Mai 19, 2022
Par La Brique
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Louche de bronze - 2022Le 1er Mai est toujours un moment fort pour le journal. Après deux années perturbées par la pandémie de Covid, La Brique a décidé de marquer le coup par une journée marathon. Pour le collectif, cela a commencé par la couverture du procès d’un militant de Calais, puis a suivi la criée sauvage au traditionnel défilé lillois (suivie d’un contrôle plein de zèle de la BAC). Enfin, pendant que certain.es tenaient un stand au salon du livre d’Arras, d’autres s’offraient un moment de grâce à la Fête de la soupe de Wazemmes. Bilan de la journée : 500 balles de ventes et une Louche de bronze.

CRA : Les juges ne connaissent pas les dimanches…

… ni les jours fériés. À 9h30 ce dimanche 1er mai, en même temps que la manifestation, des militant.es se rendent à l’audience de la Juge des Libertés et de la Détention (JLD) de Lille, soutenir R., un Anglais qui lutte depuis 2018 en faveur des personnes exilé.es en transit à la frontière franco-britannique. R. fait partie des personnes qui se sont mobilisées pour ouvrir des squats à Calais en février 2022. Arrêté le 28 avril pendant un contrôle routier, il apprend soudainement que son titre de séjour de 5 ans est annulé depuis le 8 mars, et qu’il fait l’objet d’une Obligation de quitter le territoire français (OQTF), assortie d’une interdiction de retour dans tout pays de l’espace Schengen pendant deux ans (IRTF) ! Après une garde-à-vue de 10 heures, il est incarcéré au Centre de rétention administrative de Lesquin (Lille), plutôt qu’à Coquelles (Calais), « pour l’éloigner de ses soutiens » selon le collectif Calais Logement pour toustes.

Ce 1er mai, le procès est clairement politique : les flics et RG sont de la partie et la Préfecture a dépêché spécialement un avocat venu de Paris venu plaider uniquement ce dossier malgré les nombreuses personnes comparaissant ce jour-là. Une avocate confie dans un couloir que « la juge le fait passer en premier car c’est un cas particulier ». Celle-ci refuse de faire droit à la demande d’assignation à domicile, validant son emprisonnement pour 28 jours*.

Le mardi suivant, la Cour d’appel de Douai prononce son placement au Centre d’accueil et d’évaluation des situations (CAES) de Saint-Omer, avec obligation de pointer trois fois par semaine au commissariat distant d’une heure de marche. En parallèle, R. apprend que le Tribunal administratif refuse de statuer sur l’annulation de son OQTF et de son IRTF, au motif que sa demande serait prescrite. Pourtant, il n’a pas pu les contester car la préfecture ne les lui a jamais notifiées. Il a donc été contraint de rejoindre la Grande-Bretagne, d’où il est plus que déterminé à organiser sa défense.

R. dénonce fermement les raisons politiques qui ont conduit à cette situation. Malgré la pression et les intimidations, la lutte continue à Calais et le squat de la rue Frédéric Sauvage tient toujours bon !

* L’emprisonnement, appelé à tort « rétention administrative », peut durer jusqu’à 90 jours et nécessite la présentation dans les 48h de son prononcé devant le JLD.

► Lire aussi : « Communiqué : un militant britannique menacé d’expulsion à Calais » (Collectif Calais Logement pour toustes, 2 mai 2022)

Manif’ des travailleur.ses : la police menace la presse indépendante

La vente à la criée en manif’, c’est une vieille tradition de La Brique. Le tout est de ne pas se faire prendre à parti par d’autres vendeur.es de journaux militants qui réclament un échange presse (les petit.es malin.es, on sait que notre canard vaut mieux que leur antiques publications). Cette année, on s’est distingué.es en posant une petite table à un coin de rue. « Demandez La Brique ! » On voit passer du monde : des fanfares, des batucadas, des collectifs divers et variés comme la SQUAL, Handivergence ou L’Offensive. Et les historiques : la CGT, Solidaires, la CNT, le NPA, deux drapeaux de l’UNEF, l’Union Populaire, EELV… et même le discret PS. Martine Aubry n’a cependant pas fait le déplacement.

Après avoir arrosé le cortège de Briques comme il se doit, on remballe notre marchandise alors que passent deux bagnoles de la BAC qui collent au cul de la manif’. On les observe passer, sans pouvoir s’empêcher de remarquer leur accoutrement : « Le gilet pare-balle, dans la voiture, c’est certainement indispensable ». Un des conducteurs, sans pour autant avoir entendu la phrase, donne le ton : « Si t’as quelque chose à dire, viens le dire en face plutôt que de te cacher derrière tes lunettes de soleil ». Il sort de son carrosse et répète : « T’as un problème ? ». « Passe ton chemin », lui répond-on. « Quoi ? Tu sais à qui tu parles ? », dit-il en faisant le tour de sa voiture pour s’approcher. À moins de vingt centimètres de la tête de notre vendeur : « Je pourrais t’emmener 4 heures en vérification d’identité ». Il le pourrait en effet, si on présentait une espèce d’opposition à un contrôle d’identité.

La tension monte franchement d’un cran. Il dit, tout en poussant notre vendeur vers une rue adjacente : « Viens, on va parler dans la p’tite rue… ». Et de continuer en marmonnant : « Y’aura pas tes copains antifa, là ». Il ne semble pourtant pas avoir le soutien de ses camarades policiers, qui restent statiques autour de leurs voitures, donc il abandonne l’idée. Les gens s’arrêtent, regardent interloqués la situation.

Un autre vendeur du collectif s’en mêle : « Vous n’avez pas le droit de vous opposer à la vente de la presse.
– Ah t’es journaliste ? Sors-moi ta carte de presse !
– Pas besoin d’avoir une carte de presse pour vendre un journal.
 »

Rodés à l’exercice (ce n’est hélas ni la première, et sans doute pas la dernière fois), nous lui présentons l’article de la loi Bichet : « Toute entreprise de presse est libre d’assurer elle-même la distribution de ses propres journaux et publications périodiques par les moyens qu’elle jugera les plus appropriés à cet effet. » Rien n’y fait : « Je ne lis rien du tout ».

Contrôle d’identité forcé, sans en connaître le motif. Pas moyen d’en placer une, chaque réponse est la même et un peu plus insistante à chaque fois : « Donne-moi ta carte ! ». L’un de nos vendeurs se montre un peu réticent :

« Allez les gars, on l’embarque ». Encore une fois, ses collègues ne bougent pas…

Il se contente de saisir les cartes d’identité, les prend en photo avec son téléphone, bredouille une dernière menace et s’envole aussi sec. Mais, au fait, que fait la BAC dans une manif’ aussi familiale ?

Des badauds viennent spontanément offrir leur soutien. On finit de remballer nos journaux, puis on revient à la manif’. Surprise, deuxième couche, derrière son pare-brise le conducteur de la BAC lance des coucous, tout sourire. Pris d’indignation, l’un d’entre nous va le voir. Accompagné par hasard cette fois-ci de Jérémie Crepel, élu municipal à la Ville de Lille à qui nous narrions l’incident. La discussion repart de plus belle.

Cette fois-ci il ne sort pas du véhicule. Par contre, il nous nomme fièrement : « J’ai pas de problèmes avec vous M. ******, j’ai des choses à reprocher à M. ****** ». Il a trouvé son jouet : nos noms. C’est l’occasion de clarifier ce qu’il a contre nous.

« Vous vendez illégalement des journaux.
– Nous sommes libres de vendre des journaux. Nous sommes sur la place publique.
– Vous êtes sur la
voie publique ».

Monsieur est tatillon. On l’invite à nous attaquer pour que le droit passe définitivement. Au pire, comme pour les autres, il peut inventer un délit d’outrage pour nous mettre du plomb dans l’aile. Nous l’attendons aussi au tournant. C’est quand même mieux ici qu’à l’ombre des « p’tites rues ». L’agent finit par demander de l’air en disant qu’il doit faire de la « sécurisation ». Voilà donc le rôle, dans cette manifestation, de la brigade « anti-criminalité ». Dans un autre contexte, avec des personnes moins protégées que nous, on peut imaginer le même bagout des personnages, avec autant d’exagération et d’arbitraire. On peut aussi imaginer bien pire.

► Lire aussi : « La mairie de Lille intente un procès à La Brique » (La Brique, 2 septembre 2016)

Salon du livre d’Arras : « Colères du présent » en présentiel…

L’année dernière, on se contentait d’un passage à la radio pour le salon d’expression populaire et de critique sociale qui se tient chaque 1er mai à Arras. Inutile de vous dire que cette année, on était chaud.es pour ne pas rater ce retour, comme une revanche sur ces mois de confinement qui ont mis à rude épreuve notre sociabilité et notre capacité à nous mobiliser.

Dès 8h30, la première équipe était au rendez-vous, une table tapissée de journaux colorés, avec le n°66 fraîchement sorti des rotatives, ainsi que les exemplaires produits ces 2 dernières années et qui ont galéré à trouver leurs lecteur.rices, et d’autres numéros plus anciens… Petite nouveauté, La Brique y présentait aussi son bouquin, petit florilège de critiques sociales parues pendant ces 15 dernières années et textes inédits sur les grandes thématiques qui remplissent régulièrement les pages de notre journal.

Installé.es face au chapiteau du syndicat Sud, les vapeurs de merguez, que chacun.e attribue d’ordinaire à la CGT ont été diversement appréciées : alors que pour certain.es, la sensation s’approchait d’une forme d’écœurement, pour d’autres, telles les madeleines de Proust, c’étaient des souvenirs de blocages et de mobilisation qui remontaient à la surface. Au loin, les accords de musique punk semblaient confirmer à tout le monde que le confinement était derrière nous. Pourtant, pour quelques habitué.es de l’événement annuel le constat est un peu nostalgique : le salon semblait jadis plus vaste avec plus de diversité chez les exposant.es.

Au milieu des stands tenus par des associations, des médias alternatifs et des éditeurs indépendants, les échanges furent nombreux et intéressants avec notamment des lecteur.rices qui nous manquaient salement !

► Lire aussi : « Dans la fabrique des ateliers d’écriture » (La Brique n°41, octobre/novembre 2014)

Louche d’Or : sous le soleil de mai, La Brique bronze

Patapik est le nom de notre soupe, parce qu’il y a de la patate douce et que ça pique. On a cuisiné ça la veille : 30L de soupe grâce au soutien matériel du Centre Culturel Libertaire, et humain du Centre LGBTQIF. Søtpotetsuppe en norvégien ou « soupe médicament », dans sa version végétalienne pour qu’un max de monde puisse en profiter : patates douces, gingembre, citron vert et origan. Ça semble avoir plu au jury de l’édition 2022 (20 ans) du Festival de la soupe et son concours de La Louche d’Or, puisque nous avons reçu la louche de bronze. On n’avait pas prévu ça parce qu’on était là pour le fun, pour faire plaisir à des centaines de personnes et pour rendre visible notre canard, mais on ne s’attendait pas à un tel coup de pub’.

L’occasion de monter sur la scène d’Attacafa (l’asso qui organise l’événement depuis 20 ans) et d’apporter de l’actu chaude à nos futur.es lecteur.rices : courte présentation du dernier numéro « Flagrant déni » sur Calais et la situation des personnes exilées à la frontière, et retour sur l’emprisonnement excessif du militant britannique enfermé au C.R.A de Lesquin passé devant le tribunal le matin même. La foule, très dense, lance spontanément « solidarité avec les sans-papiers ». Le gratin sur la scène reprend en chœur. Rien d’étonnant pour Attacafa qui porte des valeurs internationalistes depuis bientôt 40 ans, pour le jury composé notamment d’Anglais ou d’Ukrainiennes, mais très surprenant pour les élu.es lillois.es !

Petit détail croustillant : lorsqu’on monte sur scène, c’est Charlotte Brun qui nous a remis le trophée. La gêne s’installe, comme si on lui demandait d’avaler des couleuvres. Si pour les membres de La Brique son nom n’évoque rien à ce moment, elle ne nous a pas oublié.es. La troisième adjointe de la Ville de Lille apparentée PS, et déléguée à la mairie de quartier Wazemmes, a dû savourer autrement ce moment.

► Lire aussi : « Le parti socialiste lillois, association de traîne-cravates » (La Brique n°39, mars/mai 2014)

Voici donc le bilan de cette journée : des centaines de ventes de journaux et quelques bouquins, de nouveaux.elles abonné.es, et les gens qui nous rappellent que not’ soupe était bonne quand on se montre à Wazemmes. 500 euros en tout, pour seulement 60 balles de frais de soupe et d’essence. De quoi nous assurer la production du prochain numéro, mais le combat ne s’arrête pas là. Alors faites comme Charlotte Brun, soutenez La Brique, on se charge du reste.

Le collectif de La Brique

Fête de la soupe 2022

Photo : Amandine Saumonneau (du Jury de la Louche d’Or)

PATAPIK (Søtpotetsuppe)
Lauréate 2022 de la Louche de bronze

pour 6 à 8 personnes
30 min env.

Ingrédients :

800g de patate douce

300g de pomme de terre

100g de gingembre

1 à 2 citron verts (selon le goût)

3 gousses d’ail

20cl de crème végétale

2L d’eau

Sel, huile, cumin, paprika, bouillon cube et aromates de type origan, coriandre, thym… le plus frais possible.

+ 1 cs bien remplie de harissa

+ 1 boule de mozzarella pour la version non-vegan

Préparation :

Dans une marmite, faire revenir l’ail simplement décortiqué et pressé dans l’huile. Ajouter les épices (paprika, cumin, thym ou origan, bouillon cube).

Presser le citron et ajouter les trois quart dans la marmite (avec la pulpe, mais sans la peau !).

Ajouter les patates douces et pommes de terre en gros morceaux, pas nécessairement épluchés (enlever les germes et impuretés). Les saisir quelques minutes à feu vif.

Ajouter le gingembre. Soit découpé en petits bouts différents de la pomme de terre, dans une énorme boule à thé.

Ajouter les 2L d’eau.

Laisser cuire 15 à 20 minutes à feu moyen.

Pêcher le gingembre avec une écumoire ou autre (il peut rester des morceaux).

Couper le feu, et réduire en soupe avec un mixeur plongeant.

Ajouter la crème végétale et la harissa si vous aimez (le gingembre relève déjà un peu). Ajouter le reste du citron vert (sans pulpe).

C’est prêt.

Ajouter l’origan ou la coriandre au service.

Version non-vegan : Mettre une boule de mozzarella au milieu de la soupe au moment du service.




Source: Labrique.net