Novembre 6, 2020
Par Contrepoints (QC)
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La situation a récemment escaladé sur le territoire Haudenosaunee de Six Nations alors qu’un important blocage de routes et de rails ait été déployé suite à la provocation d’agents de la police de l’Ontario. La faible couverture des événements par les médias francophones et la répression des journalistes indépendant.es ont contribué à ce que cette lutte ne fasse que très peu d’écho ici. Ce texte se veut une mise à jour des événements les plus récents ainsi qu’un appel à la solidarité avec les défenseur.ses du territoire.

Petit rappel des événements de l’été

L‘occupation du 1492 Land Back Lane se poursuit depuis maintenant plus de 100 jours. Le 19 juillet dernier, des membres de la communauté de Six Nations, en soi-disant Ontario, ont commencé à réoccuper un terrain, en bordure de Caledonia, faisant partie des terres d’Haldimand (un territoire revendiqué par la communauté depuis qu’il a été concédé par les britanniques aux Haudenosaunee en 1784). La compagnie Foxgate Development, ayant acheté le terrain dans le but d’en faire un projet de développement immobilier, avait déjà commencé certains travaux préalables à la construction lorsque la réoccupation a commencé. Une injonction a rapidement été accordée à la compagnie en vue de permettre la poursuite des travaux. Deux semaines plus tard, le 5 août, avait lieu un raid durant lequel plus d’une centaine d’agents du OPP (service de police de l’Ontario), expulsait les défenseurs.ses du territoire, usant de balles de plastique et faisant plusieurs arrestations. Le raid a attisé la colère de la communauté qui a répondu en installant plusieurs barricades sur les routes des alentours. La lutte pour la préservation de cette parcelle de territoire s’inscrit dans une longue histoire de résistance face au processus d’appropriation coloniale des terres des Six Nations.

Cette lutte de défense du territoire Haudenosaunee fait d’ailleurs écho à une autre lutte que la communauté a menée – et gagnée en 2006!. Le terrain voisin à celui qui est contesté présentement avait lui aussi été vendu à une compagnie immobilière. Après des mois d’occupation et une victoire historique contre un raid de la police provinciale de l’Ontario, le terrain a finalement été racheté par le gouvernement et récupéré par la communauté. C’est sur ce terrain, renommé Kanonhstaton (qui signifie en Mohawk «le lieu protégé»), qu’a été établi au mois d’août dernier un camp de soutien à Land Back Lane, nommé 6×6 Safety Zone. Ce camp de soutien, qui n’est pas soumis à une injonction de la cour, sert entre autres d’endroit sécuritaire pour recevoir des dons de matériel et accueillir des allié.es.

Affrontements récents

Le 22 octobre dernier, une injonction permanente a été accordée par le juge R.J. Harper au promoteur Foxgate et au compté de Haldimand. Quelques heures après, plusieurs voitures de police s’installait devant le camp de soutien 6x6 (site n’étant pas sous injonction). Devant cette provocation, la tension a escaladé rapidement et a viré en affrontement entre Land defenders et policiers. Les agents de police ont usé de fusils à balles de caoutchouc et de taser contre les manifestant.es qui ont répondu en leur lançant des pierres. La violence avec laquelle la police a réagi et menacé les membres de la communauté a poussé les manifestants à répondre avec force. Le soir même, de nombreuse barricades ont été construites avec des engins de chantier réquisitionnés à Caledonia, la ville voisine. Rapidement, des tranchées très profondes ont été creusées sur l‘autoroute 6 et sur la route Mackenzie, bouclant ainsi le périmètre de façon à tenir la police à distance des deux camps. D’autres barricades ont été construites en différents lieux stratégiques, les voies ferrées ont été sabotées et un pylone électrique a été brulé. Au moment où cet article est publié, les barricades tiennent toujours et le périmètre reste sécurisé. Depuis la nuit du 22 octobre dernier, le OPP n’a pas pénétré la zone, dont le contrôle est assuré pour le moment par la communauté. Toutefois la tension reste élevée alors que le OPP continue à réprimer fortement toute personne participant à l’occupation. Plusieurs nouveaux mandats d’arrestation ont d’ailleurs été émis depuis la mise sur pied des barricades. Depuis l’escalade des tensions, le OPP se tient à distance et, bien que cela soit difficile à prévoir, ne semble pas prêt à intervenir de manière frontale. Le porte parole du OPP a d’ailleurs exprimé ses craintes qu’une escalade de la situation amène à une situation semblable à celle du mouvement Shut Down Canada en solidarité avec les Wet’suwet’en, alors que des infrastructures essentielle à l’économie canadienne avaient été endommagées et bloquées aux quatre coins du pays. La stratégie pour laquelle le OPP semble avoir opté depuis l’été est plutôt une guerre d’usure, reprimant sévèrement les land defender ainsi que leurs allié.es (plusieurs des allié.es se sont fait arrêté.es une fois de retour chez elleux).

L’état des camps

Étonnamment, l’atmostphère au camp de Land Back Lane est assez calme depuis la fermeture de la route qui lui fait face. Malgré une importante surveillance aérienne et le gel qui commence à prendre sur les tentes, les préparatifs pour l’hiver vont bon train. Une deuxième cabane isolée contre le froid est présentement en construction pour permettre à celles et ceux qui tiendront le camp durant l’hiver de rester au chaud. Sur place, il y a un besoin de support matériel important. Toutes choses pouvant aider à garder les gens au chaud pendant l’hiver sont appréciées (bois de chauffage, bombonnes de propane, vêtements chauds, etc.). Aussi, les gens sur place demandent à celles et ceux qui ont la capacité de venir en personne de le faire. 

Pour les gens intéressé-es à s’y rendre, il est fortement conseillé de trouver les moyens adéquats pour converver son anonymat face à la forte surveillance policière. Il y a encore beaucoup de travail à faire avant l’hiver. Jusqu’ici, l‘aide d’allié.es a permis d’alléger le poids d’une partie du travail de reproduction matérielle des camps pour les membres de la communauté impliqués dans la réoccupation. Bien que les personnes de Land Back Lane n’en aient pas fait la demande formelle, il est aussi fortement recommandé pour les gens qui décident de s’y rendre, de prendre les précautions nécessaires pour minimiser les risques de propagation de la covid-19. Les camps 1492 Land Back Lane ainsi que 6×6 sont présentement accessibles uniquement par la route Sixth Line, à partir de la réserve de Six Nations, puisque tous les autres accès sont bloqués par les défenseur-es du territoire

Tous.tes ceux et celles qui se présentent dans un esprit de bienveillance sont les bienvenu.es. C‘est un camp sans drogue, sans alcool et sans violence. Sachez simplement qu’être sur la propriété où se trouve Land Back Lane peut entraîner des arrestations et des accusations à tout moment, étant donné l’injonction coloniale.

Pour une mise à jour fréquente des événements et du soutien demandé, visitez le groupe facebook de 1492 Land Back Lane ou le compte twitter de Real People Media:

https://twitter.com/realpeoplesmedi?lang=fr

https://www.facebook.com/1492LandBackLane

Pour donner au camp: https://fr.gofundme.com/f/legal-fund-1492-land-back-lane




Source: Contrepoints.media