Mai 6, 2020
Par Renversé (Suisse Romande)
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Non-dialogue avec l’Hospice Général

Dès le 17 avril, lendemain des occupations, nous sommes entrées en négociations avec l’Hospice Général et avons rencontré Laurence Friederich, directrice du service immobilier, et Boris Lachat, avocat, qui nous ont immédiatement proposé des baux de courte durée pour chacun des appartements occupés. Il nous a été signifié qu’il était innenvisageable de rendre disponibles plus d’appartements et nous avons été invitées à garder le silence le plus total sur notre action. Si nous acceptions ces deux conditions, un accord devrait aboutir.

Le 20 avril Me Lachat nous a fait parvenir ce qui devait être une première proposition de contrat de bail. Certains points nécessitaient d’être revus et modifiés avant signature. Deux clauses en particulier nous paraissaient impossibles à accepter : => Question : est-ce qu’on ne devrait pas copier la clause en entier puis la commenter ? Parce que les journalistes ont eu le contrat en entier dans le dossier de presse mais là ça vaudrait la peine.

. La clause 4, qui concerne la date à laquelle les futurs locataires sont censés quitter les lieux.

L’hospice général a arbitrairement décidé de la date du 13 juillet 2020. Ce que nous demandons, afin que les futurs locataires puissent loger dans des conditions décentes le plus longtemps possible, c’est que cette date soit supprimée, et que les locataires dovient simplement quitter les lieux dans le mois qui suivrait la parution du permis de démolition-reconstruction dans la FAO (Feuille d’Avis Officielle).

. La clause 15, qui stipule que l’Hospice Général pourrait avoir recours à une instance juridique pénale en cas de non respect de n’importe quelle autre clause de ce contrat de bail.

En effet, l’occupation des appartements datant du 16 avril 2020 pourrait à tout moment faire l’objet d’un dépot de plainte pour violation de domicile et dommage à la propriété à l’encontre des locataires. Ce contrat de bail est ratifié par le tribunal des baux et loyers et est un contrat civil. Il est donc démesuré – voire illicite – de recourir à une instance pénale pour non respect d’une clause de bail. Dans l’intention que les futurs locataires puissent vivre sans craindre une intervention de la police, une expulsion, ou une incarcération pour quelque pretexte que ce soit, notre demande est de supprimer cette clause insensée. Dans ce sens nous avons proposé la possibilté d’une médiation si un quelconque contentieux devait exister dans la période de la location, en fonction de la gravité des faits repprochés.

Lors de notre rencontre le 17 avril, l’Hospice Général, alors représenté par Laurence Friederich (directrice du service immobilier) et Boris Lachat (avocat), nous a donné la possibilité de revenir si besoin sur certains points de la convention proposée une premiere fois à la date du 20 avril. L’Hospice n’est en réalité jamais entré en discussion avec nous jusque là, et a imposé ces contrats. Apres deux échanges de mails dans lesquels nous demandons de revenir sur les points susmentionnés avant signature du contrat du bail, le propriétaire a opté pour un ton autoritaire en fermant définitivement toute possibilité de discussion. Dans cette première entrevue, L’Hospice nous avait également assuré qu’ils ne demanderaient l’identité que d’une seule personne résidente par appartement, et que leur statut juridique et administratif n’était pas une condition pour vivre dans ces appartements. Dans l’un de nos derniers échanges, datant du 28 avril, il nous est soudain imposé de fournir les noms et permis de séjour de tous les futurs locataires avant la date du 30 avril, sans quoi l’Hospice nous menace d’avoir recours à la force pour procéder à l’évacuations des lieux.

L’Hospice Général, en refusant toute possibilité de dialogue nous force à renoncer à signer ces contrats de baux. Il est incompréhensible qu’après avoir toléré ces occupations, accepté le principe de réquisition et nous avoir fait miroiter un possible accord ainsi qu’un cadre suffisament sécurisant pour les personnes que nous comptions loger dans ces appartements, l’Hospice remette en question des accords oraux importants et fasse à présent preuve d’une autorité déplacée lors de nos échanges. L’Hospice générale, avec son attitude, excerce une pression sur nous sous laquelle nous refusons de céder : silence face à nos demandes, des délais arbitraires et irréalistes, durcissement des conditions au fur et à mesure, afin de finalement rendre impossible toute forme de collaboration.

C’est pourquoi nous refusons de signer ces contrats tel-quels et décidons de rester dans ces appartements.

2, 4, 6 Maraichers, une histoire scandaleuse

La situation dans laquelle l’Hospice Général a mis les ancien.nes locataires des 2, 4 et 6 rue des Maraîchers est scandaleuse. Dès la mise en place du projet de démolition de ces 3 immeubles et de reconstruction d’un complexe de logements sociaux, les ancien.nes habitant.e.s se sont vu.es sommer de quitter leur logement. Une lutte faite de recours et de demandes d’engagement auprès de l’Hospice Général pour obtenir des solutions de relogement s’est organisée, avec le soutien de l’Asloca et l’Association des habitant.e.s du quartier de la Jonction. Malgré des promesses orales, l’Hospice Général n’a jamais pris la responsabilité de reloger ses locataires, qui ont été forcés de le faire par leurs propores moyens. Aujourd’hui seuls quelques appartements sur la quasi centaine que comptent ces 3 immeubles sont loués. Les locataires actuels se voient imposer des contrats à courte durée allant de 1 à 3 mois renouvelables selon les cas, et n’ont pas la possibilté de faire recours. L’Hospice Général, sous couvert d’agrandissement et d’amélioration de son patrimoine immobilier, place sciemment ses bénéficiaires en situation précarité et d’incertitude.

Face au vide : Réquisitions solidaires !

Nous avons mené cette action de réquisition pour apporter notre soutien à des personnes en situation de grande précarité. Leurs conditions de vie sont déjà inacceptables en temps normal mais l’augmentation des facteurs de précarité engendrée par la crise sanitaire et sociale que nous traversons actuellement est une raison supplémentaire pour agir, et vite.

Alors que la Suisse entière vit au rythme des mesures prises face au coronavirus, les inégalités continuent de se creuser. Les directives sanitaires du Conseil fédéral sont impossibles à mettre réellement en œuvre pour les personnes n’ayant pas accès au logement. Pire, elles ont des conséquences désastreuses pour les usager.es des lieux d’hébergement d’urgence, les requérant.e.s d’asile vivant dans les foyers, les sans-abris, et les autres personnes vulnérables. La promiscuité, parfois même avec des personnes contaminées, le manque d’explications et d’accès à du matériel préventif, la suspension des soutiens juridiques et bien d’autres situations innacceptables, s’ajoutent aux difficultés déjà connues par les personnes précaires.

La situation d’accueil des personnes sans-abris

Dans le canton, des centaines de personnes vivent dans la rue. Certaines d’entre elles trouvent refuge pendant la nuit dans les Sleep-in, les abris PC et quelques autres dispositifs de nuit. Ces lieux, déjà insuffisants, subissent aujourd’hui une immense pression avec la pandémie : les travailleur.euse.s sociaux.ales sont surmené.es et les conditions sanitaires y sont alarmantes.

Depuis la mise en place des mesures fédérales, le nombre de places disponibles dans les lieux d’accueil d’urgence a été divisé par deux afin de respecter les distances de sécurité. Par ailleurs, le CAUSE (Collectif des associations pour l’urgence sociale) à l’origine du Dispositif de Nuit (notamment les Sleep-in et le Halte de nuit)**** s’est vu retirer son mandat par la Ville de Genève (et avec ce virement il a également perdu le soutien d’une fondation privée) qui devaient permettre de garder ouvert les accueils de nuit. Ces structures ont donc fermé le 21 avril et plus de 40 travailleurs.euses sociaux.ales ont brutalement été licencié.e.s au mépris de leur situation respective, et du travail de terrain de longue haleine qu’i.elles ont effectué depuis juillet 2019.

En plus de la suppression des fonds alloués aux Sleep-in, la Ville a décidé unilatéralement d’ouvrir le Foyer de Frank-Thomas (130 personnes en chambre individuelle 24h/24h), puis la Caserne des Vernets (250 personnes en chambre de 5 24h/24h). Les conditions d’accueil dans cette dernière sont indignes et dangereuses. Alors que les Sleep-in avaient demandé l’occupation temporaire d’hôtels vides afin d’y loger les personne sans abris dans des chambres individuelles, la Ville a estimé préférable de concentrer autant de personnes dans des conditions d’encadrements insuffisantes. Seule en charge de ce lieu, et dans un souci d’économie, la Ville a privilégié l’”embauche” de travailleur.euse.s non qualifié.e.s de l’administration au chomage technique ou des personnes recrutées par la protection civile.

Nous ne sommes pas les seul.es à dénoncer la stratégie de la Ville de Genève. D’autres acteurs.trices du milieu de l’accueil d’urgence expriment de sérieux doutes quant à l’hyperstructure des Vernets. Ainsi, on peut lire dans la Tribune de Genève, que : « (…)estimant aujourd’hui que le lieu, une fois rempli, sera une « véritable poudrière », compte tenu de la diversité des publics et du manque d’expérience des accueillants » et « il est clair que ce lieu n’est pas fait pour eux (les sans-abris). Mais il n’est fait pour personne. » (TdG 31.03.2020)

Ce qui est inquiétant, c’est le dispositif quasi-carcéral qui se dessine derrière le projet de la caserne des Vernets. À ce jour aucune information fiable n’a été transmise par la Ville quant à la présence et à la fonction de policiers, militaires et agents de sécurité sur les lieux. Peu de choses ont été dites quant aux populations qui y auraient réellement accès, ainsi qu’à quelles conditions et avec quel niveau de contrôle, par exemple. Il parait également difficile, au vu du peu de travailleur.euse.s compétent.e.s employé.e.s dans cette structure, d’assurer le suivi individuel des personnes qui en auraient besoin.

“Restez chez vous”

La crise du coronavirus a de nombreux effets néfastes sur la vie des personnes qui vivent et / ou travaillent dans la rue. De par le semi-confinement, l’espace public s’est grandement vidé, y exposant davantage les personnes qui n’ont d’autres choix que d’y rester. Le harcèlement policier envers certaines catégories de la population s’est vu décuplé depuis le début de la crise sanitaire. Alors que l’État et la Ville de Genève, comme la Conféderation hélvetique, appellent à la responsabilité individuelle pour endiguer l’épidémie, ils bafouent toutes les consignes sanitaires lorsqu’il s’agit de contrôles policiers ou « d’accueil » bas seuil.

De même, les personnes en prison, en foyers et en centres fédéraux sont oubliées des mesures sanitaires, prouvant bien qu’il est inenvisageable de lutter contre la propagation de la maladie dans des lieux surpeuplés et auxquels peu de moyen sont alloués pour le bien être des gens qui y vivent. Si le gouvernement martelle le mot d’ordre “Restez chez vous !” depuis le début de la crise, comment faire lorsqu’on n’a pas de chez-soi ? Les personnes en situation précaire n’ont que deux alternatives désormais : soit dormir et vivre dans la rue, avec tous les risques que cela implique, soit être parquées dans des lieux dangereux d’un point de vue sanitaire et aux allures de prison, sous surveillance policière et sans aucune prise en charge de leurs besoins spécifiques. La crise du COVID-19 souligne encore une fois que ces solutions de logement d’urgence sont incompatibles avec la dignité humaine. Nous savons que d’autres solutions existent et notre action le prouve !

Lieux vides, spéculation immobilière : le squat comme réponse

Il y aurait quelques 337’000 m2 de surfaces commerciales actuellement inoccupées dans le canton de Genève (chiffres de juin 2019, OCSTAT) et de nombreux appartements et maisons voués à être détruits dans lesquels personne n’habite. Nous trouvons indispensable et légitime que des personnes en situation de précarité puissent bénéficier d’un logement à taille humaine, sans contrôle d’identité, dispositif de sécurité et autres contraintes mettant à mal les libertés fondamentales de chacun.e.

Si nous prenons la parole aujourd’hui c’est avant tout pour rendre publique le mépris avec lequel l’Hospice Général entend dialoguer avec nous, collectif de Réquisitions Solidaires, mais aussi avec ses bénéficiaires. Au vue de la quantité d’espaces vides et habitables dont l’Hospice Général dispose ici, nous en appelons au bon sens et demandons leur mise à disposition sans plus attendre. Aussi nous en appelons à tous les acteur.ice.s du travail social, à toutes les structures d’hébergement, à s’emparer de cette situation. Il est temps que l’Hospice Général laisse les personnes qui en ont besoin disposer de ses appartements, ce dans les meilleures conditions.

Pour toutes ces raisons,nous sommes persuadées de la légitimité de notre action et invitons toutes les personnes qui voudrait la soutenir à rejoindre la lutte de Réquisitions Solidaires.

Pour que les propriétaires et les bailleurs répondent publiquement de leur gestion spéculative.

Pour que tous les espaces immobiliers vides puissent être réquisitionnés.

Pour que les logements laissés vides servent à loger les personnes les plus précaires dans des conditions décentes.

Pour que la Ville de Genève prenne ses responsabilités vis-à-vis des personnes les plus précaires en mettant en place des espaces d’accueils respectant les consignes sanitaires liées à la pandémie actuelle.

Pour que les logements obtenus par occupation illégale durant cette crise sanitaire ne soient pas évacués et que des négociations soient engagées pour obtenir des solutions de logement aux occupant.e.s.

Pour que les propriétaires de biens immobiliers vides s’engagent à ne pas porter plainte contre les personnes qui en viendraient à occuper les lieux mais préfère engager des négociations.

Pour qu’une amnistie soit prononcée pour toutes les personnes ayant commencé à occuper un logement vide au cours de cette crise sanitaire.

Pour que les personnes qui n’ont d’autre choix que d’être dans la rue cessent d’être harcelées par la police.

Pour que le projet inadapté de la caserne des Vernets soit abandonné.

Pour que soient empêchés les contrôles policiers dans les espaces d’accueil afin que chaque personne, indépendamment de sa situation administrative puisse y avoir accès.

Pour que la Ville de Genève réitère ses engagements vis-à-vis des travailleur.euse.s sociales, dont le travail est essentiel au maintien de la dignité des personnes les plus précaires.

Contre la précarité et contre l’injustice, réquisition solidaire des logements vides !






Source: Renverse.co