Juin 27, 2022
Par Le Numéro Zéro
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AprĂšs avoir rĂ©cupĂ©rĂ© un QR code, on prend des forces avant d’aïŹ€ronter la Plaine et on prend des conseils de spĂ©cialistes. Un monsieur nous explique qu’il parie depuis 1958, 4 ans aprĂšs la crĂ©ation du Pari Mutuel Urbain. AttablĂ© devant les pages hippiques du DĂ©clin, il nous ressort quelques tickets de pari. Lorsqu’on lui demande des conseils, il nous dit une fois qu’« il vaut mieux rien y connaĂźtre Â», cinq fois que « c’est dur Â» et trois fois qu’« il y a des magouilles Â». Un exemple flagrant selon lui : la victoire la veille d’Hardy de LaumiĂšre ou autre Hamilton du noyer, outsider Ă  115 contre 1. Le monsieur nous parle argent et montant des prix lors des « rĂ©unions Â». Aujourd’hui, ça trotte Ă  Feurs pour 24 000 euros, une faible somme qui explique pourquoi « c’est nul lĂ -bas Â». MĂȘme s’il est assidu, il nous explique ne pas ĂȘtre acharnĂ© et ne pas laisser le budget du mois sur un ticket. Contrairement Ă  d’autres qui « dĂ©pensent leur chĂŽmage en deux jours de courses Â».

10h30, sur la RD1082

On passe devant la tour de contrĂŽle de l’aĂ©roport international de BouthĂ©on. On ne voit (toujours) pas d’avion et on pense en souriant aux 24h du Couac #10.

11h30, bar PMU Le Central, Feurs

L’enquĂȘte commence vĂ©ritablement, nous voilĂ  sur les terres de l’hippisme local. Pas de chance, le PMU « ouvert 365 jours par an Â» ferme Ă  12h et ne rouvrira pas d’ici notre dĂ©part pour « une grosse affaire Ă  Lille Â». On Ă©change tout de mĂȘme rapidement avec le tenancier. Il nous explique que l’hippodrome « n’apporte rien aux petits commerçants puisqu’il y a tout sur place : restaurants, buvettes
 Â». D’aprĂšs lui, les habituĂ©.e.s du bar ne vont pas Ă  l’hippodrome, « le temps de faire la queue lĂ -bas pour parier, on peut rater sa course Â». Encore pas de chance, on rate le prĂ©sident de la sociĂ©tĂ© hippique de la Loire (GĂ©rard Vacher), « il mange ici tous les dimanches et lundis midi, il Ă©tait lĂ  il y a quelques minutes Â».

12h, un autre bar

Le deuxiĂšme PMU de la ville est fermĂ© pour cause de congĂ©s. Nous trouvons un autre rade et nous asseyons Ă  cĂŽtĂ© de deux jeunes pour profiter de la trap qu’ils diïŹ€usent sur leurs smartphones. Ils nous conseilleront d’aller « plutĂŽt dans un PMU, Feurs c’est des courses rĂ©gionales, ça ne vaut rien ! Â» Quand on leur demande s’ils ont dĂ©jĂ  visitĂ© l’hippodrome, ils rigolent : « on ne va plus Ă  l’école, nous Â». Le lieu ne fait pas partie de leurs « habitudes quotidiennes Â» mais « les gens ici ils sont Ă  fond Â». Ils y sont tout de mĂȘme allĂ©s quelques fois.

14h, hippodrome de Feurs

AprĂšs s’ĂȘtre garĂ©s sur le « parking oïŹƒciel Â», nous nous prĂ©sentons devant la tribune principale. La dame de l’accueil nous oïŹ€re un grand sourire en annonçant que l’entrĂ©e Ă  5 euros est gratuite pour les femmes. Un papier Ă  remplir permet de participer Ă  un tirage au sort pour 500 euros de bons d’achats. Assez rapidement, on rencontre un turfiste, un vrai, autour du journal (trĂšs) local « La Casaque Â». Il nous drive (Ă  prononcer Ă  la française) comme le font les driveurs (Ă  prononcer aussi Ă  la française) Ă©galement appelĂ©s jockeys derriĂšre leurs chevaux. PostĂ© au pied de l’écran qui indique les cotes, lui aussi pense qu’« il vaut mieux jouer aux hasard Â» mais est formel « ici, il n’y a pas de magouilles, ce sont des courses locales Â». Aujourd’hui, « les favoris ne sont pas sortis Â», il n’a donc « pas gagnĂ© une thune alors qu’[il] s’y connaĂźt Â». « Ici tout le monde veut gagner des thunes, vous pouvez miser gros pour faire augmenter nos gains Â». On se sent utiles et il nous fait confiance. Il nous confie qu’il a dĂ©jĂ  bourrĂ© les urnes pour le tirage au sort qui a lieu Ă  chaque rĂ©union hippique. « On a pris des formulaires dans les poubelles et on a mis plusieurs fois nos noms. J’ai reçu un courrier de l’hippodrome Â». Il nous indique la meilleure place dans la tribune, en face de la ligne d’arrivĂ©e. On le suit et on s’assoit Ă  cĂŽtĂ© de lui.

14h30

AprĂšs la course, on fait le tour du propriĂ©taire. On monte au restaurant panoramique, plus modeste qu’on le pensait. Ambiance salle des fĂȘtes : chaises en bois usĂ©, grandes tablĂ©es, et paris pris sur place. En dessous, c’est la salle des paris. Plusieurs fi les d’attente se terminent par des gens avec des caisses enregistreuses. Le public est vieillissant et rĂąle au fur et Ă  mesure du temps qui file. Le stress monte, les cotes Ă©voluent, les derniers arrivĂ©s paniquent de ne pas pouvoir parier avant le dĂ©but de la course. Tout Ă  gauche, ce sont les caisses automatiques, le public est clairement plus jeune. Il y a des buvettes partout sur le site. L’une d’elle est proche de l’espace d’entraĂźnement. On y observe les jockeys, plus vieux et moins athlĂ©tiques qu’on ne l’imaginait. Un confrĂšre de la presse y fait des interviews pour la chaĂźne « Equidia Â». On perd une membre de la rĂ©daction qui devient rapidement addicte aux jeux.

15h00

On revient prĂšs de la piste. Les sponsors de l’hippodrome, des entreprises locales qui donnent leur nom aux courses, invitent leurs clients Ă  faire des tours de piste en voiture pour suivre la course au plus prĂšs. Deux ambulances suivent (de trop loin). La voiture des juges prĂ©cĂšde le cortĂšge VIP motorisĂ©. L’ambiance est bonne. Mais molle. Nous ne sommes pas au stade. Cependant, on sent la tension et on entend mĂȘme quelques cris avant l’arrivĂ©e. AprĂšs, tout le monde part boire un coup et donner son QR code aux caisses (celui du ticket de paris pas celui du passe). On rencontre plus de gens qui s’occupent que de passionnĂ©.e.s.

15h45

8e et derniĂšre course de la journĂ©e. Peu de temps aprĂšs le dĂ©part, un cheval se libĂšre. Il part au galop et dĂ©sĂ©quilibre le jockey pour faire, seul, 4 tours de pistes. Il finit par traverser le terrain central (de rugby), hĂ©site Ă  sauter la barriĂšre avec un sulky (attelage) derriĂšre lui, tombe, passe au trot et est rĂ©cupĂ©rĂ© par Dylan, le plus tĂ©mĂ©raire sur la piste. La prise de conscience antispĂ©ciste met fin Ă  l’addiction aux jeux de notre reportrice.

16h30

C’est la fin des courses. On boit un coup Ă  une buvette en rupture de biĂšre. 4 femmes servent les clients (plutĂŽt masculins). On devine que certains sont prĂ©sents depuis la 1Ăšre course lancĂ©e Ă  11h40. Comme Ă  chaque fois, le podium mobile rassemble les gagnants et les partenaires de la course, dans une mise en scĂšne kitch mais bien huilĂ©e. Le jockey commente sa victoire et les performances de son cheval, toujours content de sa monture : « il court bien, il court propre, c’est bien Â». Le speaker Ă  cravate rouge lui tient le micro. Ses rĂ©actions mĂȘlent commentaire du commentaire, convivialitĂ© et banalitĂ©s. Le sponsor local est ensuite invitĂ© Ă  prĂ©senter son entreprise, toujours familiale, et ses activitĂ©s, toujours ancrĂ©es dans le territoire. Avant la photo, le maire commente les commentaires de commentaires, tout fier d’ĂȘtre le premier Ă©dile local et donc, la star du moment. L’animateur de ce temps 100% masculin flatte les Ă©gos du petit pouvoir forĂ©zien (de Feurs, pas du Forez) en empruntant le vocabulaire de la start-up nation : on nous cause entreprise citoyenne et financement de l’hippodrome, co-innovation et brioche au caramel.

Les rĂ©seaux d’influence sont visibles sur le podium. On imagine ce qu’ils doivent ĂȘtre dans les voitures parcourant les 1300 m de pistes ou autour des tables du restaurant panoramique. Le dernier podium, le seul qui ne porte pas un nom d’entreprise, est celui de la ville de Feurs. Il ajoute une note artistique au tableau : un peintre du cru prĂ©sente l’une de ses Ɠuvres. Sur la toile, une reproduction de photo en aquarelle dessine un cheval franchissant la ligne d’arrivĂ©e. On voit nettement « le sponsor qui va bien en bas Ă  droite Â». « Un vrai atout de marketing communicationnel Â» d’aprĂšs notre speakeur prĂ©fĂ©rĂ©. La croĂ»te est Ă  destination du gagnant qui commente finement, « c’est la patronne qui va ĂȘtre contente ! Â». AprĂšs un moment de doute on croit comprendre qu’il parle de sa femme. Tout cela semblerait bien ringard si ce n’était pas eux qui avaient le pouvoir.

17h

AprĂšs le tirage au sort du grand jeu du jour et alors que tout le monde rentre chez soi, on rĂ©ussit Ă  obtenir quelques interviews exclusives. PrĂšs des caisses enregistreuses, ça compte l’argent du jour. Une personne nous explique qu’elle est vacataire pour Pari Mutuel Hippique. Elle se dĂ©place sur le Centre-Est (elle nous Ă©numĂšre la liste des dĂ©partements) en fonction des courses. Elle rentre Ă  Lyon avec ses collĂšgues caissiĂšres itinĂ©rantes de l’hippisme. A la buvette, une « bĂ©nĂ©vole Â» nous explique qu’elle file la main Ă  son ami auto-entrepreneur. Elle nous indique oĂč trouver les organisatrices de l’évĂ©nement.

17h15

Dans une petite salle oĂč sont entreposĂ©s les dossards Ă  chevaux, deux femmes nous reçoivent. L’une d’elles est secrĂ©taire retraitĂ©e de l’hippodrome, l’autre est intĂ©rimaire et y travaille en fonction des besoins. Une troisiĂšme nous rejoindra, c’est la secrĂ©taire permanente de la sociĂ©tĂ© hippique. La premiĂšre est lĂ  pour le plaisir. Elle soutient ses ex-collĂšgues de l’accueil et occupe ses journĂ©es de retraite par la convivialitĂ© hippique. Elle n’a pas l’air d’ĂȘtre la seule dans ce cas : au sein de la tribune, on percevait celles et ceux prĂ©sentes pour la sociabilitĂ©. La deuxiĂšme dame accompagnait son pĂšre Ă  l’hippodrome « toute petite Â». C’est donc naturellement qu’elle est rĂ©munĂ©rĂ©e ponctuellement pour un poste « trĂšs rythmĂ© par le temps Â». Pendant qu’elle nous parle, elle rend les fiches signalĂ©tiques aux propriĂ©taires et entraĂźneurs de chevaux. On comprend alors que tout le monde se connaĂźt, se tutoie et se cĂŽtoie mais que c’est quand mĂȘme une compĂ©tition : on apprĂ©cie son adversaire, ou pas. La troisiĂšme porte le poids de la communication de l’hippodrome sur ses Ă©paules : un gros badge estampillĂ© PMU lui permet d’ĂȘtre identifiĂ©. Peu familiĂšre du monde hippique Ă  son embauche, elle apprĂ©cie « le spectacle des chevaux Â» et l’esprit des lieux. Elle nous raconte l’athlĂ©tisme des animaux et la logistique que l’évĂ©nement implique. Une centaine de personnes sont nĂ©cessaires pour faire exister une journĂ©e comme celle-ci : paris, son, Ă©lectricitĂ©, inscriptions, tĂ©lĂ©vision, rĂšglement, restauration
 Elle insiste sur l’aspect associatif de la sociĂ©tĂ© hippique de la Loire. Le monde associatif est vaste : ici tout semble ĂȘtre partenariats mais le bĂ©nĂ©volat est au cƓur des discussions. Elle concĂšde que le public est vieillissant et la frĂ©quentation en baisse, notamment depuis l’existence des paris en ligne. Elle dĂ©fend le milieu de toute maltraitance animale en s’appuyant sur l’esprit et les valeurs de l’élevage local ainsi que le label « EquuRES Hippodrome Â» obtenu rĂ©cemment. On perçoit une peur mystĂ©rieuse de la pression « animaliste Â» qui vient de Paris (des bureaux d’élus ? de la rue ? de salons de philosophes ?).

Mardi 7 septembre, 9h, cafĂ© PMU « Le Galop’in Â»

Les habituĂ©s reviennent sur la course d’hier et l’évĂ©nement majeur qu’a constituĂ© la tentative de fuite d’un canasson : « heureusement qu’il a sautĂ© le jockey, il a bien vu qu’il ne pouvait rien faire, le cheval ne voulait pas courir Â».

On repense Ă  l’addiction aux jeux qui a failli gagner l’une de nos reportrices. On appelle donc « SOS joueurs Â» dont le numĂ©ro Ă©tait dissĂ©minĂ© dans tous les espaces de l’hippodrome. En ligne, on tombe d’abord sur un rĂ©pondeur musical, puis un humain. On commence Ă  expliquer nos peurs mais il nous coupe pour nous renvoyer vers un « addictologue spĂ©cialisĂ© Â». Ça semble bien parti pour trouver de l’aide, mais nous voilĂ  sur un nouveau rĂ©pondeur. AprĂšs plusieurs minutes d’attente, on renonce. Un autre appel infructueux plus tard, on se dit que dĂ©cidĂ©ment, l’hippodrome, c’est dangereux.


L’origine des hippodromes

Les premiers hippodromes datent de l’antiquitĂ© avec les fameuses courses de char. Des hippodromes modernes sont ouverts au XVIIe siĂšcle par le roi d’Angleterre puis par des notables locaux. Aujourd’hui, la moitiĂ© des hippodromes europĂ©ens se situent en France et celui de Feurs a fĂȘtĂ© ses 150 ans en 2017. La page internet du site nous informe qu’un marquis a choisi l’ancienne prĂ©fecture de la Loire pour dĂ©placer un hippodrome autrefois situĂ© Ă  Civens (au nord de Feurs) .

Les types de paris

En fonction de la stratĂ©gie que l’on souhaite mettre en place, du gain que l’on vise et des risques que l’on est prĂȘt-e Ă  prendre, plusieurs sortes de paris s’offrent Ă  nous. Comme on n’a rien compris on a suivi notre mentor qui avait un faible pour les formules « jumelĂ© placĂ© Â». Il nous fallait donc trouver deux des trois premiers chevaux. On ne vous expliquera pas ici chaque formule, nous n’avons pas assez d’encre pour dĂ©tailler une multitude de possibilitĂ©s : simple gagnant ou placĂ©, jumelĂ© gagnant, jumelĂ© dans l’ordre, trio, cinq sur cinq


Les gains et les cotes

Pour les parieurs, les gains sont fonction de la formule choisie et surtout des cotes des chevaux gagnants. Plus un cheval récolte de paris, plus il est considéré comme favori, et plus sa cote est basse, donc moins le gain sera important.

Les prix des courses

L’enjeu de chaque course est dĂ©fi ni par un montant destinĂ© aux rĂ©compenses envers les premiĂšres Ă©quipes de chaque course. La premiĂšre empoche la moitiĂ© de la somme totale. Les deux suivantes se partagent le reste. Dans chaque Ă©quipe le montant est partagĂ© entre le driver, l’entraĂźneur et le propriĂ©taire. Les courses rĂ©gionales comme celles de Feurs engagent des rĂ©compenses moins importantes que les courses nationales, ainsi qu’un nombre plus rĂ©duit de parieurs et donc des gains potentiels moins Ă©levĂ©s. Sur les courses auxquelles nous avons assistĂ©, les enjeux se situaient entre vingt et trente mille euros.

Les acteurs de l’hippisme

LE PUBLIC nous a semblĂ© vieillissant. À Feurs, en 2021, un tiers du public est entrĂ© gratuitement. Il faisait donc partie de l’une des catĂ©gories suivantes : femmes, plus de 70 ans ou moins de 12 ans. Nous n’avons pas croisĂ© beaucoup d’enfants. Pas du tout en fait.

LES SPONSORS sont des entreprises locales qui soutiennent l’hippodrome. Elles bĂ©nĂ©ficient ainsi d’un tour de piste en voiture pour suivre une course avec leurs clients et d’un temps de parole lors des remises des prix des courses. On aura ainsi pu assister Ă  la promotion d’une entreprise de menuiserie et d’un fabricant de caramels.

LES SOCIÉTÉS DE PARIS sont les entreprises qui commercialisent les paris sur les courses hippiques. Paris Mutuel Urbain (PMU) commercialise des paris à distance, tandis que Paris Mutuel Hippodrome (PMH) commercialise les paris sur place.

LES COLLECTIVITÉS LOCALES participent largement au fonctionnement des Hippodrome. Celui de Feurs appartient Ă  la municipalitĂ©, accueille d’autres Ă©vĂ©nements que des courses et est accessible au public en dehors des Ă©vĂ©nements. En 2020, la sociĂ©tĂ© hippiques de la Loire a bĂ©nĂ©ficiĂ© de 102 800 euros de concours publics et subventions d’exploitation.

L’ETAT prĂ©lĂšve un pourcentage sur les mises engagĂ©es dans chaque course (6,6 % pour les paris physiques, 10,6 % pour les paris en ligne).

LES SOCIÉTÉS DE COURSES, France Trot et France Galop, en fonction des disciplines, constituent les « maisons mĂšres Â» des hippodromes et perçoivent une redevance qui correspond Ă  un pourcentage sur les paris.

LES PROFESSIONNELS DE L’HIPPISME reprĂ©sentent tout un secteur Ă©conomique hiĂ©rarchisĂ© : propriĂ©taires, entraĂźneurs, vĂ©tĂ©rinaires, drivers, lads, marĂ©chaux-ferrants


P.-S.




Source: Lenumerozero.info