Octobre 21, 2020
Par Le Monde Libertaire
43 views


Au cours des dernières années et notamment dans les derniers mois, nous les travailleur.e.s avons subi, outre une baisse générale des conditions de travail, la dégradation de celles de l’université et de la recherche en particulier. La COVID19 n’a fait qu’accélérer ce processus, donnant une occasion unique aux dirigeants des universités et des unités de recherches pour dévaluer encore davantage nos conditions de travail à nous tou.te.s qui rendons possible leur fonctionnement.

Notre incapacité en tant que travailleur.e.s pour organiser une réponse forte pendant la période de confinement et de post-confinement avec son “retour à la normale” s’est traduit par un despotisme exacerbé de la part des équipes gouvernementales et institutionnelles. Par exemple, dans de nombreuses universités, il n’y a pas eu de concertation avec les travailleur.e.s pour planifier le retour au travail et les négociations ont été suspendues car “non prioritaires”. Et ce n’est pas tout, alors même que, clairement, on a besoin de davantage de professionnels pour garantir la santé, au sens propre et au sens figuré, du système d’enseignement supérieur et de recherche, on a aggravé la précarité en ne renouvelant pas les contrats et en gérant le télétravail de sorte à rendre imprécises les limites de la journée de travail.

Pour toutes ces raisons nous considérons aujourd’hui, plus que jamais, que l’heure est venue. Notre patience est à bout : il est urgent de s’opposer ouvertement à une gestion capitaliste d’un secteur scientifique et universitaire qui ne voit la formation et la recherche que comme une simple marchandise source de profits.

Ainsi donc, les graves problématiques du domaine de la recherche et de l’université restent celles d’avant la pandémie. Il y a toujours des embauches frauduleuses et précaires (comme c’est le cas des professeurs associés) dans les établissements publics. Il n’y a eu aucune amélioration en ce qui concerne les demandes de maintien des emplois ni pour les Erasmus. Les services des universités et centres de recherche (cafeterias, nettoyage, etc.) sont toujours privatisés. On renforce chaque jour l’absurde hiérarchisation du travail, en rupture avec le principe “à travail égal, salaire égal”. L’université, loin d’être publique et gratuite, maintient des frais d’inscription élevés qui excluent les étudiants socialement défavorisés. Les critères d’évaluation continuent à encourager un modèle concurrentiel qui, tout comme la précarité, crée un excellent terreau pour la fraude ainsi que pour divers troubles psychologiques.

Face à cette situation, notre proposition est clairement celle d’un modèle de recherche et d’enseignement supérieur public, au service des besoins de la classe laborieuse et non, comme c’est le cas actuellement, du capital :
– Éradiquer l’ingérence du capital dans le système universitaire et de recherche. Les programmes et la recherche ne doivent pas varier en fonction des intérêts du capital. C’est pourquoi, il faut développer un système de financement totalement public et contrôler ceux qui font fonctionner l’université et les centres de recherche : chercheur.e.s, technicien.ne.s, professeur.e.s, étudiant.e.s, etc.
– En finir avec un système de bourses obsolète. L’université doit être totalement gratuite et donc sans conditions de ressources.
– Supprimer l’embauche frauduleuse et la hiérarchisation, garantir une continuité pour le personnel, créer un corps unique de professeur.e.s. A la maxime “A travail égal, salaire égal”, nous ajoutons ” et égale capacité décisionnaire”. Ce n’est qu’en prenant le contrôle des décisions prises dans les centres de recherche et les universités que nous parviendrons à ce qu’ils cessent d’être sous le contrôle d’éléments externes.
– Développer un modèle de conciliation qui permette de mettre fin au dilemme de devoir choisir entre une carrière professionnelle et une prise en charge soins familiale/ personnelle.
– Arrêter la sous-traitance de services et adopter un mode d’embauche directe.
– Changer les critères d’évaluation afin de favoriser la coopération au lieu de la concurrence et de rendre visible tout pas en avant dans un format “Open Access” qui n’entraîne pas le transfert de ressources publiques à des publications privées.
– Réorienter les politiques dans les Universités et les Centres de Recherche en période de Covid et donner la priorité à la santé des personnes qui travaillent et font des études.

Voici quelques unes de nos demandes les plus immédiates et urgentes. En définitive, les raisons de réagir ne manquent pas, pas plus que ne manquent les raisons pour que nous nous unissions (ils nous ont divisées en différentes catégories pour atomiser les luttes) et pour passer à l’offensive.

Seul le peuple sauve le peuple, tou.t.e.s en grève !




Source: Monde-libertaire.fr