Février 13, 2021
Par Union Communiste Libertaire (UCL)
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Webcams espionnes, contrôle du temps, des frappes au clavier… Avec la généralisation massive du télétravail en 2020, le patronat a cherché des solutions de surveillance généralisée des salarié·es avec l’aide des entreprises du numérique.

La surveillance au travail n’est pas une nouveauté. La classe ouvrière subit depuis bien longtemps les garde-chiourmes, les contremaîtres et autres contrôleurs et surveillantes.

Loin de l’image d’Épinal d’une volonté de meilleure gestion et d’optimisation de la productivité, cette surveillance généralisée n’a pour objectif que de mettre la pression sur les travailleurs et les travailleuses en scrutant l’ensemble de leurs faits et gestes et en recherchant la moindre faille pour les menacer. Il faut se tenir à carreau si on ne veut pas perdre son emploi. Mais la généralisation du télétravail met à mal la capacité de surveillance classique des patrons.

Pour pallier ces difficultés, les entreprises du numérique, jamais en reste pour mettre leur créativité au service des dominants, ont développé des outils. C’est ainsi que l’on a vu naître ces dernières années des logiciels de décompte du temps, de captures d’écran aléatoires, d’enregistrement des frappes sur le clavier ou encore de contrôle des webcams des salarié·es. Certains outils vont même jusqu’à fouiller dans les messageries…

Big boss is watching you

Et si vous vouliez vous remplir les fouilles en investissant dans des entreprises du numérique, il fallait avoir le nez creux en 2019, puisque les ventes de logiciels espions et de contrôle ont bondi de 87 % en avril 2020, et encore de 71 % en mai, par rapport à la demande moyenne mensuelle avant l’apparition du coronavirus. Et encore de 51 % de juin à septembre  [1].

Time Doctor, le logiciel phare de la surveillance, a lui bondi de 202 % en avril dernier. Cet autoproclamé meilleur logiciel sur le marché promet de «  suivre en direct des tâches sur lesquelles travaillent les équipes  », en plus de fournir en temps réel des indications sur les sites visités et les heures de connexion et de déconnexion des travailleurs et travailleuses en télétravail. Au-delà de ces programmes spécifiques, des outils utilisés au quotidien par des millions de salarié·es permettent également de mettre en place de la surveillance  : messagerie professionnelle, intranet, outils collaboratifs (Slack, Teams, etc.), logiciels de visioconférence (Zoom, Skype, etc.) et bien d’autres.

Des pratiques à la lisière de la légalité

Cette surveillance s’effectue dans un cadre légal mis en place par le gouvernement et ses «  partenaires sociaux  ». Pour pouvoir surveiller les salarié·es, les entreprises doivent les en informer. Les outils ne peuvent pas être installés aux dépens des salarié·es et ne doivent pas attenter aux libertés fondamentales, notamment en ce qui concerne leur vie privée. Tout ceci «  doit être justifié par la nature de la tâche à accomplir et proportionné au but recherché  »  [2]. Pour les entreprises qui en disposent, les CSE doivent être «  consultés  ». Pour les autres, des «  discussions  » doivent avoir lieu. Dans tous les cas, une charte doit être réalisée par les employeurs.

Si les salarié·es utilisent leur propre matériel informatique, les patrons ne peuvent pas imposer de logiciel de surveillance ni sanctionner celles et ceux qui s’y opposeraient. Mais utiliser son matériel personnel pour se prémunir du flicage de son patron n’est évidemment pas une solution à l’heure où beaucoup revendiquent du matériel décent pour effectuer leur télétravail. De son côté la Cnil propose d’adapter les «  méthodes d’encadrement  » au lieu de mettre en place des outils de surveillance. Mais comme d’habitude, l’avis de la Cnil tout le monde s’en fout royalement… Globalement, la surveillance au travail est encadrée, sur le papier.

Pourtant on peut s’interroger  : qui, dans les faits, surveille celles et ceux qui nous surveillent  ? Quand on voit la situation de plus en plus tendue à l’Inspection du travail, on ne peut que douter que l’État mette en place les moyens de contrôler cette surveillance.

Pour le patronat, les enjeux du télétravail ne se posent pas en termes de risques psychosociaux, de pénibilité, d’amélioration des conditions de travail mais bel et bien de surveillance et de rentabilité. Dans les entreprises, dans les services, à la maison, on presse et on exploite les salarié·es. Pour beaucoup, le télétravail a déjà constitué une intrusion de la sphère professionnelle dans la sphère personnelle. Si on ajoute à cela la surveillance permanente, les salarié·es ne sont même plus libres chez eux. L’utopie patronale selon laquelle un travailleur ou une travailleuse est toujours en capacité de produire, que ce soit dans les entreprises, les services, comme en télétravail serait donc sur le point de se réaliser.

Le (télé)travail en question

Ce serait oublier que le mouvement social a depuis bien longtemps engagé la lutte pour rééquilibrer le rapport de force. De haute lutte, les ouvriers et ouvrières ont obtenu la réduction du temps de travail, la révocation des surveillant·es et garde­-chiourmes les plus violents, et dans beaucoup d’entreprises le droit de «  perruquer  »  [3] continue de perdurer. Force est de constater que le rapport de force actuel est bien éloigné de ces victoires ouvrières. Les techniques de surveillance et de gestion des «  ressources humaines  » sont de plus en plus pernicieuses. Mais il ne faut pas se laisser abattre.

Crever les yeux de la surveillance

Malgré l’isolement des salarié·es, il existe des moyens de lutter contre cette surveillance. D’abord, en faisant en sorte que les organisations syndicales s’emparent de ce problème, pour qu’une lutte collective puisse se mettre en place. Ensuite, il existe des techniques pour berner et contourner la surveillance de ses patrons  [4]. Cela reste néanmoins des initiatives individuelles qui peuvent être lourdes de conséquences pour les salarié·es. Il devient urgent de prendre à bras le corps cette problématique, le télétravail tendant à s’imposer dans de nombreux secteurs.

Jon (UCL Angers)




Source: Unioncommunistelibertaire.org