Un petit coup de gueule subjectif de la manif du 08 mars à Toulouse

Début d’aprèm, on décide d’aller faire un débriefing d’action entre copainEs. Entre le couscous et le guacamole on jette un coup d’œil sur la composition de la manif : Cortège de tête non-mixte.

Bon ok. Bonjour le défilé folklorique de féministes en carton. On y va quand même. Un peu contrer ces organisations institutionnelles qui insensibilisent ou renient ne fera pas de mal.

Sur leur pseudo mixité-choisie (car non, nous définir par un petit astérisque en bas de la page nous donne plutôt l’impression d’être des gens de 2nde zone) je ne vais pas rebondir, il y a déjà un article sur la feminiteuf.

Avec le sentiment qu’on pourra quand même faire quelque chose de chouette de cette manif on bouge direction Capitole. Mais notre bonne humeur est vite remballée par les remarques toujours pertinentes de la BAC.

ArrivéEs, on commence a marcher. Les discours sur nos petits tags s’en suivent : “il faut des lois pour réguler la prostitution”, “il faut plus de caméras contre le viol” et d’autres blabla.

Tu auras compris : remballe ta colère légitime et ta “radicalité”, il faut pas cliver les “femmes” entre elles, il faut qu’elles soient toutes unies, comme dans les contes de fées. C’est une marche de “bonnes femmes uniformes” qui se rassemble, on reste à la place qu’on nous accorde. Victimes et symboles de paix…

On a envie de gueuler à toutEs celleux qui nous ont dis de me détendre : ON EN A MARRE !! ON A ENVIE DE NOUS DEFENDRE. On est la pour crier notre rage, notre haine contre cette répression qu’on connaît jusque dans nos désirs, dans nos maisons, dans notre famille, dans notre groupe de potes, avec des militants, dans la rue, dans notre corps, dans la définition qu’on nous colle avant même de savoir qui on est.

Pendant ce même instant il y a les caméras qui commencent a sortir. Je pense qu’il faut qu’on parle de la PRISE DE PHOTO, particulièrement remarquable pendant cette manif. Littéralement du début jusqu’à la fin :

Les citoyens-flics représentent un spécimen de plus en plus présent dans les manifs, illes guettent tout sur leur passage. CachéEs derrière leur objectif , illes pratiquent un voyeurisme médiatique plutôt dangereux. Tout cela avec une admiration gênante, réductrice et fausses, de ; ” waouh ces féministes sont trop fortes et belles quoi ! ” Enfin bref, agaçant quand te battre avec eux devient systématique.

On arrive a la préfecture. Illes marchent a cote de nous, celleux qui nous renvoient l’image d’un patriarcat écrasant, humiliant et cruel. Celleux qui sont fierEs de montrer leur force, leur pouvoir, nous insultent, nous menacent , nous harcèlent , nous contrôlent , nous instrumentalisent , nous mettent en taule.

Et même pas un petit “police nationale, police patriarcale” collectif…?

ArrivéEs a François verdier tout le monde se disperse. C’est la fin.

Les “femmes gentilles et vertueuses” ont pu défiler sagement sous les clic-clic d’appareils sur un air de zumba.

Ce texte ne prétend pas d’ être objectif, loin de là, ni de créer consensus, mais il veut être un partage de notre vécu et peut-être une piste de réflexion vers une déconstruction plus radicale dans nos manifs, dans notre vie et dans nos discours.