Novembre 2, 2021
Par Union Communiste Libertaire (UCL)
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[…] Il faut être bête comme un Français moyen pour couper encore dans leurs bobards et s’imaginer que tout va pour le mieux dans l’empire colonial français, et croire que les indigènes qui subissent notre « protection » nagent dans un océan de béatitude.

Ce n’est pourtant pas que les tenants de l’impérialisme français manquent d’épithètes laudatives pour glorifier les opérations coloniales et s’extasier sur les bienfaits qu’ont apportés, dans les contrées réputées sauvages, l’homme blanc et sa civilisation. […]

C’est que, partout, le processus de la conquête est le même : d’abord le soldat, qui torture ou extermine les récalcitrants ; ensuite, le missionnaire, qui abrutit, asservit les esprits ; le colon, qui razzie les terres et exploite les individus ; puis le fonctionnaire parasite qui, au nom de la loi ou du fisc, opprime et vole. Le soldat, le prêtre, le capitaliste, le fonctionnaire : partout et toujours, là comme ailleurs, ce quatuor indissoluble. Enfin, brochant sur le tout, l’invention diabolique des Blancs : l’alcool, qui abrutit et extermine encore plus sûrement que la poudre.

Ah certes, pour justifier leurs mauvais coups, les « civilisateurs » n’ont jamais manqué de prétextes et ils ont toujours su parer des raisons les plus grandiloquentes les véritables mobiles des opérations coloniales. Mais toute l’histoire du colonialisme français depuis un siècle et plus s’inscrit en faux contre leurs affirmations. […]

Acquisitions modernes de la civilisation ? C’est le capitalisme, l’exploitation perfectionnée de l’homme par l’homme ; l’indigène trimant dans les mines, les forêts, les plantations, pour des salaires dérisoires ou même pas de salaire du tout.

Abolition de l’esclavage ? Oui, mais nous l’avons remplacé par le travail forcé, par la traite des Noirs, ou des Jaunes, toutes améliorations que l’indigène paie dix fois plus cher que l’esclavage d’autrefois […].

Pacification des tribus rivales ? Ah  ! ça oui […]. Seulement à combien évaluer le chiffre des pauvres [tirailleurs indigènes] tombés pendant la guerre de 1914-1918 pour la défense d’intérêts qui leur étaient encore plus étrangers qu’à nous […] ?

Les secours de la science et la lutte contre les maladies ? Oui, oui, certes… Mais parlez-nous donc un peu des peuplades entières exterminées par l’alcool, l’opium, dont le commerce vous assure de si fructueux bénéfices […].

Mentir, duper, voler et assassiner, voilà la devise des « civilisateurs ». Mais en ces temps d’Exposition coloniale et ­autres pantalonnades officielles, ne serions-nous pas un peu complices si nous n’en profitions pour dénoncer les crimes des bandits coloniaux ?

Louis Ander

Confectionné en vue de l’Expo, le numéro spécial anticolonialisme du Libertaire, le 22 mai 1931, est sorti décalé d’une semaine en raison des évènements espagnols -avènement de la République, renaissance de la CNT- qui ont accaparé l’UACR. Charles Anderson, un des animateurs de l’organisation, y énumère les mensonges du lobby colonial dans l’article d’ouverture, « Brigandage légal ».



Source: Unioncommunistelibertaire.org