De Arnaud Bernard à la gare, récit d’une manif éclair.

On se retrouve sous la pluie au Monument aux Morts ce mardi après-midi, peu nombreux.ses (un millier ?). Le cortège se met en branle avec une demi-heure de retard. Ambiance déprime, on chante peu, et on avance bien trop rapidement au vu de la taille du tracé. Les accès vers le centre-ville sont tous bloqués par des lignes de CRS, voire des lignes de camions et grillages comme dans la rue de Metz. Malgré l’ambiance très peu insurrectionnelle, une ou deux personnes pètent des sucettes JCDescaux et envoient des pétards sur les flics. Les voltigeurs de la BAC ne nous lâchent pas d’une semelle. L’atmosphère commence à être très tendue.

Le SO lycéen est composé de deux lignes qui avancent en se tenant bras dessus bras dessous. Quelques unEs essayent de chasser les casseurs en les dénonçant.

Le SO lycéen - 3.1 Mo
Le SO lycéen

ArrivéEs à Arnaud Bernard, nous tournons à gauche et nous engouffrons sur la place. Peine perdue, les rues pour rejoindre le Capitole, où doit commencer la Nuit Debout dans moins un quart d’heure, sont totalement bloquées. Petit moment d’hésitation puis nous voilà repartis direction les Minimes via l’avenue Honoré Serres. Pour la première fois de la journée on fait résonner un puissant « Tout le monde déteste la police » dans les rues de Toulouse.

Départ de la manif sauvage - 2.3 Mo
Départ de la manif sauvage

Une ligne de keufs nous attend sur le pont en face. On bifurque dans une petite rue sur la droite (rue Godolin). On passe en mode sauvage. Les poubelles volent. Des jeunes de quartiers, dont certainEs n’ont pas 18 ans, nous ont rejoint, et ils et elles ont le sourire jusqu’aux oreilles. On zigzague dans les petites rues résidentielles du quartier, sous les regards tantôt inquiet tantôt approbateurs des habitants.

Parcours de la sauvage - 691.6 ko
Parcours de la sauvage

En moins de deux, nous voilà sur le boulevard Matabiau, sur l’air de « Grève, blocage, manif sauvage ! » On fout un sacré bordel sur la deux voies mais les bleus ne tardent pas à rappliquer par derrière. Evidemment, dans ces conditions personne ne veut traîner, alors on avance au pas de course, malgré les injonctions à ralentir pour rester grouper et à l’ingénieux slogan repris par touTEs : « Ils sont 10, on est 200 ! ».

Etonnamment, les automobilistes nous réservent un accueil enthousiaste. Beaucoup klaxonnent en soutien, provoquant à chaque fois des acclamations disproportionnées. Il faut dire que l’on commence à être chauds bouillants. Deux motards de la Police Nationale ne vont pas tarder à en faire les frais.

ArrivéEs au Faubourg Bonnefoy, on tourne à gauche pour traverser le pont. Ici, deux keufs isolés semblent ne pas avoir capté qu’on n’en avait pas qu’après la loi travail. Un petit groupe s’approche et leur dispense, à leur manière, une petite session de rattrapage.

Un des deux motards tente alors désespérément d’écraser ses assaillants. La foule se précipite en hurlant. Les deux abrutis dégagent à toute vitesse, la queue entre les jambes.

Là, on est carrément remontéEs à bloc. Et on se dirige droit vers la gare.

Sauf que derrière ça commence à pousser sévère : les baqueux chargent. A partir de là, ça devient sale, en mode chacun sa gueule.

ArrivéEs en sprint à la gare, on se mange plein de lacrymo qui arrivent de loin devant : des keufs nous prennent à revers depuis la rue Matabiau, du moins le pont devant la gare. Des gens chutent lourdement sur le trottoir, d’autres font une overdose de lacrymo. C’est la panique générale.

On s’engouffre dans la gare. Les écrans publicitaires éclatent les uns après les autres. La BAC nous suit. On descend sur les voies, certainEs en profitent pour faire le plein de cailloux. Derrière, ça a commencé à interpeller. Devant notre complète désorganisation, on décide de se disperser. On s’en va remplir une rame de métro, bloquant les portes afin que les retardataires puissent rentrer. On s’évapore dans le réseau souterrain.