Décembre 26, 2020
Par Cerveaux Non Disponibles
411 visites


Témoignage de son papa

Anastasia, 15 ans, lycéenne, 1m60, participe samedi 12 décembre à une manifestation à Marseille, contre la loi Sécurité globale. Elle y sera violemment interpellée, retenue quelques heures pendant lesquelles elle subira des injures à caractère raciste et à connotation sexuelle (source Le Parisien). Mercredi 23 décembre, Anastasia se voit signifier une nouvelle garde à vue, elle était encore ce 24 décembre, retenue au commissariat des quartiers nord de Marseille. Le MOTIF ? violences sur POLICIER. Son père, Alexis, a accepté de nous raconter comment il a vécu cette bien triste affaire :

“J’apprends le 12 décembre que ma fille a été interpellée et je me rends sur le champ à Marseille.

Le dimanche 13 je rencontre ma fille à sa sortie de l’hôpital de la Timone, ou elle est restée toute la nuit, et sous le régime de la garde à vue, en raison des blessures subies à la mâchoire et nécessitant une hospitalisation. Je sais que ma fille a l’habitude de participer à des manifestations, elle est engagée. Je lui ai donné des conseils pour qu’elle apprenne à ne prendre aucun risque dans ces situations, je sais qu’elle n’est pas violente.

Lorsque je me suis rendu au domicile de ma fille, pour la récupérer chez sa mère, le 13 décembre, Anastasia m’a annoncé qu’un rassemblement pour la soutenir était organisé devant le commissariat, et qu’elle voulait y aller. J’ai préféré qu’elle n’y aille pas, mais je m’y suis rendu afin de remercier les lycéen.nes de leur solidarité.

Depuis le 12 décembre, je communique quotidiennement avec Anastasia, pour tenter d’adoucir cette épreuve, elle est révoltée de ce qui lui tombe dessus, nous dialoguons beaucoup. Elle est certes très affectée, mais n’envisage pas pour autant de ne plus participer à des manifestations, car pour elle, la possibilité d’exprimer ses désaccords est essentiel.

Si je la comprends bien, elle est à la recherche de plus de justice et de démocratie. Hélas, le mercredi 23 décembre, ma fille se rend, accompagnée par sa mère, à une convocation au commissariat, et nous apprenons alors qu’elle sera placée de nouveau en garde à vue.

Dans l’après-midi, elle sera confrontée au policier qui a porté plainte contre elle, pour “violences contre policier”. Ils prétendent avoir une photo d’Anastasia, soulevant une pierre. Ma fille m’a certifié qu’elle n’a rien lancé contre qui que ce soit, et je la crois… En réalité d’après le récit qu’elle m’a fait, un mouvement de foule, sur la fin de la manifestation, a été provoqué par une charge policière, visant à disperser les participant.es.

C’est à ce moment qu’Anastasia s’est mise à courir comme beaucoup de manifestant.es, et a été frappée dans le dos par un policier, provoquant sa chute à terre, suivie d’une perte de connaissance. Elle a été « traînée » au commissariat à pied (une centaine de mètres, environ 5 minutes de marche), menottée et cachée par les boucliers des CRS.

Ma fille m’a dit avoir été insultée par des moqueries sur son nom, d’origine grecque, et raillée quand elle a demandé de l’aide car elle saignait abondamment. On lui a répondu de “ne pas en mettre partout” et de garder son masque ensanglanté. Ce 24 décembre, Anastasia était toujours en garde à vue, elle devait être entendue par le juge ce matin, mais l’audience a été reportée à l’après midi, et j’ai appris qu’elle a été libérée, sans charge. Je précise d’ailleurs que je n’ai jamais été contacté par les autorités quelles qu’elles soient ( police, justice ).

Anastasia comparaîtra en tant que témoin assistée, pour l’enquête de l’IGPN qui est déclenchée. Je veux aussi redire qu’il est essentiel pour moi, en tant que parent de victime de violences policières, de pointer la responsabilité du gouvernement, en tant que donneur d’ordre.

Pour moi les principaux responsables, sont le préfet, et le ministre, qui par une stratégie de maintien de l’ordre basée sur la peur et la répression, musèlent la contestation populaire que je pense totalement légitime, et indispensable.

Il est bien évidemment impensable de laisser impunis des maltraitances telles que celles qu’a subi ma fille et bien d’autres, mais il faut rappeler que c’est bel et bien la politique répressive, et les attaques liberticides de ce gouvernement qui sont les vrais responsables.

Je tiens à dire que je suis fier de ma fille, qui fait preuve d’un engagement sans faille, assorti d’une conscience politique très fine, je veux lui manifester tout mon amour et mon soutien, dans cette épreuve.”

Alexis, père de Anastasia.




Source: Cerveauxnondisponibles.net