Novembre 2, 2021
Par Union Communiste Libertaire (UCL)
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Alors que le mouvement ouvrier révolutionnaire, dans toutes ses composantes, est en crise au début des années 1930, le Parti communiste, ses satellites et ses alliés restent le principal pôle de résistance au bourrage de crânes de l’État.

Au début des années 1930, le camp anticolonialiste, en France, est mal en point. Il se réduit à de précaires cercles militants indochinois et maghrébins, surveillés de près par la police, et au mouvement ouvrier révolutionnaire, lui-même très affaibli par le reflux des luttes, la crise économique et la montée du chômage.

Le Parti communiste, dirigé par Maurice Thorez, est, de loin, la principale force anticolonialiste en France. Il compte encore 30 000 adhérentes et adhérents, mais ses effectifs ont fondu des trois quarts en dix ans  [1], rétrécissant ses capacités d’action. Alors qu’il avait lutté avec ardeur contre la guerre du Rif en 1925-1926, sa commission coloniale est à présent moribonde et, en 1930, le parti est resté passif face à la répression des insurgés de Yên Bái, en Indochine.

La CGTU, liée au PC, a travaillé à la syndicalisation de la «  main d’œuvre immigrée  » (MOI), malgré un climat hostile dans le prolétariat, avec une figure comme Ben Kaddour Marouf.

Les syndicalistes révolutionnaires fidèles à la Charte d’Amiens forment des minorités au sein de la CGT réformiste comme de la CGTU stalinisée. Ils et elles se retrouvent autour de la revue La Révolution prolétarienne, animée par Pierre Monatte. En 1930-1931, celle-ci fait campagne pour la réunification syndicale avec le Comité pour l’indépendance du syndicalisme et son organe, Le Cri du peuple. Les plumes anticolonialistes les plus informées, dans ce courant, sont ­celles de Robert Louzon et du jeune Daniel Guérin.

L’Union anarchiste communiste révolutionnaire, principale organisation libertaire en France, nage aussi en plein marasme. Elle a subi une scission synthésiste en 1927, Le Libertaire a été retiré des kiosques en province et est tenu à bout de bras par l’organisation. En son sein, le prin­cipal animateur de l’action anticolo­niale est Mohamed Saïl, un mécanicien kabyle initiateur, en 1923, du Comité d’action pour la défense des indigènes algériens.

Mohamed Saïl (1894-1953), ouvrier immigré en France, est le principal acteur de l’anticolonialisme libertaire, des années 1920 aux années 1940. En 1930, pour l’anniversaire de l’occupation française de l’Algérie, il a animé un comité d’action «  contre les provocations du centenaire  ».

Les surréalistes, artistes d’avant-garde ébloui·es par la Révolution russe, sont alors, à l’instigation d’André Breton, de Paul Éluard et de Louis Aragon, en plein rapprochement avec le PC. Ils et elles publient Le Surréalisme au service de la révolution.

Les groupes coloniaux unis, de 1920 à 1926, au sein de l’Union intercoloniale, proche du PC, se sont séparés pour former des organisations à base nationale  [2]. Le Parti annamite de l’indépendance est animé jusqu’en 1929 par Nguyen The Truyen (qui devient nationaliste) et Ta Thu Thau (qui évolue vers le trotskisme). L’Étoile nord-africaine, animée notamment par l’Algérien Messali Hadj, publie El Ouma et s’éloigne du PC. La Ligue de défense de la race nègre qui, en 1931 est devenue l’Union des travailleurs nè­gres, animée par le Malien Tiemoko Garan Kouyaté, publie Le Cri des ­Nègres et reste très liée à la IIIe Internationale.

À ces organisations, il faut ajouter les cercles étudiants coloniaux en métropole, dont les plus actifs sont vietnamiens et souvent affiliés à l’Union fédérale des étudiants (UFE), une organisation elle aussi liée au PC.

Guillaume Davranche (Montreuil)




Source: Unioncommunistelibertaire.org