Septembre 9, 2021
Par Demain Le Grand Soir
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Louise Michel débarque en Nouvelle-Calédonie en 1873, au bout de 4 mois et demi d’un voyage éprouvant. Sur le bateau, cette socialiste blanquiste, figure majeure de la Commune, a longuement discuté avec son amie Nathalie Lemel, qui l’a convertie aux thèses anarchistes.

La célèbre déportée, qui a refusé tout traitement de faveur, est retenue sur la presqu’île de Ducos, à Nouméa. Curieuse de tout, elle va décrocher une mission pour la Société française de botanique afin d’étudier une nature encore peu répertoriée, qui la fascine.

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Cyclones et révolution

L’insurgée est très intéressée par le phénomène des cyclones, qui entre dans son imaginaire global sur la révolution. Claude Rétat, directrice de recherche au CNRS, qui a publié plusieurs ouvrages sur Louise Michel, explique que pour cette révolutionnaire, « les cyclones, c’est le brassage des éléments et la promesse d’un Nouveau Monde. Donc c’est vraiment le cœur du rapport à la nature de Louise Michel en Nouvelle-Calédonie ».

La nature et les Kanak

La nature, dont elle tire de nombreux dessins, est justement au cœur de l’intérêt que Louise Michel va porter au monde kanak. Carolyn Eichner, professeure associée à l’Université du Wisconsin Milwaukee, aux Etats-Unis, a longuement étudié la vie et l’œuvre de la communarde. Elle en donne la raison : pour Louise Michel, « (la) compréhension (qu’ont les Kanak) de la nature était bien meilleure que la compréhension de la nature des Européens », « leur connexion avec la terre et la mer était très importante. »

Faire connaître la culture kanak

L’ancienne institutrice qui enseignera sur le Caillou aux enfants de colons, de déportés, comme aux Kanak, n’évitera pas cependant quelques clichés de l’époque sur les Mélanésiens. Mais avant tout, Louise Michel se plongera dans leur culture, qu’elle valorisera. Elle fera tout pour la faire connaître. Claude Rétat souligne l’importance, par exemple, de son ouvrage Légendes et chants de gestes canaques.

Le bichelamar, une langue universelle à ses yeux

L’enseignante établira aussi un glossaire de langues locales. Celles-ci la passionnent. Elle s’intéresse aussi particulièrement au bichelamar (ou bislama), une langue véhiculaire utilisée dans le commerce, parlée à l’époque par les Kanak. Une sorte de créole toujours pratiqué au Vanuatu. On y trouve des mots anglais, français, portugais, chinois…

Louise Michel y voit un prototype de la langue universelle dont elle rêve. « Une langue capable d’unifier le monde, précise Carolyn Eichner. A cette époque, les gens de gauche, les socialistes, cherchaient une langue universelle. Ils ont créé l’espéranto, par exemple. »

Soutien à la lutte des Kanak

A la différence de nombreux autres communards exilés, Louise Michel prendra fait et cause pour les Kanak contre les colons. Notamment lors de la révolte du grand chef Ataï, en 1878.

Elle aura des contacts, en Nouvelle-Calédonie, avec des Kabyles, déportés eux aussi pour s’être dressés, en Algérie, contre l’Etat colonial. Des éléments conjugués qui lui inspirent une synthèse révolutionnaire entre communards, Kanak et Kabyles. Une synthèse qui va même plus loin rappelle Claude Rétat. « Elle amalgame tous les mouvements insurrectionnels, de Spartacus à son époque contemporaine. »

Amorce de l’anti-impérialisme

Et Louise Michel amorce aussi l’élaboration d’une nouvelle théorie politique que Carolyn Eichner qualifie de « théorie anti-impérialiste », même si l’anti-impérialisme de l’époque était très différent de sa version actuelle. L’universitaire américaine estime qu’« elle était l’une des premières socialistes à développer une théorie comme ça. L’antiracisme et le féminisme étaient au centre de cette théorie. »

Séjour en Algérie

Revenue profondément changée dans l’Hexagone, en 1880, la militante anarchiste poursuit son combat en Europe. En 1904, elle séjournera même en Algérie pour défendre notamment ses idées anti-impérialistes. Certains disent que l’ancienne déportée aurait ainsi tenu une promesse faite aux Kabyles, en Nouvelle-Calédonie.

En revanche, Louise Michel n’aura pas le temps de revenir sur le Caillou comme elle l’avait souhaité. L’icône de la Commune meurt en 1905, à 75 ans, au terme d’une vie consacrée à son idéal d’émancipation humaine.




Source: Demainlegrandsoir.org