Février 3, 2021
Par Paris Luttes
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La Bande à Bonnot a « révolutionné » les pratiques du banditisme dans les années tranquilles de la Belle Epoque. En effet, les « Auto Bandits » ont fait beaucoup parler d’eux car ils utilisaient d’une part des voitures, et de l’autre des fusils à répétition. La pointe de la technologie : les flics n’en avaient même pas !



Les crimes de la bande des voleurs d’automobiles

Le Petit Journal, 7 avril 1912.

Bonnot et sa bande avaient aussi un discours politique, souvent relégué dans l’ombre. Ils se rencontrent pour la plupart autour d’Albert Libertad, Rirette Maitrejean, André Lorulot, au siège du journal L’Anarchie, au 16 rue de Bagnolet à Romainville (aujourd’hui la rue de la République). Ils sont en majorité végétariens et pratiquent l’amour libre.

De décembre 1911 à avril 1912, le petit groupe s’étoffe et s’attaque à des banques, en commençant par la Société Générale, rue Ordener, dans le 18e arrondissement. Les braquages s’enchaînent ; Bonnot descend le 24 avril 1912 à Ivry le sous-directeur de la Sûreté.

Leur truc, c’est de faire du mi-terrorisme, mi-banditisme : d’ailleurs les journaux de l’époque nomment chacun de leur braquage un « attentat ».

La bourgeoisie prend peur, la presse se déchaîne, et la traque policière s’organise, frappant le milieu libertaire.

Le 28 avril 1912, Bonnot et les autres sont découverts dans un pavillon de Choisy le Roi. Les flics assiègent la maison ; fait appel à l’armée. Les gens affluent de toute la région pour assister au dénouement de l’affaire. Les flics utilisent la dynamite pour faire sauter le mur et tuent tout ce qui bouge.

Pour en savoir plus sur l’épopée de la bande à Bonnot, et son traitement médiatique, vous pouvez lire un article très fouillé sur Rebellyon.

Le 3 février, ce sont 21 personnes qui vont se faire juger pendant 3 semaines. Les juges et le président Couinaud s’en donnent à coeur joie face à ces « dangereux individus ».



Le procès de la Bande à Bonnot

BNF

Callemin, le principal membre survivant, nie les faits. Carouy et Metge (double meurtre de Thiais) nient également, alors que leurs empreintes digitales les accusent. Monier et Soudy (hold-up de Chantilly) sont formellement reconnus par des témoins. Kibaltchiche, est présenté comme le « cerveau » de la bande, ce qu’il récuse : il a hébergé certains membres mais n’a pas profité de leurs vols.

Dieudonné, accusé de participation au braquage de la Société Générale, rue Ordener, est disculpé par une lettre de Bonnot et de Garnier qui ont affirmé son innocence. A l’annonce du verdict survient un coup de théâtre : Callemin, qui avait nié sa participation au hold-up de la rue Ordener, s’accuse et innocente à son tour Dieudonné.



Procès de la Bande à Bonnot

Bernard Gorodesky, David Belonie, Antoine Gauzy, Edouard Carouy, André Soudy et Etienne Monier

Le 27 février, les condamnations pleuvent :

  • Raymond Callemin, dit Raymond la Science, condamné à mort ;
  • André Soudy, condamné à mort ;
  • Etienne Monier, condamné à mort pour assassinat ;

    Ils seront tous les trois guillotinés le 21 avril 1913, devant la prison de la Santé à Paris.
  • Eugène Dieudonné, condamné à mort ; il sera envoyé au bagne, en guyane française, s’évadera puis sera repris. L’avocat de Dieudonné obtiendra son recours en grâce auprès du président Raymond Poincaré en 1927, suite à la campagne d’Albert Londres. Les éditions Libertalia ont réédité son livre : La vie des forçats, dont voici quelques extraits
  • Marius Paul Metge : travaux forcés à perpétuité pour assassinats, vols qualifiés, complicité de vols qualifiés par recel et association de malfaiteurs ; il sera libéré du bagne en 1931
  • Edouard Carouy : travaux forcés à perpétuité (il se suicide le jour même en avalant une pastille de cyanure)

Les autres sont jugés comme “complices”, pour certains avec une grande insuffisance de preuves :

  • Jean De Boé : dix ans de travaux forcés ; dix ans d’interdiction de séjour pour « recel et association de malfaiteurs » ; il partira avec Dieudonné, au bagne de l’Île du Diable en Guyane française
  • Bernard Gorodesky : condamné par contumace à 10 ans de réclusion pour avoir donné l’asile à Bonnot et Garnier, on ne retrouvera jamais sa trace
  • Victor Kilbatchiche : 5 ans de prison pour recel d’armes volées et 5 ans d’interdiction de séjour. On le connaît plus sous le nom de Victor Serge !

    Déjà, à l’époque du braquage de la rue Ordener, il avait écrit dans L’Anarchie :

    « Je ne crains pas de l’avouer. Je suis avec les bandits. Je trouve que leur rôle est le beau rôle ; parfois je vois en eux des hommes. Ailleurs je ne vois que des mufles et des pantins… […] Combien avait-il fallu de morts d’hommes pour mettre aux mains de quelque bourgeois cossu ces 300 000 francs ? Rappelez-vous les salaires dont vivent — non, dont crèvent ! — les ouvriers des filatures du Nord ou les casquettiers juifs de Paris ou certains verriers ! »

    .

    Victor Serge quittera donc la France pour l’Espagne après ses cinq ans de prison ; il participe à Barcelone au journal Tierra Y Libertad. Il est ensuite renvoyé en Russie, dont il est toujours ressortissant en janvier 1919. Il adhère au Parti Communiste, et participera à l’opposition de gauche menée par Trotski. Anti-stalinien, il sera finalement expulsé d’URSS en 1936.

  • Henry Crozat de Fleury : 5 ans de prison pour recel
  • Jean Marcel Poyer : 5 ans de réclusion et 5 ans d’interdiction de séjour pour port d’arme prohibée et complicité de vol qualifié
  • Jean Dettweiler : 4 ans de prison pour complicité avec circonstances atténuantes pour recel de voiture volée
  • David Bélonie : 4 ans de prison et dix ans d’interdiction de séjour
  • Antoine Gauzy : 18 mois de prison pour recel de malfaiteurs
  • Charles Reinert : 1 an de prison pour recel de malfaiteurs
  • Marie Vuillemain, dite Marie la Belge, est acquittée
  • Barbe Le Clerc’h, dite la veuve Mercie, est acquittée
  • Rirette Maitrejean est acquittée
  • Léon Rodriguez, dit Fernand Delgado, est acquitté, mais il sera condamné en juillet 1913 à huit ans de travaux forcés et à la relégation pour fabrication de fausse monnaie

Une petite pensée pour ces bandits anarchistes, dits illégalistes, dont le mythe a souvent noyé les paroles politiques : comme ces mots trouvés dans la poche d’Octave Garnier, tué par la police à Nogent sur Marne, dans la fusillade du 15 mai 1912 avec Valet :

« Réfléchissons.

Nos femmes et nos enfants s’entassent dans des galetas, tandis que des milliers de villas restent vides.

Nous bâtissons les palais et nous vivons dans des chaumières.

Ouvrier, développe ta vie, ton intelligence et ta force. Tu es un mouton : les sergots sont des chiens et les bourgeois sont des bergers.

Notre sang paie le luxe des riches.

Notre ennemi, c’est notre maître.

Vive l’anarchie. »

Pour en lire plus, rendez-vous sur infokiosques.net




Source: Paris-luttes.info