Avril 2, 2020
Par Indymedia Lille
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Compte rendu de la visite Ă  la zap 31/03

On nous avait pourtant prĂ©venu·e·s, mais s’en rendre compte remet les pendules Ă  l’heure. La signalisation pour se repĂ©rer sur la « zone Ă  protĂ©ger Â» mise en place par l’association PARC (luttant contre l’amĂ©nagement urbain de la friche) semble en total dĂ©calage avec la situation humaine, sanitaire et sociale que vit actuellement la zone. On se dit qu’au mieux leurs auteur·e·s planent Ă  15milles, au pire qu’iels en ont rien Ă  faire. Nous, on se dit que c’est indĂ©cent et qu’on irait bien mettre un peu d’encre sur les panneaux histoire de remettre un peu de principe de rĂ©alitĂ© lĂ -dedans. Pour l’observateur·rice que nous sommes, zap rime aujourd’hui avec misĂšre, errance, exil et invisibilitĂ© sociale. Rien de trĂšs alternatif lĂ -dedans, et on voit mal oĂč se situe l’expĂ©rimentation politique, Ă©cologiste et participative vantĂ©e par les panneaux d’affichages. DĂ©solé·e pour cet apartĂ© qui prend plus de place que prĂ©vu, mais c’est pour souligner que les activistes de gauche, associatifs, les verts, ont les moyens de s’exprimer et de se faire vivre dans le bruit mĂ©diatique du moment, mais en vrai, un ptit confinement et quelques patrouilles de bleus ont vite fait le tri dans les personnes concernĂ©es et solidaires. Never trust a citoyen, qu’on disait


Sur place donc, il y a moyen de dĂ©poser de la nourriture dans un garde-manger collectif (un site de dĂ©pĂŽt existe aussi en entrĂ©e de zone, mais on vous conseille de venir directement Ă  l’intĂ©rieur du camp, vous ne vous ferez jamais jeter et c’est quand-mĂȘme plus constructif de parler directement aux gents, c’est pas un zoo ni un dĂ©pose minute quoi
), de dĂ©poser des vĂȘtements dans un cadi prĂ©sent Ă  cet effet, du matĂ©riel sanitaire ou d’hygiĂšne de base, voir du matos de construction ou de consolidation.

Une trentaine d’habitants se sont rĂ©partis dans plusieurs cabanes, igloos et tentes en fonction des affinitĂ©s amicales, gĂ©ographiques ou culturelles. Il y a moyen d’y parler français, anglais, ourdou ou sousou, entre autre. Il n’y a pas de femmes rĂ©sidentes car l’implication de certain·e·s acteur·rice·s du monde associatif a permis de faciliter leur placement prioritaire dans des lieux comme l’église de la rĂ©conciliation Ă  Moulins. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a aucune chance d’en rencontrer sur place, car le mot commence Ă  tourner sur la mĂ©tropole, jusqu’à Calais, que ce camp existe et qu’un embryon de solidaritĂ© et de vie sociale s’y exerce. Donc c’est important de garder ce fait en tĂȘte, vu la situation particuliĂšre des femmes Ă  la rue et les situations auxquelles elles peuvent ĂȘtre exposĂ©es (donc c’est pas idiot d’avoir un peu des stocks de matos d’hygiĂšne intime, ou des numĂ©ros d’assos de soutiens fĂ©ministes contres les violences
).

Nous parlions plus haut d’acteurs associatifs
des passages d’utopia56 sont frĂ©quemment mentionnĂ©s, ainsi qu’au moins une personne de l’association PARC, et une autre plutĂŽt issue de l’altermondialisme et de l’activisme type ONG. On peut trouver critiquable leur prĂ©sence ou leur maniĂšre de faire, n’empĂȘche que se rendre Ă  la zap dans une dĂ©marche solidaire et politique, c’est nĂ©cessairement ĂȘtre en contact avec elles. Il faut aussi prendre la mesure que certain·e·s de ces individu·e·s passent la plupart de leur journĂ©e lĂ -bas, voire y habitent. Donc il faut composer avec et souvent confronter des points de vues et des maniĂšres de faire.

On a retrouvĂ© sur place plusieurs personnes survivantes dĂ©jĂ  au 5Ă©toiles, squat du quartier moulins ayant hĂ©bergĂ© pendant plus d’un an des personnes Ă  la rue, sans papiers ou non. Il fut violemment expulsĂ© lors d’un bouclage militaire du quartier en avril 2019. On retrouve en partie cette ambiance Ă  la zap aujourd’hui. Des acteurs associatifs arrivent avec des maniĂšres de faire clefs en mains, des automatismes de gestion se mettent en place, laissant peu d’autonomie et de libertĂ© d’action aux SDF eux-mĂȘme. Quand on Ă©voque des pistes de prises de parole collectives dans certains mĂ©dias, ce qui pourrait ressembler Ă  l’ébauche d’une gestion collective et horizontale du problĂšme, on rĂ©colte des silences polis, ou des haussements d’épaules. De base, les gens lĂ -bas se mĂ©fient des journalistes, des photographes, des sauveurs professionnels, et c’est pas nous qui les contredirons !

Dans les faits, passer Ă  la zap c’est potentiellement avoir Ă  faire avec la police venant faire l’inventaire quotidiennement des prĂ©sences et des recommandations de confinement (« pour votre sĂ©curitĂ©, restez sur le parc la journĂ©e Â»), et ce le matin. L’aprĂšs midi, il y a de fortes chances de discuter avec les habitants ou des personnes solidaires du quartier, voir une ou deux personnes s’impliquant dans les parcelles mises en culture de la friche, au demeurant sympathiques.

En discutant sur place, deux options se dessinent en guise de perspectives d’avenir dans le court et moyen terme. Des contacts en prĂ©fecture auraient fait fuiter une possible expulsion imminente pour des raisons d’urgence sanitaire. La deuxiĂšme option qui serait elle aussi Ă  l’étude, c’est le relogement dans des structures d’accueil d’urgence type foyer, auberge de jeunesse et hĂŽtel formule 1 jusqu’au 31mai. Il faut mettre des rĂ©serves sur toutes les infos. Ça nĂ©cessite de passer rĂ©guliĂšrement et de se tenir au jus. Toutes sortes de rumeurs ne tardent pas Ă  circuler. Il semblerais notamment que la majoritĂ© des personnes ne souhaitent pas un hĂ©bergement temporaire d’urgence, prĂ©fĂ©rant conserver leur libertĂ© de mouvement et consolider leur prĂ©sence en ville sur le parc.

Enfin et pour conclure provisoirement. Des idĂ©es tournent ça et lĂ  de proposer des passages de distribution de boissons chaudes, de dĂ©poser des jeux et des livres…peut-ĂȘtre qu’on n’a pas Ă©tĂ© assez clair, mais ces idĂ©es, dans la mesure oĂč la solidaritĂ© est effective, ont du sens politiquement. C’est s’organiser par la base pour montrer une prĂ©sence en plein confinement. Nous sommes toutes et tous lĂ©gitimes Ă  passer lĂ -bas, Ă  nous intĂ©resser aux trajectoires de vies et Ă  poser des questions. Suite Ă  des courriers et des coups de tĂ©lĂ©phone de personnes solidaires le ramassage des ordures venait d’ĂȘtre obtenu, ce n’est qu’un exemple… Faisons vivre la solidaritĂ© et ne laissons personne seul·e face Ă  la crise sanitaire et Ă  leurs gestionnaires autorisĂ©s


Des soutiens vénÚres et anti-autoritaires.

Lille, 31-03-20





Source: Lille.indymedia.org