nouvelle journée d’action et de grève nationale ! Seule la lutte paie !

*et pour une fois, ce texte a été accordé à la majorité ! #25novembre

#sororité




Source: Dijoncter.info