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Le 8 février 1921, le vieux révolutionnaire, grand scientifique et principal théoricien de l’anarchisme, Pierre Kropotkine, meurt à l’âge de 78 ans. Ses funérailles rassemblent 20.000 personnes. Ce sera l’ultime manifestation publique de l’anarchisme en Russie soviétique.

Né en 1842 au sein d’une famille issue de l´aristocratie moscovite, entamant une carrière d’officier au sein de l’armée tsariste, rien ne prédestinait Piotr Alexeïevitch Kropotkine à devenir l’un des théoriciens de l’anarchisme. Pourtant, en 1863 il démissionne de l’armée suite à l’insurrection polonaise. Passionné de géographie et d’anthropologie il effectue des expéditions scientifiques en Sibérie et en Mandchourie. Il découvre le mouvement libertaire lors d’un séjour en Suisse en 1872 et adhère à la Ire Internationale.

Dès lors sa vie est consacrée à la propagande anarchiste. Dans un premier temps proche des nihilistes, il est arrêté en Russie en 1874 et incarcéré pendant deux ans pour propagande subversive. Suite à son évasion il se réfugie en Suisse où il milite pour la propagande par le fait.

C’est à cette époque qu’il rencontre Élisée Reclus. Ensemble ils cofondent le journal Le Révolté. Kropotkine entame à cette époque son travail théorique. La société anarchiste qu’il promeut sous la forme d’une fédération libre des groupes de producteurs et de consommateurs naîtra du collectivisme et de l’abolition de toutes les formes de gouvernement.

Un attentat anarchiste à Lyon, en 1882, fournit un motif pour l’arrêter. Il est condamné en 1883 dans le fameux «  procès des 66  » qui vise non moins que la destruction du mouvement anarchiste [1]. Kropotkine écopera de cinq ans de prison, la peine la plus lourde.

En 1917 on l’estime, mais on ne le suit plus

Gracié l’année suivante, il s’installe à Londres où il mène de front recherches scientifiques et travail théorique. Son ambition  : fonder une théorie anarchiste scientifique. Constatant que la stratégie de la propagande par le fait a échoué, «  un édifice basé sur des siècles d’histoire ne se détruit pas avec quelques kilos d´explosif  » écrit-il, il voit dans les syndicats un mouvement à investir sans en faire une stratégie exclusive.

De retour en Russie en 1917 suite à la révolution de Février, le mouvement anarchiste lui conserve son estime, mais ne le suit plus. Parce qu’il a soutenu l’union sacrée contre l’Allemagne. Mais aussi parce qu’il se laisse instrumentaliser par le gouvernement Kerenski en participant à la Conférence d’État d’août 1917.
Le 8 février 1921, Pierre Kropotkine, meurt à l’âge de 78 ans, à Dmitrov, près de Moscou.

Le 10 février, le cercueil est acheminé par le train dans la capitale, où le corps est exposé pendant deux jours à la Maison des syndicats. L’enterrement a lieu le 13 février, en présence de 20 000 personnes. Si la famille de Kropotkine a finalement réussi à garder la main sur l’organisation des funérailles, le pouvoir bolchevique est tout de même présent. Le Département panrusse de cinéma et de photographie (VFKO) réalise d’ailleurs un reportage complet sur cet événement [2].

Toutes les tendances libertaires, aussi bien celles satellisées par le régime que les oppositionnelles sont présentes. D’autres courants ont tenu à se faire représenter, qu’il s’agisse des socialistes-révolutionnaires, des mencheviks ou des bolcheviks, preuve de l’importance politique de ces funérailles.

Devant la tombe, une pléiade d’orateurs et une oratrice prendront la parole  : Emma Goldman ; Isaac Steinberg (SR de gauche) ; Alfred Rosmer, syndicaliste révolutionnaire français rallié à Moscou  ; Sandomirski (anarchiste satellisé par le PC) ; Nikolai Pavlov (anarcho-syndicaliste opposé au PC)  ; Aaron Baron, qui retournera en cellule le soir même…

Quelques semaines après ces funérailles, éclateront les grèves de Petrograd et la fameuse révolte de Cronstadt. Le pouvoir bolchevique décidera alors d’éradiquer tout espace d’expression. Les organisations anarchistes en feront les frais, et seront démantelées avant la fin de l’année. Les obsèques de Kropotkine auront donc été la dernière occasion pour elles de manifester publiquement.

Commission journal




Source: Unioncommunistelibertaire.org